‹ Mémoires pour servir à lhistoire du Jacobinisme (volume 2)Chapitre 7 sur 24 · Tome IY. G · texte numérisé non relu

Tome IY. G

qS Conspiration des Sophistes

ihtinmaturge, c'est le sophiste de l'inipiété. Swedenborg l'est plus qu'on ne le pense ordinairement ; il l'est d'une manière qui laisseroit douter s'il n'est pas tout aussi hypocrite qu'impie. Jamais on ne parla davantage amour de Dieu , amour des hommes ; jamais on ne cita plus souvent les Prophètes de l'Evangile ; jamais on n'afi'ecta tant de respect pour Jésus-Christ , tant de zèle pour le Christianisme ; jamais sur-tout on ne prit mieux l'air, le ton d'un homme franc , sincère et religieux. Je n'en dirai pas moins ; jamais on ne montra tant de duplicité et plus d'impiété ; jamais on ne cacha sous le voile du zèle , un dessein plus formel d'anéantir tout Christianisme et toute Religion. Laissons tous les adeptes se récrier; il suffira pour justifier l'imputation d'exposer les deux systèmes de leur maître. Je dis les deux systèmes ; car comme Swendenborg a toujours ses deux sens, l'un interne et allégorique , l'autre externe ou littéral , pour expliquer et renverser nos Livres saints ; il a aussi ses deux systèmes ; l'un apparent et manifeste pour les sots et les dupes ; l'autre secret , caché , réserve aux adeptes ; l'un qui ne semble tendre qu'à réformer le Christianisme sur les idées du Déisme en délire , l'autre qui nous conduit à toute l'impiété de l'Athéisme , du Spinosisme , du Fanatisme et du Matérialisme.

J'en suis fâché pour mes lecteurs ; mais telle est la nature de nos révolutions , qu'il faut pour en connoître et pour en dévoiler les causes, étudier bien des sectes et dévorer bien des systèmes. 'On ne sait pas assez à combien de factions anti-chrétiennes , impies , souterraines , le monde étoit en proie avant l'éruption de nos désastres. Je méprisai moi-même quelque temps cette nouvelle espèce d'Illuminés , se disant Théosophes. Je les retrouve à "Wilhemsbad; le rôle qu'ils y jouent en concurn jreaco avec Weishaupt , et plus encore celui qu'on

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les verra jouer dans la suite, réunis à Weishaupt, m'ont forcé d'étudier leur secte ; il faut bien au moins que l'historien ait une idée précise de leurs ' sytèmes. Le premier que j'appelle apparent , est celui de ces hommes à qui il faut encore les mots f^l^^J^^^ de Dieu , de Religion, d'Esprit, de Ciel , d'Knfer ; de swcmais aue Dieu abandonne à la rclie^ion de toutes ^•^"''*'»?f-

1 ^ • 1 1 1 J • ' • .Ses nioQ-

les sottises , de toutes les absurdités , ou mepties des. de V Anthropomorphisme , parce qu'ils n'ont pas su se conserver dans le Christianisme. Pour cette espèce d'hommes , Swedenborg imagine deux mondes , l'un invisible et spirituel , l'autre visible et naturel» Ces deux mondes , chacun séparément, on lia forme d'un homme : pris ensemble, ils composent l'Univers, qui a missX la forme de l'homme»

Le monde spirituel comprend le Ciel., le monde des Esprits et VEnfor. Ce Ciel , ce monde et cet Enfer sont aussi formés à l'image de Vhomme c'est-à-dire à celle de Dieu même.

Car Dieu est aussi homme; il ny a même que le Seigneur , ou Dieu , qui soit homme proprement dit, — Ce Dieu homme est incréé , infini , SonDîea. présent par-tout par son humanité, — Quoique Dieu et homme tout à la fois , ce Dieu n'a qu'une seule nature et une seule essence , et il est smtout un en personne, 11 y a bien un Dieu Père , un Dieu Fils et un Dieu Saint-Esprit ; mais Jésus- Christ , est seul ce Dieu Père , Dieu Fils et Dieu Saint-Esprit suivant qu'il se manifeste par la créalion , la rédemption , et la sanctification : et la Trinité des personnes en Dieu , suivant Swedenborg , est une impiété , qui en a produit bien d'autres.

