‹ Mémoires pour servir à lhistoire du JacobinismeChapitre 23 sur 37 · mars 1774.) G'étoit là , dans leur style, les · texte numérisé non relu

mars 1774.) G'étoit là , dans leur style, les

jnarrons que Bertrand d'Alembert montroit sous

la cendre , et que Raton Voltaire devoit l'aider à

tirer du feu avec ses pattes délicates^

Conseils De son côtë 5 Voltaire ne manquoit pas d'ins-

^ ^de^" truire d'Alembert ou les autres adeptes qui pou-

Voltaire voicut l'appuycr 5 des ouvrages qu'il composoit

pioduc- àans le même genre , ou même des démarches

tions. qQ'ii faisoit auprès du ministère. C'est ainsi que

préludant d'avance aux décrets spoliateurs de la

révolution , il eut soin d'avertir le comte d'Ar-

gental du mémoire qu'il envoyoit au duc de Pras-

lin 5 pour engager le ministère à priver le clergé

de sa subsistance en lui ôtant les dixmes. ( Lett*

au C, d'Arg, i 764» )

Jusques à ces mémoires secrets , tout ainsi se faisoit de concert parmi les conjurés. Il n'y avoit pas jusqu'aux anecdotes vraies ou calomnieuses contre les écrivains religieux , qui ne fussent concertées entre Voltaire et d'Alembert. ( Lett» 18 et 20.) Il n'y avoit pas jusqu'au sourire , aux bons mots, aux plates épigrammes des adeptes , que Voltaire ne dirigeât, ne fît entrer dans les moyens de la conjuration. Sachant mieux que personne? toute la puissance du ridicule , c'est sur-tout de . cette arme qu'il leur recommandoit le fréquent usage 5 soit dans les conversations , soit dans leurs livres. «Tâchez toujours de conserver votre gaieté, î) écrivoit-il à d'Alembert , tâchez toujours d'écra- -i) ser l'infâme. Je ne vous demande que cinq à six

DE l'Impïété. Chap. ÎX* Il 5

V* bons mots par jour , cela suffit. Il ne s'en relè- » vera pas. Riez , Démocrite, et faites-moi rire , » et les sages triompheront, jy ( Lettre 1 28. )

Voltaire cependant ne crut pas toujours que cette manière d'attaquer la religion sutlît à la gloire des philosophes et pour écraser le christianisme. Continuant à diriger Tattaque , il manifesta le désir qu'il avoit de voir paroître après ces dé^ luges de plaisanteries et de sarcasmes , quelque ouçrage sérieux qui pourtant se fit lire , où les philosophes fussent justifiés et Tinfâme confondu. (67 Lett. à d'Alemberf) Cet ouvrage est le seul Exhomque les exhortations de Voltaire et son concert répandre^ avec les autres adeptes n'aient jamais produit. En revanche ^ la secte , à leur exemple , enfantoit chaque jour ceux où le déisme , et souvent le grossier athéisme distilloient contre la religion tout le venin de la calomnie et de l'impiété. Ea Hollande sur -tout, il paroissoit chaque mois, chaque semaine , quelques-unes de ces produc* lions sorties de la plume des plus hardis impies. On y faisoit paroître , entre autres , le Militaire philosophe ^ les Doutes y V Imposture sacerdotale ^ le Polissonisme déi^oilé , productions à peu près les plus monstrueuses de la secte. On eût dit que Voltaire présidoit seul à tout ce commerce de l'impiété 5 tant il mettoit de zèle pour en seconder le débit. Il étoit averti des éditions , il en avertissoit SCS frères de Paris , il leur recommandoit de se les

I>rocurer , de les faire circuler , il leur reprochoit eiir défaut d'ardeur à les répandre ; il les semoit iui-méme dans tous ses environs. ( Voyez st'S lettres au comte d Argental , à Mad, du Deffant , à d^Alembert ^ et sur-tout 2. lett. an* 1769.) Pour les encourager , il leur mandoit «avec transport, que c'éfoit dans ces sortes d'ouvrages que toute la jeunesse Allemande apprenoit à lire ;

î 1 6 Conspiration des Sophistes

qu'ils devenoient le catéchisme universel depuU Bade jusqu'à Moshow, ( Lettre au G« d'Aigental 26 septembre 1766.)

