‹ Mémoires pour servir à lhistoire du Jacobinisme (volume 2)Chapitre 8 sur 24 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Intrigues et succès de Knigge auprès du Congrès maçonnique ; rapports officiels des Supérieurs de V Ordre ; multitude de Frères Maçons illuminés à cette époque»

UE toutes les assemblées générales tenues de- Premier puis vingt ans par les Franc-Maçons à Brunswick , "k Jl^^'.f a Wisbaden et dans les autres villes d'Allemagne, pcîu' gïaucune encore n'avoit approché de celle de VVil- ^"''' '" nelmsbad, soit pour le nombre des Elus, soit Maconnipour la variété des Sectes dont elle se composoit. 'i'"'' C'étoient en quelque sorte tous les élémens du chaos maçonnique réunis dans le même antre. Tome 1Y. H

ji4 Conspiration des Sophistes Knigge nous dit lui-même qu'il avoit eu auss! l'honneur d'être député par ses anciens confrères ; qu'il auroit pu aussi prendre sa place et assister aux délibérations ; mais il prévit tout ce qu'elles seroient ; il crut pouvoir servir plus utilement son nouvel lUuminisme , en dirigeant le rôle que le Frère Minos Dittfurt devoit jouer dans l'intérieur de cette assemblée , et en se réservant de l'observer et d'agir au dehors. Son premier plan d'attaque fut de gagner d'abord ces Maçons Templier s de la stricte observance , dont il avoit connu tous les secrets et fréquenté les Loges , de s'assurer par eux du plus grand nombre des suffrages. S'il avoit réussi, le code de Weishaupt, décrété par le Congrès, devenoit tout-à-coup celui des Maçons répandus dans tout l'univers ; et des millions de Frères se irouvoient autant d'Illuminés prêts à sortir de leurs antres , aux ordres de leur Chef.

En traçant cette première attaque , Knigge a pris soin lui - même d'apprendre à ses lecteurs ce qui changea sa marche : u J'avoue , nous » dit il , qu'il me restoit toujours un certain » penchant pour mes anciens Frères de la stricte » observance. J'en avois déjà illuminé un si >> grand nombre , que je me flattois de pouvoir » réunir leur système au nôtre. Mon intention » n'éloit pas sans doute de livrer au congrès » môme tous nos papiers , et de nous mettre à » la merci de tous les députés. Je n'y éiois » pas autorisé par ceux qui m'envoyoient. Et » nous d'ailleurs , qui îi'avions pas en çue » cette puissance que donnent les grandeurs , » le rang ou les richesses ; nous , qui ne » cherchions pas à régner dans l'éclat et » aux yeux du public ; nous , dont toute la » constitution était d'agir dans le silence eu

3DE l'Impiété et de l'Anarchie. îiS

y> te secret ; comment serions - nous allé nous » mettre dans la dépendance d'un Ordre qui » avoit si peu d'unité dans ses systèmes ? »

« J'oiFris cependant mes services ; je les offris » de bouche et par écrit ; j'eus pour toute » réponse d'envoyer mes papiers ou de les » présenter au Congrès ; que l'on verroit ce » que l'on pourroit en prendre , et ce qu'il » faudroit en laisser. » (^Derniers éclaircissemens de Pldlon , p. 83 , etc* )

Piqué de ce dédain , Knigge se crut absous de ses sermens et de tout devoir envers ses anciens confrères* Ne se flattant plus d'entraîner à la fois tous les membres , il résolut de les attaquer un à un , et de gagner ensuite tout le corps ^ loge par loge. ( Ibid. ) Il convint avec l'assesseur Minos , que désormais toute leur attention , relativement au Congrès , se réduiroit à deux objets. L'un étoit d'empêcher que l'assemblée ne prît aucune résolution contraire aux intérêts de leur Illuminisme ; l'autre , de préparer et de faciliter son entrée dans les Loges ; de s'y prendre si bien que nul Grade , nul Grand-Maître même ne pussent empêcher les Frères Bavarois d'y dominer , ou de se ménager les moyens de marier tôt ou tard leur code illuminé au code maçonnique. C'étoit là que tendoit toute la mission que Knigge donnoit à son coadepte Minos , en le chargeant de faire décréter par l'Assemblée , « i." une » espèce de réunion de tous les systèmes ma- » çonniques, dans les trois premiers grades, » de manière qu'un Franc - Maçon admis à ces » trois grades fut reconnu pour Frère légi- » time dans toutes les Loges , de quelque p classe et dans quelque système qu'il fût d'ailleurs; » 2.** que dans la Franc-Maçonnerie ordinaire, il

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1 1 6 Conspiration des Sophistes

» ne fût jamais fait mention ni des hauts grades , î> ni des chefs inconnus ; 3.° que tout envoi y> d'argent aux Supérieurs maçonniques fût inj> terdit ; 4.° qu'il fût travaillé à un nouveau o code pour les Frères; 5.° que toutes les Loges » eussent le choix de leurs maîtres et de leur 3> directoire , c'est-à-dire de la principale Loge » à laquelle la leur seroit soumise. » ( Écrits orig. t, 2. , rapp. de Philon ; Dirneh 1 1 82 , Jaiw. 1783.)

En donnant à Minos le soin de presser ces articles auprès du Congrès , Philon Knigge au dehors , se réduisit au rôle de Frère Insinuant et Scrutateur. « Je cherchai à savoir , dit - il j> toujours lui-mcme dans le rapport de sa rais- » sion aux Aréopagites , et je sus la tournure » que les choses prenoient dans l'Assemblée. Je » sus tous les divers systèmes que l'on cherchoit » à rendre dominans. J'établis avec les chefs du » système de Zinnendorfl' , un commerce de » lettres que j'entretiens encore. » ( Ce système de ZinnindoriF , composé informe des grades Ecossais et Suédois , des Chevaliers du Temple et des Conjideris de St. Jean , étoit précisément alors le plus généralement suivi en Allemagne. ) « Je scrutai par diverses voies les Com- » missaires des autres classes. J'en vis plusieurs s> s'ouvrir d'eux-mêmes à moi , me rechercher » et me conlier leurs secrets, parce qu'ils savoient » bien que mes motifs étoient dans le bien même » de la chose et non dans l'intérêt personnel. V — Enfin les députés apprirent , je ne sais trop »> comment , l'existence de notre Illuminisme ; » ils vinrent presque tous chez moi , et me » prièrent de les recevoir. Je jugeai à propos « d'exiger d'eux les lettres rei^ersales ( de nos >^ candidats ) en leur imposant un silence absolu y

DE l'Impiété et de l'Anarchie. i i 7 » mais je me gardai bien de leur communiquer » la moindre partie de nos écrits secrets. Je » ne leur parlai de nos mystères qu'en termes » généraux , pendant tout le temps que dura » le Congrès. » ( Ihid. )