Cette doctrine contre la Trinité est un des articles sur lequel ce sophiste et ses disciples reviennent le plus souvent et insistent le pins fortement, jusque dans les catéchismes qu'ils ont soin défaire pour les enfans.

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Au reste, quoiqu'il n'y ait qu'une nature et qu\ine personne dans ce Dieu homme , Père ^ Fils et Saint-Esprit , il est dans chaque homme So« deux hommes bien distincts ; l'un spirituel et intérieur^ l'autre extérieur et naturel. L'homme esprit ou Vhomme intérieur a un cœur , des poumons , des pieds > des ?nains , et toutes les parties du corps humain visible et naturel, (a)

Il est encore dans chaque hommo trois choses bien distinctes, le corps, l'ame et V esprit. On sait assez ce que c'est que le corps ; Swedenborg n'y change rien; mais son esprit, c'est cet homme intérieur y ayant un cœur et des poumons , un corps spirituel fait tout comme le corps naturel. Quant à l'ame , elle est l'homme lui-même ; c'est du père qtj^elle vient aux enfans* Le corps est l ^enveloppe , et il vient de la mère*

Avec ce corps , cet esprit et cette ame, tout ce ^ue Vhomme pense et tout ce qu'il veut , est en. lui par injluence du Ciel ou de V Enfer ; « Il ■fi s'imagine avoir actuellement ses pensées et ses » volontés en soi-même et de soi-même , tandis » néanmoins que le tout influe en lui. — S'il •n croyoit comme la chose est eu réalité , alors » il ne s'approprieroit point le mal , car il le y> rejetteroit de soi à l'Enfer d'où il vient. Il ne » s'attribueroit pas non plus le bien , et partant » il n'en tireroit aucun mérite. Il seroit heureux y » il verroit , de par le Seigneur , et le bien et le » mal. » (Ext. de la Jérusalem et des Arcanes , art. Injluence , A.*' -77* ) Ce qui revient à dire : il verroit qu'il n'est maître ni de ses pensées,

(a) Tout ce qu'on lit ici de ce système n'est qu'un précis exact , ou des ouvrages mêmes que j'ai de Swedenborg, tels que sa Doctrine de lanouvelle Jérusalem^ son Monde spirituel, son Apocaljpse révélée ; ou Lien des divers abre'gés , soit Anglais , soit Français, que se» disciples ont fait de sei? ouTrage».

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ni de ses actions ; qu'il n'est libre pour rien , qu'il ne peut mériter ni châtiment ni récompense.

Cet homme qui se trompe si grossièrement, lorsqu'il croit penser et faire lui-même quelque chose 5 est tombé dans une foule d'autres erreurs religieuses , parce qu'il n'entend pas les Livres saints. Dans ces Livres de la révélation tout est <il]égorîque ; tout a deux sens , l'un céleste , spirituel , intérieur ; l'autre , naturel , extérieur et littéral. C'est sur-tout pour n'avoir pas compris \e sens spirituel et céleste , que les Chrétiens ont cru le Fils de Dieu fait homme et mort sur une Croix pour le salut du genre humain. Swedenborg assistant dans le Ciel à un Concile , entend et répète formellement ces paroles d'un Ange théologien : « Comment le monde Chrétien peut-il »> abjurer la saine raison , et extravaguer au point » d'établir le dogme fondamental sur des para- » doxes de cette nature , qui sont évidemment » contre la divine essence, contre l'amour divin, » la divine sagesse , contre la toute-puissance et » l'omniprésence de Dieu ? Ce qu'on prétend qu'il » a fait , un bon maître ne le feroit pas contre » ses domestiques , ni même une bête contre ses » petits, w ( Abr. de Swedenh. art. Rédemption.) L'Ange de Swedenborg lui dit bien d'autres choses qui renversent tous les autres articles de la Religion Chrétienne. Il en dit sur - tout une fort consolante pour les scélérats de ce monde , en leur apprenant à se jouer d'un Enfer éternel , en leur disant sur-tout qu'il est contre la divine es^ sence deprii^er de sa miséricorde un seulhomme ; que tout cela est contre V ordre divin , que le monde Chrétien ne paroit pas connottre. ( Ibid.)