Crainte que la Hollande ne suffit pas encore pour infecter la France, il choisissoit, il désignoit à d'Alembert celles précisément des productions les plus impies qu'il le chargeoit de faire réimprimer dans Paris et de distribuer par milliers d'exemplaires ; telles , par exemple , qu'un prétendu Examen de la religion par Dumarsais.

« On m'a envoyé , ce sont les termes de Yoly^ taire à d'Akmbert , on m'a envoyé l'ouvrage de » Dumarsais attribué à Saint-Evremont. Cest un >> excellent ouvrage ( c'étoit précisément un des » plus impies ) , je vous exhorte , mon très-cher » frère, à déterminer quelqu'un de nos amés y> et féaux à faire réimprimer ce petit ouvrage T) qui peut faire beaucoup de bien. » (^12.2. Lett.) Mêmes exhortations et plus pressantes encore, pour reproduire et multiplier le testament de Jean Meslier , de ce fameux curé d'Etrépigni , dont l'apostasie et les blasphèmes pouvoient faire encore bien plus d'impression sur la populace des esprits. Voltaire se plaignoit qu'il n'y eût pas au moins dans Paris autant d'exemplaires de cet impie testament, qu'il avoit eu soin d'en répandre et faire circuler dans les cabanes des montagnes suisses. {Lettre de d^Alemh. 3i juillet^ de Volt» i5 septembre 1 762. )

D'Alembert fut lui-même obligé de répondre

à des reproches, comme s'il eût moiUré trop de

tiédeur, trop peu d'empressement à seconder ce

zèle , et spécialement pour n'avoir pas osé , sur

les instances de Voltaire , imprimer dans Paris et

Excuses distribuer les quatre ou cinq mille exemplaires

ti« du testament de Jean Meslier, Son excuse fut

bert?' celle d'iui conjuré qui sait attendre l'occasion ,

DE l'Impiété. Chap, IX. 117

prendre ses précautions , pour obtenir peu à peii un succès que la précipitation auroit fait perdre. ( 1 02 Lett. ) La preuve qu'il savoit , aussi bien que Voltaire , tout ce que peat produire dans l'esprit du peuple ce soin de multiplier et de rendre vulgaires les ouvrages les plus impies , la preuve qu'il savoit saisir le moment quand il étoit propice , c'est le conseil qu'il donne lui-même sur une de ces productions, chef-d'œuvre d'impiété, sous le titre de Boji sens* « Cette production , écrit-il à Vol- » taire , est un livre bien plus terrible que le Sys- :» téme de la nature. » Elle l'est en etiet, parce qu'avec plus d'art, plus de sang froid, elle n'en prêche pas moins le plus pur athéisme. Mais, c'est pour cela même que d'Alembert fait sentir l'avantage que les conjurés en tireroient si on abrégeoit encore ce livre déjà très portatif , et qu'on le mit au point de ne coûter que dix sous , et depoui^oir être lu et acheté par les cuisinières* ( i4&Lett. ) Les moyens des conjurés pour inonder l'Europe de ces productions anti-chrétiennes , ne se réduisoient pas à leurs intrigues souterraines , et à *

l'art d'éluder la visfilance de la loi. Ils avoient à la f""(Hiia- Cour même des hommes puissans ,. des Muiistres ouvrages adeptes qui savoient faire t:aire la loi même , on ^^ 'j^^*"^ ne lui permettoient de parler quelquefois que Ministres., pour favoriser sous main plus efficacement le commerce d'impiété et de corruption que les Magistrats proscrivoient. Le duc de Ghoiseul et Malesherbes furent encore les promoteurs de ce grand moyen d'arracher au peuple sa religion et de lui insinuer toutes les erreurs du philosophisme. Le premier^ avec toute h confiance qiie lui donnoit le despotisme de son ministère , raenaçoit la Sorbonne de son indignation, lorsque, par ses censures publiques, elle essayoit de prévenir les peuples contre CCS productions du joiu\ C'étoit spécialement potUT

s 1 8 Conspiration des Sopiïïstes

cet étrange usage de l'autorité que Voltaire s'éçrioit 5 i^ii^e le Ministère de France , vive sur-toul M. le duc de Choiseul ! ( Lettre de Voltaire Marmontel^ 1767.)