Cette marche de Knigge , et le soin qu'il avoit de faire entendre que sans doute la Franc -Maçonnerie avoil des mystères de la plus haute importance , mais que les vrais et les profonds Maçons , seuls en possession de ces mystères , ëtoient ailleurs que dans le grand Congrès , ajoutèrent à la curiosité et à l'ardeur pour son lUuminisme. L'attention de prendre ces lettres rei^ersales , la qualité de candicfat , la promesse qu'il avoit soin d'exiger en même temps de ces députés , de n'adhérer à aucune proposition contraire aux intérêts des nouveaux Frères , suffisoienl pour le rassurer contre toutes les résolutions à prendre par l'Assemblée. Les dispositions qu'il observa dans ces mêmes députés, étoient d'ailleurs bien faites pour ajouter à son espoir. « Je leur dois la justice , écrit-il encore à son » Aréopage , que je les trouvai , pour la plupart » au moins , remplis de la meilleure volonté ; » que si leur conduite n'étoit pas conséquente, >/ c'éloit uniquement Jaute d'apoir été à une » bonne école, ( Ibid. ) J'eus le plaisir de voir , » ajoute-t-il , dans ses derniers éclaircisscmens , » p. 85 , que si les intentions excellentes qui » avoient réuni tous ces hommes -là , de tous les » coins de la Franc-Maçonnerie, n'étoient pas plus » eflicaces , c'est qu'ils ne savoient pas s'accorder » sur les principes. La plupart se montroient » tout prêts à suivre tout système, qu'ils juge- » roient plus propre à donner à leur Ordre , » cette utilité et. cette activité , l'objet de tous » leurs vœux. »

il 8 Conspiration des Sophistes

Quelques égards que l'historien ait pu se prescrire pour les Frères jNIaçons , il n'est pas possible de le dissimuler , c'est un terrible témoignage contre eux , que l'idée donnée ici par Knigge , de leurs élus , de leurs adeptes les plus privilégiés ; de ceux précisément que les Frères avoient jugés dignes de les représenter dans la plus solennelle de leurs assemblées. Dans la bouche de Knigge , on sait tout ce que c'est que cette bonne volonté , et tout ce que sont ces intentions excellentes. Elles montrent des hommes à qui il ne manquoit , pour la révolution de toute impiété, de toute désorganisation, que de mieux en connoître les moyens. Celte vaste Société maçonnique étoit donc , à celte époque au moins , bien infectée dans ses arrièremystères ; elle éloit donc dès lors bien miire pour les conspirateurs du genre de Weisliaupl même.

Assuré désormais (lèses succès , Knigge sembla livrer l'Assemblée à tout le désordre de ses délibérations. Le rôle qu'y joua l'illuminé Minos , malgré toutes les imprudences que lui reproche Knigge , n'empêcha pas que les principales dispositions convenues entre eux ne fussent décrétées par le Congrès. On défendit aux Frères de se traiter mutuellement d'hérétiques ( Verkeizern), On convint de ne regarder comme essentiels à la Maçonnerie que ces trois premiers grades ; on nomma des Commissaires pour la rédaction de quelques réglemens dont l'Assemblée avoit donné le plan , et pour celle d'un code général. Le choix des hauts grades et de leurs systèmes fut abandonné aux Loges. Tout le reste du Congrès se passa en délibérations aussi confuses et aussi discordantes , que Ion pouvoit l'attendre de la variété de ses Sectes. J'ai sous les yeux le manuscrit d'un très-savant Maçon , sur celte

DE t'iMPlÉTÉ ET DE l' ANARCHIE, lig

Assemblée ; il contient autant de plaintes et de gémisseinens que d'instruction. J'y lis , entre autres , que le Duc Ferdinand de Brunswick fut proclamé Grand-Maître général de la Maçonnerie , et que fort peu de membres le reconnurent. J'y lis encore qu'on voulut abroger le système des Maçons Templiers , dont un faux Frère avoit dévoilé la turpitude et les secrets , dans un ouvrage intitulé La Pierre de scandale , mais que très-peu de Loges admirent le décret d'abrogation. J'y vois enfin que l'on avoit voulu supprimer les Sectes et les schismes ; que les Sectes et les schismes continuèrent j que la confusion redoubla.

Observons cependant que s'il y eut quelque système plus spécialement favorisé dans cette assemblée , ce fut celui des soi-disans Philalètes , des avortons de Swedenborg. Les fameux Illuminés de cette classe , W. , . , , Saint-Martin , et la Chappe de la Henrière , avoient en effet cherché à se lier avec le vainqueur de Grevelt et de Minden ; on veut même que leur nom de Philalètes et de Chevaliers bienjaisans eût fait illusion à ce Prince. Forts de sa protection , ils n'épargnèrent rien , et eux et leurs agens , pour triompher à Wiihelmsbad ; ils furent aprpuyés ; et leur victoire eût infailliblement été complète , sans le grand nombre de députés déjà gagnés par Knigge. Ainsi le résultat de cette trop fameuse assemblée , devoit être d'avoir livré les Loges maçonniques , et avec elles , tous les Empires de l'Europe, aux machinations des deuif espèces d'Illuminés , les plus monstrueuses dans leurs systèmes , les plus ardentes dans leur zèle ^ les plus artilicieuses dans leurs moyens , les plus désorganisatrices et les plus impies dans leurs conspirations contre la Religion et la société.

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Je ne sais à laquelle de ces deux Sectes avoit été initié le Comte de Virieux ; mais l'une et l'autre pouvoient également lui suggérer la manière dont il exprimoit tout ce résultat du Congres maçonnique. De retour à Paris , félicité sur les admirables secrets qu'il étoit censé apporter de sa députation , pressé par les saillies de M. le Comte de Gilliers , qui dans les Franc-Maçons n'avoit encore vu que des hommes dont l'esprit et le bon sens ont droit de se jouer. Je ne cous dirai pas les secrets que j'apporte , répondit enfin le Comte de Yirieux , mais ce que je crois pouvoir vous dire , dest que tout ceci est plus sérieux que vous ne pensez ; cest qu'il se trame une conspiration si bien ourdie et si profonde , qu'il sera bien difficile et à la Religion et aux Gouvernemens de ne pas succomber. — Heureusement pour lui , ajoutoit M. le Comte de Gilliers, en rapportant ce fait, M. de Virieux avoit un très -grand fond de probité et de droiture. Ce qu'il avoit appris dans sa députation , lui inspira tant d'horreur pour ces mystères , qu'il y renonça absolument et devint un homme très- religieux. C'est à cela même que nous devons le zèle qu'il montra dans la suite contre les Jacobins.

Malheureusement pour les Empires et la Religion , il s'en fallut bien que les mêmes complots inspirassent la même horreur à tous les Députés maçonniques. Leur congrès terminé , Philon se hâta de recueillir les fruits de ses intrigues. Ils surpassèrent en quelque sorte son espoir. A l'issue de l'assemblée , tous ces Députés accoururent chez lui solliciter l'admission à ses mystères. De pareils candidats pouvoient se passer des longues épreuves de ses Novices et de ses Loges minervales ; avec eux il falloit courir aux mystères.