Une partie de cette docuine , assez consolante encore pour les méchans , c'est le sort dont Swedenborg les flatte dans l'autre monde; c'est le temps qu'il leur donne après la mort pour mé-

Ï03 Conspiration des Sophistes riter le Ciel. Suivant ce nouvel Evangile , l'instant où l'homme croit mourir est précisément celui où il ressuscite, et il n'y a point pour lui d'autre résurrection. En ce même inslixnt i/ paroit au monde spirituel sous la forme humaine , exactement comme en ce monde ; sous cette forme il devient Ange ; et il n'y a point même d'autres Anges que ceux qui le deviennent au sortir de ce monde. Tous ces Anges se trouvent dans le monde des Esprits; et là , ils sont reçus pas d'autres Anges qui les instruisent dans le sens spirituel des Ecritures. Ils ont jusqu'à trente ans pour apprendre ce sens et pour se convertir dans le monde des Esprits. — Mais , crainte de nous voir ramenés au Prophète en délire , hâtons -nous d'arriver à ce qui fait sur la terre le grand espoir de ses disciples. Après leur avoir expliqué tous les mystères du Christianisme dans son sens spirituel allégorique, c'est-à-dire après avoir substitué tous ses dogmes à ceux de l'Evangile , Swedenborg leur apprend qu'un jour viendra où toute sa doctrine sera reçue dans ce monde. Ce jour sera celui de la nouvelle Jérusalem rétablie sur la terre ; cette nouvelle Jérusalem sera le règne de la nouvelle Eglise , celui de Jésus-Christ régnant seul sur la terre , comme il régnoit seul sur les premiers hommes avant le déluge. Ce sera l'âge d'or du vrai Christianisme ; et alors la révolution annoncée pas Swedenborg, s'accomplira avec ses prophéties. Sa nou- Tel est ce que j'appelle le système apparent veik-Je- (jg Swedenborg. On voit assez comment il suffit

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aux adeptes , pour ellacer tout le vrai L<liristianisme dans l'esprit de leurs dupes , et pour faire de leur nouvelle Jérusalem le prétexte de ces révolutions qui , pour nous rappeler aux temps antiques , doivent , au nom de Dieu et de son Prophète , renverser tous les autels et

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tous les trônes existans sous la Jérusalem actuelle, sous l'Eglise et les gouveriiemens du jour.

A travers ce chaos du délire et des prophéties de la rébellion , dévoilons à présent cet autre système dont les profonds adeptes sembloient se réserver l'intelligence. Il est celui du matérialisme , du plus pur athéisme. Il est caché dans Swedenborg , mais il y est tout entier ; et ici ce n'est plus simplement le Prophète en délire , c'est le plus rusé et le plus hypocrite des Sophistes que j'aurois à montrer dans Swedenborg , si je ne savois bien que ces ruses mêmes et cette hypocrisie ne sont pas incompatibles avec une certaine espèce d'aberration phisique , avec un vrai délire. Je m'explique. Il y a des hommes dont l'esprit s'égare sur certains objets , quoiqu'ils conservent sur les autres tout le sens froid et toutes les facultés ordinaires de la raison. H est des fous qui suivent parfaitement leur objet ; leurs principes sont bizarres , mais ils ne perdent pas de vue les conséquences ; ils les raisonnent, ils les enchaînent même quelquefois avec autant d'art que pourroit le faire le sophiste le plus subtil. C'est dans la classe de ces hommes que je crois devoir placer Swedenborg ; je le crois, parce qu'outre tous les délires de ses écrits, il est dans sa vie des circonstances qui ne permettent pas d'en douter. C'est ainsi , par exemple , qu'à Stokholm , après avoir long-temps fait attendre un officier-général , qui lui faisoit une visite de la part de M. Euler , bibliothécaire du prince d'Orange , il sortit enfin de sa chambre et reçut l'officier , en lui disant : Bien des pardons , M. le Général ; mais j'avois précisément chez moi St. Pierre et St. Paul , et vous sentez qu'on ne se hâte pas de renvoyer ces gens-là lorsqu'ils nous font l'honneur de nous visiter. — Ce que