Malesherbes , que la surintendance de la librairie mettoit plus à portée d'éluder à chaque instant la loi , par l'introduction et la circulation de ces œuvres impies , étoit sur cet objet dans une parfaite intelligence avec d'Alembert. Ils eussent bien voulu l'un et l'autre que les défenseurs de la religion n'eussent pas la même liberté de faire imprimer leurs réponses à la légion d'impies qui s'élevoit en France. Ce moment n'étoit pas encore venu. Avec sa prétendue tolérance , Voltaire s'indigna que 5 sous le ministre philosophe, les apologistes de l'Evangile jouissent encore du droit d'être entendus ; et d'Alembert fut obligé d'écrire que si M. de Malesherbes laissoit imprimer contre les philosophes, c'étoit à contre cç^nvel par désordres supérieurs dont ce Ministre même n'avoit pas pu empêcher l'exécution. ( Lett. du 2.^janç, 1757.) Voltaire n'étoit pas encore content de ces excuses : une simple connivence ne lui suffisoit pas ; il lui falloit l'autorité des Rois pour seconder son zèle ; il eut encore recours à Frédéric. Ce déluge de productions impies (a) devoit être le principal objet

Doctrine (a) Si je coniioissois moins une espèce très-nombreuse

^^^ de lecteurs , je pourrois regarder comme superflues les

ouvrages Q^^gervations que ie vais faire sur la doctrine des ouvrages

recom— -i r •% •/ «i/ i ii

mandas 4^ie les cheis des conjures , indépendamment de leurs

par les productions propres , cliercboient plus spécialement à

injures, répandre et à faire circuler dans toutes les classes de la

société; mais il n'est pas seulement des hommes difficiles

à convaincre , il en est encore qui résistent à l'évidence

Généra- même , à moins qu'elle ne les opprime. Malgré toutes

lité de la ]eg preuves que j'ai déjà fournies d'une conspiration for-

*^Tion^ mée et conduite par Voltaire , par d'Alembert, Frédéric,

prouvée Diderot et leurs adeptes , contre l'existence même du

DE l'Impiété. CJiap. IX. 119

de sa colonie. Dans ces temps où il n'étoit pas en- Accord core consolé d'avoir vu son projet échoué , il écri- VoUaire vit à ce roi des sophistes : « Si i'ctois moins vieux «'; /î»^. » et SI j avois de la santé , je quitterois sans regret sur le » le château que j'ai bâti , les arbres que j'ai ^^^^^ » plantés , pour venir achever ma vie dans le pays

christianisme , j'ai peur qu'on en revienne à dire encore par les que tous ces Sophistes n'en vouloient qu'aux abus et non ««vrages pas à la religion même; que tout au plus ils en vouloient ?"j^^ ^^^^^ au catholicisme et nullementaux autres religions qui font circuler, partie du christianisme, telles que les diverses religions des Protestans de Genève , d'Allemagne , de Suède, d'Angleterre. Cette prétention , h force d'être fausse , devient de la plus grande ahsurdité , quand on re'ûe'chit tant soit peu sur la nature des ouvrages que l'on a vu les conjures s'étudier à répandre. Sans doute tout leur zèle , en faisant circuler ces productions , n'avoit pas d'autre ohjet que de répandre aussi les opinions prêchéqs dans ces ouvrages : consultons-les donc , et voyons s'il en est un seul qui se re'duise h la réforme des ahus , pu bien même à la destruction du Catholicisme.