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 121 Il les initia aux gracies d'Epopte et de Régent ; et tous , assure-t-il, les recurent avec enthousiasme. Die Jiœheren graden wurden mit entliu^ siasnius aufgenommen, « Tous furent enchantés » de nos grades d'Epopte et de Régent ; tous fu- » rent extasiés de ces chef- d'œu^res ; car c'est » ainsi qu'ils appeloient ces grades. Deux seule- » ment me firent de légères observations sur » quelques expressions , que l'on peut aisément » changer suivant les circonstances locales ( et » sur-tout dans les pays catholiques. ) ledermann » War zufrieden — meiiie leute Waren enizûcht » ûher dièse meisterstiiche» » ( Derniers éclairciss. voy. p. 1 25 et 82 ; Ecrits orig. lett. i de Philon à Caton, etc. )

Si je ne craignois pas d'accabler d'étonnement et de douleur les Franc-Maçons honnêtes , je les conjurerois ici de peser un instant ces paroles: Toiisfurent enchantés ; tous dans l'enthousiasme/ Elus et Rose - Croix , Frères Templiers , Frères de Zinnendorfî ', et Frères de S. Jean , Chevaliers du Soleil, et Chevaliers Kadosh, philosophes parfaits ; tous écoutent , reçoivent avec admiration les oracles de l'Epopte Hiérophante , rendant à leur clarté primitive les antiques mystères , montrant dans leur Hyram , leur Mac-Èenac , et leur Pierre polie , toute l'histoire de cette liberté et de cette égalité primitives , toute cette morale qui n'est pas autre chose que l'art de se passer de Prince , de Gouvernement , de Religion et de propriété ! De retour dans tous les Orients , répandus désormais dans tous vos Directoires maçonniques, dans toutes nos Provinces , tous vont y rapporter dans vos Loges, ces complots primitifs appelés désormais vos mystères. Sortez donc de ces antres ; et dans ceux que vous pûtes honorer de votre confiance , apprenez donc enfin à con-

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lïoître de grands conspirateurs qui se jouent de vous comme ils cherchent à se jouer un jour de toutes les Puissances. Apprenez donc enhn| à voir dans ces prétendus Frères une bande de conjurés , à qui il ne manquoit depuis long - temps que le génie de Weishaupt pour les forfaits de nos révolutions.

A daler de l'instant où tous ces Députés maçonniques furent illuminés ,les progrès de la Secte Bavaoise deviennent menaçans ; et ils sont si rapides que bientôt l'univers sera rempli de conjurés. Leur centre désormais est à Francfort auprès de Knigge , du moins quant à l'activité. Knigge compte bientôt jusqu'à cinq cents adeptes illumiwés par lui , et presque tous choisis dans l'antre maçonnique. ( Ecrits nrig. t. 2 , lett. de PhiJon à Caloïi, ) Autour de lui bientôt les Loges se multiplient ; la Franconie , la Souabe , les Cercles du Haut et du B;is-Pihin, la Westphalie, ont leurs Epoptes et leurs écoles minervales presque dans chaque ville.

Celle de Vienne et celle de Berlin , annoncent presque immédiatement que l'Autriche et laPrusse s'infectent de tout l'Illuminisme. Le Tirol l'est ,<3éjà , et le même Apôtre le porte en Italie. Au î>ford , d'autres adeptes travaillent les Loges de Bruxelles et celles de Hollande ; d'autres encore se disposent à porter les mystères de Weishaupt en Angleterre ; ils sont déjà en Liçonie ; des traités se préparent pour leur donner toute la force des confédérations en Pologne. Si les jours de la France n'arrivent pas encore , c'est qu'il est sur elle des desseins plus profonds. Son temps arrivera , et l'Europe saura enfin pourquoi il se diiïère. Mais je dois à l'histoire ses démonstrations ; et pour cela c'est peu d'avoir produit le code de VYeishaupt , il faut aussi que je montre

DE l'Impiété et de l'Anarchie. i23 la Secte s'étendant, piopageantde l'Orient à l'Occident , et du Nord au Midi , ses conspirations comme ses mystères ; et acquérant par-tout cette midtltnde de bras dont elle avoit besoin pour nos révolutions ; je ne quitte donc pas ses propres annales. Elles sont mutilées , mais elles sont toujours menaçantes, toujours démonstralives. Il n'y avoit pas encore un an que le Congrès de Wiilielnisbad éloit terminé , et dès lors cinq provinces organisées d'après toutes les lois de Spartacus, sous la direction générale de Knigge , éloient en f)leine correspondance avec l'Aréopage illuminé. ( Ecrits orig. lett, 3 de PJiilon à Weis" haupt , tom. 2., ) Pendant la durée même de ce Congrès , déjà se voient dans les Ecrits originaux, non plus simplement des lettres isolées sur les progrès de quelques candidats, mais des rapports officiels et des comptes rendus par les Provinciaux, sur l'état général de leurs Provinces , sur les progrès de leurs Novices , de leurs Initiés et de leurs Emissaires. Parcourons ces rapports ; il n'est point de monumens plus authentiques ; j'eus peut-être mieux fait de les traduire , je les abrégerai , et ils auront encore toute la force de Tévidence.

Le premier de ces comptes rendus , est celui onfjijs^* d'un adepte dont le nom de guerre est il/«/io- <i -s pminet («). Ce Provincial d'un nouveau genre est jiiuli/i|"l le Baron de Schrocheinsteîn , celui même que i^v-'ca Weishaupt , dès la première année de son ïiiu- n'o„ie'^" minisme , enrôloit à Eischstadt , et qu'il mettoit — ^ — (

(a) Ce rapport est du mois de Chardad 11 Sa, c'est-àtllre, de Juin 1782 j il est par conséquent antérieur h Ja clôture du Congrès maçonnique. Makoniet n!en est pas moins en relation directe avec Philon Knifçf^e ; car ,oa Toit celui-ci adresser au Provincial des iioviccb à inltifr. ( Ecrits orig. rapport de Philon. )

au nombre de ces aristocrates insensés qui dévoient mordre à Vlinmeçon. Ce Baron y a si bien mordu que le voilà , au bout de six ans , un des grands Chefs des conjurés. Dans la Géographie mystérieuse de la Secte , la Province qu'il administre pour Weishaupt est appelée Pannonie ; ses Districts sont la Morée et le Latium ; les Loges qu'il inspecte , sont dans les villes d'O/ympie , de Damiète , de Tibur , à'Hispalis , de Damas , de Sichem , de Nicomédie et de Surente. Je le vois résider à Eichstadt et prévenir ses Aréopagiles que le nom de Surente est celui qu'il donne à sa nouvelle colonie de Mompelgard , qu'il croit faire partie du Duché de Wurtemberg , et devoir pour cela être comprise dans son District du Latium, Les Ecrits originaux m'apprennent de plus , que Nicomédie , dans le dictionnaire de la Secte , est la ville d'Augsbourg. J'en conclus que les Loges inspectées par cet adepte sont autant de conq44£tes de l'Illuminisme , partie en Bavière et partie en Sonabe.