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nos lecteurs sentent tout aussi bien , c'est Ficle^ que cette visite donna de Swedenborg à ce général , et le compte qu'il en rendit à M. Euler.

C'est ainsi encore que dans un voyage de Stockholm à Berlin , un de ses compagnons de voyage réveillé par le bruit que faisoit Swedenborg , et le croyant malade , entra dans sa chambre , le trouva dans son lit , très-agité , tout en sueur , faisant 5 à voix haute, les demandes et les réponses d'un entretien qu'il croyoit avoir avec la Ste. Vierge. Le lendemain , ce compagnon de voyage lui demande comment il a passé la nuit , et il répond : Je demandai hier très-instamment une grâce ù la Ste. Vierge ; elle m'a rendu visite cette nuit, et j'ai eu avec elle une grande conversation.

Le premier de ces faits pourra être attesté par M. Euler même , et je suis , à peu près , aussi sûr du secojid. Dans l'histoire du jour , voici leur rapport à celle d'une Secte qui n'est rien moins qu'étrangère aux causes de nos révolutions.

Swedenborg , avant les jours de sa folie, s'étoit fait un système qui conduit au matérialisme ; après sa maladie , ce système resta gravé dans son imagination ; il y ajouta ses Esprits mâles et femelles, et bien d'autres folies de cette espèce; mais dans le reste , tout se suit , tout se lie ; et malheureusement tout conduit au matérialisme. Des Sophistes , des impies s'aperçurent sans doute du parti qu'ils pouvoient tirer du visionnaire ; ils en firent un Prophète , pour opposer ses rêveries au vrai Christianisme. Qu'on lise , en effet , ses plus zélés et plus, rusés apôtres. Voici ce qu'ils nous disent de ses premiers ouvrages , pour nous conduire à l'admiration de ceux qui ont suivi sa prétendue mission : « D'a- » près les découvertes de Sw^edenborg , tout » corps humain consiste en plusieurs ordres de

DE lImpiété ET DE l'Anarchie. io5 » formes distinguées entre elles , selon le degré »> apparent de pureté appartenante à chacune » d'elles respectivement; savoir , dans le degré » inférieur réside la base ou réceptacle du second » degré plus pur et plus intérieur , qui sert » de même comme de base ou de réceptacle à » un troisième degré plus élevé encore , ce j) qui est le plus pur et le plus intérieur de » tous. C'est dans ce dernier que réside l'esprit » humain , étant une forme organisée , anima , » correspondant ai>ec l'esprit corporel , AmMVS , » et y communiquant la vie , pendant que le » premier dérive sa vie directement du inonde » spirituel. » ( Dialogues sur la nature , le but » et Véçidence des écrits théologiques de Swden-borg, Londres 1790 , p. 24 et 25. Voyez aussi le Règne animal et V Economie du règne animal par Swedenb, )

