CHAPITRE IX
Sixième moyen des Conjurés, Inondation liifres antichrétiens.
Concert /^
d,«rii<fs vZuE depuis quarante ans, et sur-tout pendant
^r^dac-^ les vingt dernières années de Voltaire , FEurope
fions se soit vue inondée d'une foule de productions
tieunis! ail tichré tiennes , en pamphlets , en systèmes , en
romans , en prétendues histoires , et sous toutes
les formes , c'est là un de ces faits trop clairs ,
trop évidens pour que je doive chercher à en
fournir les preuves. Sans dire encore ici tout ce
que j'ai à révéler sur cet objet , je veux montrer
au moins le concert des chefs de la conjuration ,
quant à la marche à suivre dans ces productions
antichrétiennes , et leur intelligence dans Tart de
les multiplier et d'en aider la circulation , pour
infecter l'Europe de leur impiété.
Cette marche à suivre dans leurs propres ouvrages se coiicertoit spécialement entre Voltaire , d'Alembert et Frédéric. Leur correspondance nous les montre attentifs à se rendre compte des ouvrages qu'ils préparent les uns ou les autres contre le christianisme , et du fruit qu'ils en attendent , de l'art qu'il faut y mettre pour en assurer le succès. Tel étoit ce concert, que dans leur intime correspondance on les voit rire entre eux des embûches qu'ils tendent à la religion , précisément dans ces ouvrages et ces systèmes qu'ils affectent le plus de faire regarder comme indifïérens pour la religion , ou même comme tendant plutôt à la servir qu'à la détruire. D'Alembert est sur-tout admirable en ce genre. Que l'historien et le lecteur, par Tèxemplie suivant, apprennent à juger de
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Fart que ce ruse sophiste mit à tendre ses pièges. Rase
On sait assez combien nos philosophes se sont ^v^^^^ occupés dans ce siècle de leurs prétendus systèmes d'Aiemphysiques sur la formation de l'univers ; on sait ^y^^mc^ quelle peine ils ont prise pour nous donner des théories et des généalogies du globe terrestre. Ou les a vus occupés à fouiller dans les mines , disséquer les montagnes ou creuser la surface , pour trouver des coquilles , pour tracer les voyages de rOcéan et bâtir des époques. Uobjet de ces recherches et de tant de travaux n'étoit , à les entendre , que de faire des découvertes intéressantes pour l'histoire naturelle et pour les sciences purement profanes. La religion sur-tout n'en devoit pas être moins respectée par ces faiseurs d'époques. On doit même croire que de nos physiciens naturalistes, quelques-uns en effet n'avoient point d'autre objet. Mais lorsque ceux-ci se sont trouvés de vrais sava us , des hommes francs dans leurs recherches, et capables d'observer, de comparer sans préjugé les observations , leurs courses, leurs études, leurs travaux; leurs découvertes n'ont fait précisément que nous fournir des armes contre ces vains systèmes. Il n'en est pas ainsi de d'Alembert et de ses adeptes. Il vit que ses systèmes et toutes ces époques excitoient l'attention des théologiens , qni avoient à maintenir la vérité des faits et l'authenticité des livres de Moïse , comme le fondement et les premières pages de la révélation. Pour donner le change à la Sorbonne et à tous les défenseurs des livres saints , il se mit à écrire , sous le titre captieux d'Abus de la critique y une véritable apologie de tous ces systèmes. Le grand objet de cet écrit étoit , en afîichant un
f)rofond respect pour la religion , de prouver que a révélation et l'honneur do Moïse n'étoient pas le moins du monde intéressés dans toutes ces
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ihëories et ces époques ; que les craintes de la théologie n'étoient que de fausses alarmes. Il fit plus , il employa bien des pages et bien des argumens pour démontrer que ces systèmes sont faits pour donner une idée grande et sublime ; que loin d'avoir rien de contraire à la puissance de Dieu ni à sa sagesse dii^ine , ils servent à la développer davantage* Tl prétendit sur-tout que , vu Tobjet de ces systèmes , ce n'étoit nullement aux théologiens,^ mais aux physiciens à les juger. Il traita les premiers d'esprits étroits , pusillanimes , ennemis de la raison , s'eliVayant d'un objet qui ne les regardoit seulement pas. Il écrivit trèspositivement contre ces terreurs prétendues paniques ; et il disoit 5 entre autres choses : « On a >) voulu lier au christianisme les systèmes de la » philosophie les plus arbitraires. En vain la reli- » gion si simple et si précise dans ses dogmes a y> rejeté constamment un alliage qui la détiguroit: » c'est d'après cet alliage qu'on a cru la voir altay> quée dans les ouvrages où elle l'étoit le moins. » Ces ouvrages étoient précisément ceux dont les auteurs exigent , pour la formation de l'univers , un temps plus long que l'histoire de la création tracée par Moïse ne permet de le supposer. ( Vof, Abus de la crit, IN.**^ 4? i^? ^6, 17.)