Dans ce rapport , se trouvent bien des preuves du zèle que le Provincial met à la propagation de son Ordre. On le voit menacer deux élèves d'une prompte exécution , s'ils ne se montrent plus actifs; et distinguer par des promotions ceux qui excellent dans le personnage d'enrcMeur. Comme preuve du soin avec lequel il peint ses inférieurs , et des précautions qu'il sait prendre suivant leur caractère, lisons au moins le compte qu'il rend des Frères d'Oiympie qu'il vient de visiter. « J'ai appris , écrit - il , à connoîlre » le Frère Zenon ; je n'ai point trouvé en lui un » penseur , bien moins encore un scrutateur, » — Il n\aime point à s'occuper des choses qu'il » croit supérieures à l'esprit humain ; aussi se » conlentera-t-il du Grade minerval; mais il pro-

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5» met de nous enrôler toujours de bons Noi^ices, » — Crantor a pins d'ardeur ; je l'ai moi-même « initié à l'Ecole minervale ; on devine combien » il est mécontent de toute sa science , et com- » bien tout son esprit l'inquiète, quand on le voit « fâché de ce que son père lui apprit à écrire. » — Speusippe étoit malade ; les autres sont en- » core jeunes , mais pleins d'ardeur. — Cette co- » lonie est encore foible. — Dans i^os lettres à « Zenon , soyez sur ços gardes. Il m'a dit qu'il » ne voudroit pas loger avec un homme qui douj) teroit de F immortalité de Vame. — Tous ces » Frères tiennent leurs séances régulièrement ; » cependant ils n'osent pas ici engager leur monde » sous le nom de Franc-Maçons; ils aiment mieux » le faire sous l'apparence d'une société littéraire, » et je le leur ai permis sans peine. »

Dans cette ville du Latium ou du Duché de "Wurtemberg, que Mahomet appelle Damiète , il est une Académie, un Collège pour les jeunes gens ; un de leurs Professeurs est l'adepte Pirrhon , dont le Provincial ne peut assez louer l'honnêteté et V activité» La preuve remarquable de cette honuélelé est l'institution suivante. « Par le soin de » ce Frère , dit ici Mahomet , toute l'Académie » de cette ville devient pour nous une vraie pé- » pinière ; eine pjianzschulefûr uns. Pylhagoras j) Drexl est le Supérieur inconnu de V Assemblée » composée des jeunes élèves , tous de familles » très-nobles. Il a , pour les conduire et les for- » mer , un Supérieur apparent , choisi parmi ces » jeunes gens même. On n'exige point d'eux de » lettres réversales ; on les entretient simplement » dans l'espoir que , s'ils sont fidèles aux leçons » qu'on leur donne , ils seront admis dans un » Ordre composé de ce qu'il y a de mieux parmi « les hommes, »

1 26 Conspiration des Sophistes

De peur que ces leçons données aux enfant dans le petit Collège souterrain , ne soient per- «Inès pour ceux qu'cHi élève à la Cour, l'adepte Epiméii'ide , de son vrai nom Valk , Conseiller Aulide et Bourgmestre d'Hanovre , a eu soin d'illuminer le sous-précepleur d'un jeune Prince désigné si simplement par les lettres initiales de TH. . . . En apprenant cette nouvelle aux Aréopagites , le Mahomet Provincial leur fait savoir de plus que Machiavel , un de ses émissaires , envoie déjà les noms de tous les honnêtes gens avec qui il vient de faire connoissance en Suisse y et que les choses n'iront pas mal dans ce pajs-là , pourvu que Philon Knigge échaulï'e un peu le zèle de l'Apôtre Helvétique.

Second A ce rapport ofîiciel succède celui de Minos

Biir* Dittfurt l'assesseur. Celui-ci est encore un

J'iovin- Baron. Pour le dédommager du rôle qu'il a joue i>!.ci<''ct ^ Wilhelmsbad , Knigge l'a fait Provincial oii L^die. Supérieur des Frères de la Vetteravie , et sans doute aussi d'une partie de la Weslphalie. Son arrondissement a deux Districts aussi, la Dacie et lâ Lydie. Surchargé d'affaires , et plus occupé de celles de l'IUuminisme que de celles de l'Empire, il se contente pour le moment d'un compte fort succinct ', il nomme simplement une douzaine de Frères , parmi lesquels quatre Novices ; parmi lesquels sur-tout le Frère Benthariih , qu'il destine à élever une école miuervale dans Bensahé* En attendant qu'il puisse donner d'autres détails, il y supplée par son plan sur les Sœur s illuminées ^ qu'il se promet de mettre sous la direction d'un troisième Baron , assesseur comme lui de la chambre Impériale. Vers le même temps , ( Merderneh 1 i52 , Aoiit 1782 ) les rapports de Knigge nous montrent ce Minos en commerce de lettres avec le docteur Stark , pour arriver à Ui conquête dii

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Landgrave de Hesse - Darmstadt , par celle du grand aumônier. On ne voit point le Provincial assesseur rendre compte de sa négociation ; mais Knigge semble en prévoir le succès , lorsqu'il dit aux Aréopagites : « Je suis charmé que le Frère M Minos ait entrepris un commerce de lettres « avec le docteur Stark ; cela lui apprendra , » que pour traiter avec un homme d'esprit, il faut » en avoir soi-même. « Quoiqu'il ne semble pas en accorder beaucoup à ce Provincial, Knigge ne laisse pas d'en attendre de bien grands services , sur-tout si Von pouvoit réussir à tempérer son zèle.

Sous le nom à'Epictète , le troisième rapport ^'^J^rntT officiel est celui de l'adepte Provincial à' Albanie, port. celui du même Frère que bientôt Knigge montre pr^'^7ncid dans sa préfecture de la Paphlagonie ou du Pa- d'Aibalatinat, fondant la Loge de Manheim qu'il ap- ""' pelle Surinam , et celle de Frankenthal qu'il baptise Parmaribo. \J Albanie alors semble passer sous l'inspection d'un nouveau Provincial. Quoi qu'il en soit , cet Epiclète , ici Provincial à'Al^ banie , est un adepte élevé plus spécialement par "Weishaupt même, dans l'art des Frères Insinuans ; sous son vrai nom c'est Mieg-, Conseiller et ministre Protestant d'Hedelberg , où il réside habituellement. Tout ce qu'on peut attendre d'un pareil élève , se conçoit par l'éloge qu'en fait Weishanpt en écrivant à Ce/se • y N'oubliez pas » de faire à Munich tout ce que vous pourrez » pour notre Epictète. C'est à peu près le meil» » leur de nos adeptes. 11 est un peu trop ardent , >^ du reste incomparable. Il a déjà mis presque » tout le Palatinat sous la puissance de notre » Ordre, Pas la plus petite ville dans laquelle il » n'ait au moins un ou deux adqotes — hat er die » ganze Pfaltz unter dus commando des Çfs