D'après cette fameuse découverte du maître, si importante pour les adeptes , donnons aux choses l'expression qui leur est propre , donnons à cet esprit humain , à cette forme organisée que Swedenborg appelle ïame , et à cet autre esprit corporel , qu'il appelle animus , leur véritable nom ; que nous restera-t-il pour Vame et pour Xesprit , si ce n'est celte matière organisée , ces corps dont le vrai nom est germe ,, et qui sont tout aussi bien matière dans le règne animal et dans le règne végétal , que le corps ou la branche ou les fruits qui en sont le produit. Dès Iprs il est aisé de concevoir ce que sont pour Swedenborg celle ame ou forme , et cet esprit qui a des poumons , des pieds et toutes les parties du corps humain. Cette ame est la matière organisée , cet esprit c'est la matière viimnte. Les noms changent , mais la rnaMère reste avec la houle d'une monstrueuse hypo-»

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crisie qui va faire de Dieu ce qu'elle a fait âe Famé , et matérialiser l'un comme l'autre. Pour en avoir la preuve , joignons dans Swedenborg les propositions suivantes. — Dieu est la we , parce que Dieu est Vamour, — L'amour est son être,, la sagesse est son existence ■ — la chaleur du soleil spirituel est l'amour , sa lumière est la sagesse, ( Abr. de Swed. art. Dieu. ) Que de détours , que d'artifices pour arriver à dire que Dieu n'est autre chose que la chaleur et la lumière d'un soleil prétendu spirituel. Car si Dieu est Vamour et la sagesse ; si cet amour y cette sagesse ne sont que la chaleur et la lumière de ce soleil , n'est-ii pas évident que Dieu n'est pas autre chose que la chaleur et la lumière du même soleil ? Lors donc que vous trouvez dans Swedenborg , et vous trouverez souvent des expressions semblables à celles-ci : Dieu est la i^ie , parce que Dieu est amour , et lui seul est la i>ie ; substituez : Dieu est la i^ie , parce qu'il est la chaleur ; il est seul la ide , parce que l'on ne vit que par la chaleur ; et vous aurez le vrai sens de Swedenborg. Tout cela laisseroit encore quelque idée d'un Dieu esprit, d'un Dieu immatériel, si ce soleil dont la chaleur et la lumière sont Dieu , étoit aussi spirituel de fait qu'il l'est de nom ; [mais tenons-nous-en toujours aux choses , ne nous laissons pas tromper par les mots. Ce soleil spirituel de Swedenborg n'est pas autre chose que des atmosphères , réceptacles de Jeu et de lumière , dont l'extrémité produit le soleil naturel. Celui-ci a aussi ses atmosphères qui ont produit par trois degrés les substances matérielles, — Ces mêmes atmosphères du soleil naturel , décroissant en activité et en expansion , leur dernier terme forme des masses , dont les parties sont rapprochées par

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 107 la compression des substances lourdes , fixes et en repos que nous appelons matière, ( Id. art. création. ) Dans un langage simple et intelligible , voici donc et la divinité de Swedenborg, et ses générations. D'abord , un soleil prétendu spirituel se compose dans les hautes régions , du feu le plus ardent et le plus lumineux ; la chaleur et la lumière de ce feu sont Dieu même. Ce Dieu dans cet état , tout comme ce soleil , n'est pas autre chose que toute la matière dans un état d'expansion , d'agitation , de feu , d'incandescence. Tant que cette matière reste dans ces régions brûlantes , il ne plaît pas à Swedenborg de l'appeler matière ; il l'appelle soleil spirituel. Des parties moins subtiles ou moins brûlantes sont poussées vers une extrémité de ces régions; là , elles se ramassent et forment le Soleil na^ tureL Là , elles ne sont pas encore matière ; mais des parties moins subtiles encore de ce second soleil , se ramassent aussi à l'extrémité de ses atmosphères ; là , elles se rapprochent , se refroidissent , s'épaississent , forment de lourdes masses ; et là enfin , il plaît à Swedenborg de les appeler matière. Elles ne sont plus Dieu ou soleil spirituel , parce qu'elles ne sont plus en état de feu. Qu'est-ce donc que le Dieu de Swedenborg , si ce n'est tout le feu ou toute la matière en feu , et cessant d'être Dieu , quand elle cesse d'être brûlante et lumineuse : Et qu'estce que la scélérate hypocrisie , s'il suffit de changer ainsi les noms des choses pour nous prêcher le pur matérialisme ?