Qui n'eût cru d'Alembert persuadé que tous ces systèmes prétendus physiques , ces théories , et ce temps plus long , au lieu de renverser le christia^ iiisme , ne servoient qu'à donner une idée plus grande , plus sublime du Dieu des chrétiens et de Moïse ? C'étoit cependant ce même d'Alembert qui 5 dans l'espoir de découvrir les preuves d'un temps plus long , applaudissoit d'avance au démenti que ses adeptes voyageurs étoient chargés de donner à Moïse , à la révélation. C'étoit d'Alembert qui recommandoit à Yoltaire , comme des
hommes
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hommes précieux à la philosophie , ces adeptes qui alloient parcourir les Alpes et l'Apennin, dans cette intention. G'etoit lui qui , tenant au public ce langage si rassurant pour l'honneur de Moïse et de la révélation , écrivoit en secret à Voltaire : « Cette lettre , mon cher confrère , vous sera re- )^ mise par Desmarets , homme de mérite et bon » philosophe , qui désire vous rendre ses hom- » mages en allant en Italie, où il se propose de » faire des obsen>ations dliistoire naturelle qui « pourroient bien donner le démenti à Moïse. Il » n'en dira rien au maître du sacré palais ; mais si » par hasard il s'apperçoit que le monde est plus » ancien que ne le prétendent même les Septante , o il ne i^ous en fera pas un secret. » ( lày Lett. année i 764» )
Il seroit difficile de mieux cacher sa main dans Onvrageg le moment même oii Ton dirige celle de Tassassin. y^^^^^^ D'Alembert dirigeoit aussi par fois la plume de dirigés Voltaire , quand il falloit faire partir de Ferney ^^j^iemdes traits qu'il n'étoit pas encore temps de lancer beit. de Paris. Dans ces occasions il envoyoit le thème à peu près fait , et il ne restoit plus à Voltaire qu'à y mettre son coloris.
Lorsqu'en soixante et treize la Sorbonne afficha celte fameuse thèse qui prédisoit aux rois tout ce que la révolution française vient de leur apprendre , sur les dangers de la philosophie moderne, quant à leur trône même , d'Alembert se hâta d'annoncer à Voltaire combien il importoit d'effacer l'impression qu alloit faire une pareille insurrection contre les conjurés. Il apprit à Voltaire comment il falloit s'y prendre pour donner le change aux rois eux-mêmes , et pour faire retomber toutes leurs craintes , tous leurs soupçons sur l'église. En lui donnant pour thème im chefd'œuvre de ruse , il i'iayitoit sur-tout a rappelée Tome L H
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ces conlestatioTis depuis long-temps ëieintes entre
le sacerdoce et Tenipire ; il lui moritroit tout Tart
de rendre le clergé suspect et odieux. ( Foy, lett.
de cTAlemb, i^jarw, et 9/eV. lyyS. (On trouve
dans ses lettres bien d'autres plans semblables
qu'il traçoit au philosophe de Ferney , suivant les
circonstances. ( Voyez sur-iout les lettres 2.^Jes?>