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» ( ordens ) gehracht» In ledem landstœdtchen » sind ein odcr zwey» » ( Ecrits orig. t. 2. , lelté i3,ai). 1782.) Cette lettre , étant de la même année que le rapport ofîlciel, dispense des détails. Dans le nombre des Frères dont Epictète rend compte , il en est cependant quelques - uns qui méritent une attention spéciale. Tel est d'abord ce Diodore , Illuminé mineur^ ou plutôt 111luminé B. E. qui , dans une Université Catholique, et jusqu'à ce moment Catholique luimême, n'a pas cru pouvoir donner aux Frères de plus grande preuve de son zèle pour l'Illuminisme , qu'en voulant soutenir des thèses protestantes , sous un prétexte qui ne montre ni un Catholique ni un Protestant , mais bien un homme qui ne voit dans toute religion qu'une affaire de politique. Toute la raison qu'il allègue est que le Collège des Comtes de Weslphalie est un Collège protestant. — Tel est ensuite le Frère Eraste, du même grade , consultant sur la meilleure manière de s'y prendre pour illuminiser l'instituteur d'un enjant du Prince de Deux-Ponts , et élever le jeune Prince dans l'esprit de l'Ordre. — Tel est sur-tout le Frère Pic de la Mirandole , c'està-dire, un certain Brunner , Prêtre à Tiefenback , dans l'Evêché de Spire. « Celui-ci , dit son Pro- » vincial , est encore Novice , mais plein d'atta- » chement pour l'Ordre. Le 10 Septembre, il a » soutenu ses thèses théologiques en dépit des ex- » Jésuites. Dans son quihus licet , il prie l'Ordre » de pourvoir à ce que la forteresse de Phi- » lisbourg , abandonnée par les Autrichiens , » ne tombe pas entre les mains d'un officier » déçot , qui en demande le commandement j » mais entre celles d'un autre oflicier (plus méri- » tant sans doute ) qui aspire à la même place. i> Ce novice illuminé , faisant déjà tant d'attention

aux

DE l'Impiété et de l'Anarchie. i 2^ aux forteresses , reparoîtra dans ces mémoires avec les Frères de Mayeiice , conspirant et livrant avec eux celle ville aux Jacobins.

Le quatrième rapport officiel est de J'adepte Rapport jig-is. Celui-ci ne prend point le titre de Provin- KrœC cial ; il en fait seulement les fonctions en ce moment , pour soulager du poids de ses travaux l'adepte Alhéroni , c'est-à-dire , un certain Bleuheireu. , d'abord Juif , et ensuite se faisant Chrélien pour devenir Conseiller Auliqiie du Prince de Neuwied , et Provincial illuminé. Agis luimême est un nommé Krœher , gouverneur des enfans du Comte de Stolberg. Nos mémoires le montrent arrivant dans la suite à l'éducation du jeune Prince , aux bonnes grâces de la Princesse de Neuwied , troublant dans cette Cour la paix domestique , et connu enfin en Allemagne sous un nom qui expose à bien des commentaires l'honneur de son auguste prolectrice. Les nouvelles qu'il donne aux Aréopagiles sont , qu a Aix-la^ Chapelle le Baron de Witte devient plus zélé qu'on ne s'y attendolt; qu'il a pris sur lui d'illumiiiiser dans celte ville sa Loge Maçonnique, et que d'après ses lettres on pourroit en espérer autant des Maçons de Bruxelles. — Le Frère Agis demande si l'on juge à propos qu'il entre lui-même en correspondance avec ces fous de la cabale hermétique. — Avant que de leur dire les secrets de l'Ordre , il voudroit que l'on se présentât simplement comme initiés aux leurs. Il avoue ne pas entendre lui-même les systèmes de lout ce mondelà ; il demande des leçons qui le mettent un peu plus au fait, crainte de se trahir auprès des Franc- Maçons qu'il méprise souverainement, mais dont il faut entendre le jargon pour les gagner à l'Ordre. Ces instructions lui sont d'autant plus nécessaires , qu'un Frère du district vient encore lui Tome IY. I

i3o Conspiration des Sophistes demander la permission de montrer quelques-nnej de ses lettres au Vénérable delà Loge Maçonnique A' Iris , pour ne faire qu'un coup de lilet du Vénérable et de la Loge.

Par ces mêmes dépêches le Frère Agis recommande à la protection des Aréopagites l'adepte j4rche]aûs , connu d'ailleurs sous son vrai nom de Barres ^ ci-devant Major au service de France, actuellement mettant toute sa contiance dans le crédit de l'Ordre pour obtenir une place dans quelque Cour d'Allemagne j et unir la Croix da mérite à celle de France , avec le titre de Major à la suite. « 11 m'est venu en tête , ajoute ici » Agis , que l'Ambassadeur Ch-^ étoit des nôtres ; t> qu'il avoit une grande influence sur — (la Cour » ou les Ministres ) ainsi je n'ai pas refusé nos » services. Si nous réussissons dans cette affaire , i> le hruit de notre puissance se fortifiera d'au" 3> tant. Il n'est presque point de semaine où cette » opinion ne nous vaille des hommes qui viennent y> solliciter noire crédit auprès des Cours de Verr> sailles , de Vienne et de Berlin. C'est à mourir » de rire. Cependant nous nous gardons bien de » renvoyer ces gens-là sans espoir ; nous disons « seulement que nous n'aimons pas à nous rendre » chaque jour importuns îuiprès de ces Cours. «

A côté de cet article se tiouve une note marginale de la main de Knigge , et portant : Qui peste lui a mis dans la tête cette foible de notre toute-puissance ! Celui qui a fait la note pouvoit faire aussi la réponse. Car on le voit dès lors , et même avant celte époque , ne rien épargner pour donner aux Frères une haute idée du pouvoir de son Illurainisrae , et se flatter d'avoir , à force de mettre son monde en mouvement , obtenu pour les adeptes des places d'honneur y des bénéfices ^ des dignités , qu'il distribuait au nom des Supé-i

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 1 3i'

TÎeurs inconnus , qui n existaient pas même en~ core. Quand ces Supérieurs existent , on le voit précisément faire tout comme ^gis ; obtenir d'un Comte adepte la nomination de Chancelier direc^ leur ^ aux appointemens de douze cents florins, envoyer les pancartes à son candidat Wundt ^ Conseiller ecclésiastique à Heidelberg ; et pour faire connoître à ce candidat la puissance des Frères , lui écrire que V Ordre Vafait nommer à cette dignité, ( Voyez derniers éclairciss. p. 45 , Ecrits origin. t. 2 , p. 202. )