Qu'on se fasse l'idée que Ton voudra de l'homme qui a pu débiter et tant d'absurdités, et tant d'impiétés ; il est par malheur d'autres hommes toujours prêts à saisir les erreurs les plus extravagantes j les uns , comme mcapables

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de démêler le sophisme ; les autres , comme déjà impies , et toujours enchantés d'une nouvelle impiété. Swedenborg trouva des disciples de l'une et de l'autre espèce ; il en résulta deux véritables Sectes ; l'une publique et l'autre souterraine. La première se compose de cette sorte d'hommes si aisément dupes de la crédulité et de l'hypocrisie. Avant Swedenborg , ces hommes-là se disoient Chrétiens , adoroient Jésus- Christ 5 Swedenborg a donné à son Dieu chaleur et lumière , à son Soleil spirituel , le nom de Jésus-Christ ; et ils se croient disciples de Jésus- Christ en suivant Swedenborg. Il est évidemment l'ennemi le plus déclaré des principaux mystères de la Révélation , de la Trinité surtout , et de la Rédemption du genre humain, par le Fils de Dieu mourant pour les pécheurs; mais il parle beaucoup de Révélation ; il sait prendre le ton dévolieux , avec son sens allégorique , son sens spirituel , il a l'air de vouloir tout réformer au lieu de tout détruire *, et ils ne voient pas qu'avec ce sens allégorique il répète tous les argumens des Sophistes contre la Religion révélée , pour renouveler les sottises et les impiétés des Perses , des Mages et des Matérialistes. («) On raconte à ces bonnes gens-là ses visions merveilleuses , ses prophéties , ses colloques avec les Anges , avec les Esprits ; ils n'ont pas la moindre idée des lois d'une saine

(a) Je sais bien que certains lecteurs s'étonneront de m'entendre insister sur le matériahsmè d'un homme qui parle tant Esprit, Ame , Dieu , Religion; \e les prie de bien peser m-s preuves. J'aurois pu , dans iine autre espèce d'ouvrage , ajoutera la discussion; mais je crois €11 avoir assez dit pour montrer que jamais il n'y eut pour Swedenborg d'autre esprit que la matière , le feu jclementaire.

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critique , et ils croient aux merveilles de Swedenborg , comme les enfans croient aux fables des nourrices.

Sa noaçelle Jérusalem sur-tout fait à Swedenborg bien des disciples. Je vois dans Tabrégë le plus accrédité de ses ouvrages , que dès l'année I 788 la seule ville de Manchester comptait sept mille de ces Hiérosolimites Illuminés ; que àès lors onpouvoit en compter environ vingt mille en Angleterre* ( Id. Préface , note , p. LXYIII. ) Nombre de ces béats peuvent être des gens de bonne foi ; mais avec cette nouvelle Jérusalem , ils attendent cette grande révolution qui ne doit laisser sur la terre d'autre Roi , d'autre Prince que le Dieu de Swedenborg ; ( Voyez sur-tout son Apocalypse révélée ) et la révolution qu'ils ont vu commencer en France , n'est pour eux que le feu qui doit purifier la terre ou préparer le règne de leur Jérusalem. S'ils ne voient pas combien tout cet espoir est menaçant pour les Etats , les Sophistes révolutionnaires ne nous l'ont pas caché. Ils ont publiquement déclaré tout ce qu'ils espéroient de ces sectes qui s'élèvent par - tout , principalement dans le nord de l'Europe ( en Suède ) et en Amérique. Ils ont dit nommément tout ce qu'ils espéroient du grand nombre des sectateurs de Swedenborg et de ses commentateurs. ( Voy. Observation ou Journal de Physique, par Lamethrie 5 ann. i 790 , Préface. )