L'article sur lequel Knigge avoit fait sa note , est immédiatement suivi d'un fait qui prouveroit d'ailleurs assez bien , et le crédit que i^s Illuminés avoient déjà dans certaines Cours , et l'usage qu'ils savoient en faire pour la propagation de leurs mystères. « Cette semaine -ci , continue » Agis , nous allons recevoir un Ecclésiastique >^ Luthérien qui, par ses tours d'adresse , a fait » pour la communauté ( ou Loge) de ce lieu, » une collecte de neuf mille Jlorins. Aussitôt la « paix faite , il doit partir pour Londres , muni » d'une foule de lettres de recommandation. Le ». Pr. — F. — D. B. ~ C en marge de mon exem- » plaire, je trouve écrit par un homme bien ins- » iruit de toute cette histoire , ce que l'on devine » d'ailleurs assez aisément , le Prince Ferdinand » de Brunswick) , oncle du Duc régnant, lui a » promis de l'appuyer de tout son pouvoir. Pr, » — F, — V. B. — hat ihni aile unterstUtzung » versprochen. Nous voulons aussi l'employer » dans ce pays- là pour notre Ordre. Il faut qu'il » illuminise finement les Anglais. — IJne grand» » perruque hollandaise , un visage maigre et blême, » de grands yeux largement ouverts , une imagi- » nation féconde, une connoissance des hommes, » acquise enroulant le monde pendant deux aus^

tZz Conspiration des Sophistes » sous le costume d'un mendiaut. — Ne croyez- » vous pas qu'avec cela notre homme va faire » des merveilles ? — Nous allons le siyler cet » hiver , comme les Hernutes , leurs apôtres. »

L'adepte que dépeint si bien Agis-Krœber , et sur lequel il fonde tout cet espoir pour la conquête de l'Angleterre à l'IUuminisme , n'est point ici appelé par son nom de guerre ; une note marginale sur mon exemplaire m'apprend que son vrai nom est Rœntgen , et qu'il est Hollandais Protestant de Pelkam , dans la Frise orientale. Cinquiè- Le cinquième rapport officiel se trouve mutilé.

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ap- et sans nom du Provincial. Tel qu'il existe encore ,

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fieki. ïl nous montre au moins en parlie 1 état de la Pays de scctc ct SCS proi^rès , pendant les trois derniers

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Cologne, niois dc 1 7o2 , uaus les iilectorats de 1 reines et de Cologne^ appelés ici le Picinum ou Picentin. A cette époque , l'adepte Provincial s'applaudit de la considération que les Franc-Maçons acquièrent dans son district , depuis que leurs Loges sont Illuminées. « Ici , dit-il , jadis un Franc-Maçon » étoit un objet de raillerie ; aujourd'hui on re- » garde avec pitié celui qui ne l'est pas. Chacun » accourt à nous , et les profanes soupirent après » leur initiation. — Chacun vient se jeter sous la » protection d'un Ordre qui a tant de puissance. » Une preuve de cette puissance qu'on ne s'attendoit pas à trouver dans ces archives , c'est la disgrâce et l'exil de M. l'Abbé Beck, que le Prince Clément de Saxe , Electeur de Trêves , avoit jusques alors honoré de sa confiance. Je n'ai point i'honneur de connoître ce vénérable Ecclésiastique ; mais il me souvient d'avoir vu dans Paris ses vertueux amis augurer très-mal de sa disgrâce. Je ne m'attendois pas alors à le voir si bien vengé par le compte qu'en rend le Provincial illuminé , en écrivant à ses confrères : « Le fameux bour-^

DE l'Impiété et de l'Anarchie. i33 » reau de conscience de Tïllecteur , l'Abbé B. a » enfin reçu son coni^é et l'ordre d'évacuer le » pays. Depuis que l'Electeur avoit ce Jésuite (a) » à son service , il s'étoit déclaré l'ennemi des » Franc-Maçons et de tout ce qui tend en général » à éclairer les hommes ; à présent que le Jésuite « n'y est plus , nous açons le plus grand espoir » d'opérer j'ichement dans Trêves et dans VElec- « torat. » Que son Altesse Electorale dont la vertu, la piété sont d'ailleurs si connues , doit avoir été indignée , en trouvant dans ce compte rendu la vraie source des insinuations , dont un de ses plus dévoués serviteurs avoit été victime , et de voir siu--tout le parti qu€ ses vrais ennemis , comme ceux de toutes les Puissances, se flattoient de tirer d'une illusion toute due très-vraisemblablement à leurs manœuvres.

Nouvelle preuve encore de cette puissance que l'Ordre illuminé commençoit dès lors à acquérir dans les Cours d'Allemagne. Sous le titre Loge de Pinna , dans le dictionnaire de la secte désignant Hachenbourg ,[e Provincial illuminé annonce d'abord l'inauguration du Docteur Vogler^ médecin à la Cour du Comte de Kirchenherg , et ensuite il ajoute : « Ici les allaires de l'Ordre vont à mer- » veille; le Comte n'est entouré que d'Illuminés» » Secrétaire intime , Médecin, Pasteur. Con- » seilhrs , tout est à nous, — Les favoris du, » Prince sont nos adeptes les plus zélés, et nous w ai^ns pris nos précaulions pour l'avenir. Que » l'Ordre s'établisse aussi bien par-tout , et le » monde est à nous, w

Ce vœu du Provincial illuminé seroit bientôt rempli , si les adeptes étoient par-lout aussi zélés

(a) Ce mot <îe Jésuite parmi les Illumim's ne signifie ici , comme dans cent endroits , qu'un homme ennemi de ifurfi principes j car l'Abbé Beck ne fut jamais Je'suitc.

i34 Conspiration des Sophistes

qne ceux dont il rend compte pour ses Préfectures du Ficinum et de la Dacie. 11 en est un sur-tout qui, dans trois mois seulement, a donné à l'Ordre treize Novices ; et parmi ces Novices il n'est pas inutile d'observer que onze étoient déjà Franc-Maçons : parmi ces Novices il est surtout deux Curés Luthériens , que les Frères désignent sous les noms d'Açeroës et de Théognis. Le premier a montré tant de zèle , tant d'activité et d'intelligence, les principes de l'Ordre semblent si bien innés dans son cœur , que les Supérieurs se liaient de l'avancer aux plus hauts grades pour l'admettre dans leur conseil et pour se décharger sur lui d'une partie de leurs travaux. Le second , Théognis , de son vrai nom Fischer , est arrivé , par les intrigues de l'adepte Pausanias , à la Cure de Wolsbriich en Autriche , et près de Lintz. Dans le rapport de Knigge aux Aréopagites , je lis sur cet adepte la note suivante :

« Lors de sa promotion à sa Cure, Théognis « a reçu de l'Evéque de K. . . une lettre dont » les principes semblent copiés de notre Code. » Le Prélat y parle d'un projet secret de ré- 5> forme , et prie Théognis de ne montrer son » épîlre à personne. Nos Frères de cette co- » lonie sont fortement persuadés que cet Evéque î> est un des adeptes , et que c'est là ce qui a « valu son Bénéfice à Théognis ; aussi travail- » ient-ils avec une nouvelle ardeur. »

Pourquoi l'éditeur des écrits originaux s'est-il contenté de désigner cet Evoque par une simple lettre initiale ? Les Evangélistes ont bien nommé Jiidas-lscariotes en routes b ttres ; pourquoi ne pas noujmer le Prélat Hœslein , Vice-président du Conseil spirituel de Munich , devenu Monseigneur l'Evoque de Kherson pour l'Eglise , et devenu ensuite le Frère Philon de Bybhs pour

DE l'Impiété et de l'Anarchie i35 W'eisljaupt. Avec un peu moins de respect pour ces hommes , qui en ont si peu eux-mêmes pour leur dignité , le soupçon tomberoit sur celui qui le mérite , et Ton sauroil quel est l'homme qui , sous la mitre , doit le premier trouver son nom dans la liste des conjurés contre le Christ.

Avant aue de donner cette liste , je dirai Bapporta

1 111- rn • 1 ofdciels

quelque chose des derniers rapports oUiciels que de nous fournissent les annales de la Secte. Ceux-ci Kn'sge. sont faits par Knigge même, en date de Juillet , Août I 783 , et de Janvier suivant. ( Thirmeh , Merdvdmeh , Dlmeh ii52. ) On y voit que les soins de sa mission à Wilhelmsbad ne l'empêchoient pas de surveiller tous ces Supérieurs Provinciaux , dont je viens d'extraire les comptes rendus. C'est à lui d'abord que s'adressoient tous leurs rapports , il les faisoit passer aux Aréopagites , en y ajoutant les réflexions que lui suggéroii son zèle pour la propagation de la Secte. Ce qu'il blamoit sur-tout dans les travaux de ses inférieurs , c'étoit un défaut d'ordre ; c'étoit une marche irrégulière, qui lui sembloit rendre les succès moins prorapts , moins assurés qu'il n'eût voulu. Aussi écrivoit-il à son Sénat : « Je y* ne saurois assez le répéter ; c'est lorsque nous » aurons organisé tout le corps , lorsque chaque » Province aura son Provincial , et chaque Ins- » pecteur trois Provinces ; c'est lorsque nous » aurons établi à Rome , ( c'est-à-dire suivant y> la Géographie de la Secte , à Vienne en » Autriche ) notre direction iLilionale ; c'est » encore lorsque nos Aréopagites , débarrassés j» de tous les détails ennuyeux , et par-là certains » de rester inconmis , n'auront plus que l'en- » semble à inspecter, le système à perfectionner, » la propagation dans les autres pays à favoriser; s> c'est lorsqu'ils pourront à propos assister la

i36 Conspiration des Sophistes » classe des Frères dirigeans ; c'est alors sen- » Jement , et pas avant , que nous viendrons » à bout de quelque chose. »

A la suite de ces leçons , et sous le litre France , on lit ; « Ici je ne conseille pas encore » de rien entreprendre , avant que je sois dé- » barrasse de la multitude d'aiîaires dont je » suis surchargé. J'abandonne même , pour un » temps , les projets sur l'Alsace et la Lorraine. » En attendant que le jour de ces projets^ arrive , Knigge passe en revue les comptes que lui rendent ses Provinciaux ; il ajoute au nombre de leurs ^Novices ceux qu'il a faits lui-même. Ce qui l'occupe plus spécialement , ce sont ces mesures ultérieures pour consommer l'acquisition des Loges maçonniques ; c'est cette grande intrusion qui doit domier à son Aréopage les millions de bras que ces Loges contiennent , et les appliquer tous à la révolution de son llluminisme.

A l'époque de son dernier rapport ofliciel , c'est-à dire en Janvier 1788 , elle étoit déjà bien avancée cette grande intrusion , et Weisauplit lui devoit toute celte multitude d'adeptes, qui déjà étendoient sa conspiration sur toute l'Allemagne. Que l'on jette un conp-d'ceil sur la carte de l'Empire et sur celles des Loges déj^ illuminées ; dans la nomenclature géographique de la Secte , il est bien des villes dont le vrai nom est resté pour nous un mystère ; chacun de ces noms désigne au moins une Loge illuminée , une ville où se sont établis les conjurés : et dès' lors reste-t-il \\n canton d'Allemagne où la Série n'ait pas déjà percé. Tenonsnous-en aux villes que dévoilent , malgré eux , ou les écrits des grands adeptes , ou leur résidence habituelle ; quelle alliance redoutable n'ont-ils pas déjà formée ? Le premier de tous

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 187 les Provinciaux , immédiatement sous les ordres de "Weishaupt , a sous lui , dans la Bavière seulement 5 les Loges de Munich , de Ratisbonne , de Landsberg , de Burghausen , de Straabirig ^ Qt de Frcysingen. Dans les Cercles de Franconie et de Souabe , le Baron Mahomet préside au moins à celle d'Eichstadi où il réside liaLiliiellemcnt , à celle de Bambrrg , de Nuremberg , à' Augsbourg , de Mœmpelgard , à celles du Duché de Wiir/emberg. Dans les Cercles du Rhin , dans le Palatinat , la Secte a au moins Deux-Ponts ^ Bîanheini , Franhenthal , Heîdelberg , Spire , Worms et Francforl-sur~le-Mein. Avec leurs capitales , elle a les Electorats de May eue e , de Trèi^es , de Cologne. Dans le Cercle d Hanovre , elle a encore les Loges à'Hanovre même , de Gottingue , de Wetzîar ; en Weslphalie , au moins celles à' Aix-la-Chapelle , de Neuwied , A'Achembourg ; en haute et basse Saxe , celles de Kiel , de Brème , de Brunswick , de Goiha , à'Iéna. Ses grands adeptes , Nicolaï et Leuchsering , rétablissement à Berlin ; et l'adepte Brutus nous montre déjà ses Loges minervales en plein exercice à Vienne en Autriche , comme elles le sont à Linlz. Haunibal , ou ce commissionnaire de "VN'eishaupt, le Baron deBassus, les établit à Jnspruch ^ à BoJzana, et dans les autres villes du Tirol. Du fond de son sanctuaire à Ingolstadt , ^Veishaupt préside à tous c es conjurés ; il occnpe par eux le centre et le contour de l'Allemagne. Déjà en quelque sorte il en est l'Empereur souterrain ; il a plus de villes dans sa conspiration que le chef de l'Empire n'en a sous son domaine. \nuouht-

A cette époque encore, s'est opérée dans le tt'''P'ri's code de riliuminisme ime révolution qui ajoute "adcn

nouveaux

)tCS.

i3S Conspiration des Sophistes

à sa force , et que l'historien observera pour repondre à ceux qui lui objecleroient ce qui m'a été objecté à moi-même : « L'Uluminisme » de Weishaupt n'éloit né en Bavière que » vers le milieu de l'année i77t); la Secte s'at- » tachoit à l'adoiesceuce ; elle exi^eoit un long » noviciat , il falloil encore des années et des » années pour ses écoles minervales , pour for- » mer ses adeptes et les porter aux grades de 3> la conspiration ; il lui eût donc fallu des » générations et des générations encore , pour *» former cette multitude de conjurés dont nous •» voyons pourtant les cohortes et les armées » s'élever dans un temps où l'Illuminisme est » encore si près de son berceau ? »

Cette objection a pu paroître sérieuse ; à l'époque où nous sommes , elle se résout d'ellemême. Knigge l'a prévenue , en nous montrant celte multitude d'adeptes Franc -Maçons déjà d'un âge mûr , qui n'avoient pas besoin de ces longues épreuves , et qui , dans les pays Protestans sur-tout , dédaignant l'école minervale, n'en montroient que plus d'ardeur pour être admis aux derniers grades de la conjuration («)•