Que l'on jette en efiet les yeux sur les livres les plus chers à la secte , on y trouvera tous les grands principes de l'égalité et de la liberté révolutionnaires, et toutes ces déclamations si communes aux Jacobins contre les grands , les riches , les nobles et les gouvernemens. On y lira que leur Religion. ou leur nouvelle Jérusalem ne peut pas être accueillie chez les grands , parce que tous les grands

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sont les transgresseurs nés de son premier précepte ; qu'elle ne peut pas l'être par les nobles , parce que , lorsque les mortels ont voulu être nobles , les mortels ont été offensans et superbes \ qu'elle ne peut pas l'être davantage par ceux qui n'aiinent pas la confusion des rangs , parce que Vorgueil des rangs produit V inhumanité et même lajérocité. Avant la révolution même, on verra les mêmes adeptes inculquer à leurs Frères ce grand principe de la Révolution et de toute anarchie , que la loi est l'expression de la volonté générale , et préparer ainsi les peuples à ne plus voir les lois dans celles qu'avoient faites jusqu'à nos jours leurs Souverains , leurs Parlemens ou leurs Sénats , et sonner le tocsin pour les renverser toutes , en y substituant les décrets , les caprices de la multitude ou de la populace.

Cependant cette Secte, déjà si révolutionnaire, n'est encore composée que des demi - Initiés on des dupes de la nouvelle Jérusalem. Les profonds adeptes de Swedenborg se sont réfugiés dans les antres de la Franc-Maçonnerie Rozi-Crucienne» C'étoit là leur asile naturel , puisque tout leur système revient en très-grande partie à celui des anciens Rose-Croix. Comme ces érudits des arrière-Loges , Swedenborg nous donne aussi toute sa doctrine pour celle de la plus haute antiquité des Egyptiens , des Mages et des Grecs ; il la fait remonter avant le Déluge. Comme ces Franc- Macons encore, sa nouvelle Jérusalem a aussi son Jéliova , sa parole perdue , mais enfin révélée à Swedenborg. Si l'on veut la retrouver ailleurs, il faut aussi aller la chercher chez les peuples qui ne connoissent ni le Christianisme ni nos lois po-litiques. (a) Swedenborg annonce que nous pour-

(«) Voici les expressions de Swedenborg sur cette parole : De hoç t^erbo yetitsto qiiod antè rerbum Israe^

DE l'Impiété et de l'Anarchie. m rions encore la retrouver au nord de la Chine et dans la grande Tartarie , c'est-à-dire précisément chez cette espèce d'hommes qui ont le plus conservé cette égalité , cette liberté , cette indépendance que les érudits Jacobins j)rétendent antérieure à la société civile , et très -certainement incompatible avec elle. Les vœux de Swedenborg sont donc les mêmes que ceux des arrière-Loges eimemies de nos Rois et de toutes nos lois religieuses et civiles. Son Dieu , chaleur et lumière, ou son Dieu feu et Soleil spirituel , et son double monde , et son double homme , ne sont évidemment encore que de bien légères modifications du Dieu lumière et du double principe de Manès. Les Rose-Croix antiques dévoient donc retrouver dans Swedenborg ce qui leur rendoit les enfans de Manès si précieux. Leur science magique , et celle des évocations , et celle des Eons de toute la cabale, se montroient encore tout entières dans ses esprits mâles et ses esprits femelles. Enfin cette nouvelle Jérusalem , cette révolution ramenant toute la prétendue égalité et liberté des premiers hommes , combien d'adeptes ne dévoient -elles pas trouver dans les arrière-Loges, tout disposés à les accueillir ? Ce fut là en etïet que les mystères de Swedenborg vinrent se mêler à tous ceux des anciens Frères. Les nouveaux adeptes se don-

liticum in Asid fuerat ., referre meretur hoc noyum; tfuod ibi adhuc reservatum sitapud Populos qui inmagnd rartariâ habitant. Locutus sum cum Spirilibus et Angelis qui in mundo spirituali indè erant , qui dixerunt quôd possideant verbuin , et quod id ab antiquis temporibus possederint. — Quœrite de eo in China , et forte itivenietis illud apud Tartaros. ( Apocalypsis revelata , cap. I , N.** II.) Ne voilà-t-il pas toujours les liommes qui nous donnent pour maîtres et pour modèles les nations de l'ignorance, de l'égalité , de la liberté , de l'anarchie sauvage et barbare \