Ça) Knicge ajoute que dans les provinces Catholiques, les livres philosophiques, la lumière tlu siècle, c'est-àdire , l'impiété du jour , n'avoient pas fait h beaucoup près autant de progrès que dans les pays Protestans. Cela e'fcoit très-vrai pour la Bavière ; plût à Dieu qu'il en eût été de même par-tout, sur-tout en France ! Quoi qu'il en soit, « la classe minervalc, ditKuigge, neprey noit pas du tout dans les pays Protestans, et en effet, îs ajoute-t-il, toutes ces dispositions ne pouvoient être » bonnes que dans les pays Catholiques ensevelis dans » les téaèbres , et pour des hommes médiocres de la » vieille mode ; — mais plus nos frères avoient d'éloi- » gnement pour ces assemblées de novices, plus ils rae » sollicitoieut, plus ils couroient chez moi pour être » admis aux dei^niers grades. » MU der minerval clasgq

DE l'Impiété et de l'Anarchie. i3g \Veisliaiipt conçut bientôt la cause de ses nouveaux et rapides progrès ; c'est aussi pour cela que nous l'avons vu se relâcher de la sévérité de son code sur la longueur des épreuves minervales 5 et exhorter ses Insinuans à enrôler, ainsi que Knigge, des hommes que l'on pût élever plus promplement aux derniers mystères. C'est aussi cette nouvelle marche que l'on peut observer, à cette époque , dans le choix des adeptes. Lorsque les Frères provinciaux mentionnent l'âge de leurs novices , on en trouve bien peu dans leur première adolescence. Ce sont désormais des novices de vingt-cinq, de trente, de quarante, même de cinquante ans, et dont les fonctions seules annoncent la maturité des années. Voilà donc déjà la Secte se fortifiant d'une multitude de bras qui n'auront plus besoin d'attendre les années pour se montrer et pour agir, quand le jour de la révolution arrivera.

Une observation qui ne doit pas échapper non ce^acquiplus à l'historien , c'est l'aveu qu'il trouvera sou- sidon* vent dans les Ecrits originaux des adeptes , que l'emprelleurs grands progrès sont dus désormais à la faci- sèment lité avec laquelle ils s'introduisent dans les Loges praHcmaçonniques , et à la prépondérance que les mys- Maçons;

wolîte es in Protestantischen lœnder durchaus nichtfort^ und wûrhlich war auch dièse anstalt vorzilglich nur in finstersten Catholischen provinzen , und auf mitteU viœssige ait tags menschen anwendbar — je weniger aber die mitglieder geneigt waren vers ammlungen der Pflanz-schule anzulegen^ uni desto eifriger drangenste in mich , ihnen endlich , die hœhere grade mitzutheilen. ( Phil. eiidlic. erkiaerung , p. 52, 53 et passim. ) A cette raison ajoutez que Ivnigge parle sur-tout de ces Sijphistes Franc-Maçons , parmi lesquels il faisoit ses recrues , et qui se trouvoient encore plus près des mystères que les autres, parce qu'ils étoieut plus accoutumés aux secrets des Loges.

jifo Conspiration des Sophistes

l^res de Weishaupl acquièrent chaque jour dans ces Loges. — Depuis que divers Frères Maçons , et quelques-uns même des plus ardetis Rose-Croix , ont été initiés à nos mystères, dit entre autres l'Illuminé Lui Jus , nous açons semblé prendre Une nouvelle i^ie , une toute autre force cT expansion ou de propagation, (Journal de R. Lnllus, Ecrits origin. t. 2 , sect. 6. ) C'est encore à cette même cause que l'Aréopagite Hannibal, ou Baron de Bassus , attribue tous les succès de sa mission. Dans le détail qu'il en écrit aux Frères , il commence d'abord par se féliciter des Loges Maçonniques qu'il trouve établies dans tout le Tirol. C'est dans ces Loges cju'il fait toutes ses grandes acquisitions ; qu'il enrôle des Conseillers de la Régence, des Professeurs de Collège, des Comtes, des Excellences , des Ministres de l'Empereur, des Présidens , des Vice-Présidens , des Maîtres de Postes, des Conseillers du Gouvernement, tous remplis d'enthousiasme pour leurs nouveaux mystères. A la vue de ses succès inattendus, il ne le cache point ; il faut en rendre grâces au nouvel ordre que Pliilon Knig^e a su établir dans l'Ilkiminismc. Il avertit ensuite son Aréopage , « que » les Franc-Maçons expérimentés se tournent » de toute part pour chercher la lumière ; qu'à » peine leur a-t-il donné le moindre indice , leur » cœur s'enflamme, et leurs instances redoublent, » po[u- se faire iniîier; que c'est le vrai moment >> poui' faire de grandes acquisitions à Vienne , où » il doit Y açoir plus de quatre cents Francv> Maçons. » S'il arrive à Milan avec moins d'espnir, c'est, écrit-il, qu'il n'y a point dans cette ville de Loges Maçonniques ; mais il en trouvera a Crémone .> à Pavie , et dans le reste de l'Italie j aussi demande-t il que les Frères ajoutent à leur dictionnaire géographique , les villes qui lui restent

DE l'Impiété et de l'Anarchie. i^i à parcourir et les conquêtes qu'il se promet de faire. ( Voyez t. i et 2., Ecrits origin. les quatre lettres cC Haiinihal . )

Enfin Knigge lui-même , quelle cause nous donne-t-il de cette prodigieuse multitude d'adeptes , dans un si court intervalle de temps , acquis à son Illuminisme? ««Lorsque j'entrai dans » l'Ordre , écrit-il à Caton-Zwach , vous alliez » en aveugles contre tout ce qui s'appeloit « Franc-Maçon de la stricte obsen^ance ; je vous » dis , je soutins qu'il y avoit dans ce monde-là » des hommes excellens (pour nous), Spartacus » me crut, l'événement m'a justifié. Nos meilleurs » adeptes à Neuwied , à Gottingue, à MayeticCy » à Hanovre , à Brunswick^ et dans le Palatinat, » sont tous des hommes auparavant Franc-Maçons » de la. stricte obsers^ance. Unsere besten leute in » Neu^vied , Gœttingen , Maynz , Hanoçer , » Braunscheweig , Pfaltz , sind chemalige mitp geieder der stricten obscn'antz. »

Cependant ces conquêtes de l'IUuminisme sur la Franc- Maçonnerie , ne satisfont encore ni Weishaupt, ni Philon Knigge. Il faut pour eux, que le nom de Franc-Maçou n'existe désormais que pour servir de voile à leurs mystères. Réservons au chapitre suivant leurs nouveaux moyens et leurs nouveaux succès (a),

(a) Pour tout ce chapitre , voyez dans le second volume des Ecrits originaux , t. 2 , part, i/^ , les rapports des provinciaux illumine's , Provincial-berichte , depuis la page iSg jusqu'à la page 221.

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142 Conspiration des Sophistes

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