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îièrent le nom d'Illuminés ; mnlgré tout ralliéistïtej et le matérialisme de leur Maître , ils parloient comme lui de Dieu et des esprits ; ils atî'ectoient d'en conserver le nom; on imagina qu'ils croyoient à la chose, et on les îï^yT^cla Illuminés Théosophes* Leur histoire se perd dans un dédale d'impiété et de charlatanisme , tont comme les écrits de leur maître. A l'époque où nous en sommes , il suffit de savoir que leur chef-lieu étoit dans Avignon ;(a) qu'ils avoient encore à Lyon une fameuse Loge ; qu'ils se répandoient plus spécialement en Suède et faisoienl des progrès en Allemagne. Leurs

(a) Dans un ouvrage , ayant pour titre '. la Loge Rouge dévoilée aux Souverains , ou lit « que le rit de ces lUu- •» minés The'osophes paroît avoir pris naissance à Edim- » bourg, oîi s'est foraie'e la Loge Rouge , se'pare'e de la >> bleue ; que cette Loge Rouge des Illutnine's The'o- » soplies s'est fait d'abord une affiliée à Avignon.» (},Pag. g et lo. ) J'aurois voulu trouver les preuves de cette origine. L'auteur ne donne que son assertion. Quoi qu'il en soit , les Illumine's d'Avignon sont assez connus en; France. Depuis 1785 , leur Loge lut toujours regardée comme la mère de toutes celles qui se répandirent en France avec tous leurs mystères.

A l'occasion de cette Loge Rouge dénoncée aux Souverains , j'observerai que cet ouvrage n'est nullement celui que j'ai annoncé sous le titre de Déposition faite par Kleiner. L'extrait que j'ai de celui-ci annonce de» détails bien différens. L'auteur y parle comme témoin oculaire. Il donne entre autres la tradition de la Loge sur les leçons que Weishaupt est supposé avoir reçues de Kcelmer. Cette déposition seroit un monument précieux ; c'est apparemment pour cela que les Illuminés l'ont absorbée. Au moins suis-je réduit à dire que , , malgré toutes mes recherches , je ue suis point venu à bout de me la procurer.

A l'occasion encore de cette Loge Rouge , j'observerai que l'auteur ne paroît nullement instruit de la différence à faille enti'e les Illuminés de Weishaupt et ceux de Swedenborg. En général on peut faire ce même reproche à tous les auteurs Français.

mystère»

DE lImpiété et de l'Anarchie. ii3 mystères dès lors s'étoient mêlés à ceux des Marlinistes ; ou , pour mieux dire , les mystères des Martinistes n'étoient guère qu'une nouvelle forme donnée à ceux de Swedenborg. Aussi les connoissoit-on également en France sous ces deux noms d'Illuminés et de Martinistes. En Allemagne , ils commençoient à se désigner sous celui de Philalètes et de Chei^allers bienfaisans. Sous tous les noms possibles , ils étoient parmi les modernes Franc-Maçons , ceux qui se rapproehoient le plus de Weishaupt. Les systèmes et les moyens vari oient assez pour nourrir les jalousies ; mais de part et d'autre , c'étoit le mérae vœu d'une révolution aussi anti-sociale qu'anti- religieuse. C'étoit sur - tout la même ardeur pour multiplier leurs adeptes , par leur intrusion dans les Loges maçonniques. Les deux sectes Illuminées avoient chacune leurs députés à Wilhelmsbad. Le chapitre suivant nous apprendra, et leur concours et leur succès.

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