Ces ouvrages que l'on a vu si fort recommandés par Voltaire et d'Alemhert, sont spécialement ceux de Fréret, de Boulanger, d'Helvétius , de Jean Meslier , de Dumarsais, de Maillet , ou du moins ceux qui portent le nom de ces Sophistes. Ce sont encore le Militaire philosophe ^ le Bon sens , les Doutes ou le Pjrrhonisme du sage , dont les auteurs sont restés inconnus. Je veux mettre sous les yeux du Lecteur les diverses opinions de ces auteurs chéris des conjurés , sur des objets qnc l'on ne peut attaquer sans renverser les premiers fondemens de tout christianisme. Que l'historien déduise de ces preuves s'il est vrai que la conjuration ne s'étendit jamais audelà des abus ou de quelque branche du cbristianisme-

Toutesles branches du christianisme portentau moins sur l'existence même de la Divinité : quel est sur cet ohjet la doctrine de ces auteurs tant exaltés par les chefs des conjurés ?

Fréret nous dit expressément : a^La cause universelle^ Dootn'nt » ce Dieu des Philosophes , des Juifs et des Chrétiens , ^*-' *^*^*

, . , , . , ' r J r> * ouvrage»

yfnest qu une chimère et un Jantôme. » — Ce même gujDi»;». Auteur insiste pour nous dire : « L'imagination enfante » tous les jours de nouvelles chimères , qui cxciteat

120 Conspiration des Sophistes

» de Clcves avec deux ou trois pliilosophes , et j V pour consacrer mes derniers jours , îîous votre » protection , à l'impression de quelques livres

» dans eux les mouveinens de la terreur , et tel est le » fantôme de la Divinité. » ( Lettre de Thrasibule a Leucipp , pag. 164 et 254. )

L'auteur du Bon sens ou de ce même ouvraf];e que d'Alembert voudroit voir abrégé , pour le vendre dix sous à la classe du peuple la moins instruite et la moins riche , n'est pas si expressif j mais qu'apprend - il au peuple ? (Jue les phénomènes de la nature ne prouvent r existence de Dieu qu'à quelques hommes prévenus^ c'està-dire remplis d'un faux préjugé... ; que les merveilles de la nature , loin d'annoncer un Dieu , ne sont que les effets nécessaires dune matière prodigieusement diyer-^ sijiée, (jN.*^56 et passim. )

Le Militaire philosophe ne nie point l'existence de Dieu 5 mais son premier chapitre est une monstrueuse comparaison de Jupiter et du Dieu des Chrétiens ; et tout l'avantage de cette comparaison est pour le Dieu du Paganisme.

D'après le Christianisme dévoilé , paroissant sous le nom de Boulanger , il est plus raisonnable d'admettre avec Manès , un double Dieu , que le Dieu du Christianisme. ( Christianisme dévoilé , page loi. )

L'auteur des Doutes ou du Pyrrhonisme , apprend auX peuples qu'ils ne peuvent savoir , ni s'il existe un Dieu , ni s'il existe la moindre différence e/z/re le bienetlemal, le vice et la vertu. C'est à cela que se réduit tout cet ouvrage. ( Voj. entr autres les IS^^ 100 ef 101. ) Même opposition entre la doctrine de toute la religion chrétienne et celles de ces mêmes auteurs , sur la spiritualité ,^°'' de l'ame. Tout ce qu'on appelle esprit ou ame , lia pas plus de réalité pour Fréret , que les fantômes , les chimères , les sphinx. ( Lettre de Thrasibule. )

Le Sophiste du prétendu Bon sens accumule les argumens pour démontrer encore que c'est le corps qui sent , pense et juge , et que l'ame n'est qu'un être chimérique. {^Vojez N.°^ 20 et 100. )

Helvétius nous débite que l'on a tort défaire de Vame un être spirituel; que rien n est plus absurde ; que cette ame /l'est pas un être distinct du corps. ( Exlrait de l'Esprit, et de l'Homme et Je son éducation, N.°* 4 et 5.)

ame

DE l'Impiété. Chap, IX. 121

>> utiles. Mais , Sire , ne poui'ez-i^ous pas , sans » i^ous compromettre ^ faire encourager quelques » libraires de Berlin à les imprimer et à les

Boulanger nous décide que Viinniortalité de lame , loin d'être un motif de pratiquer la vertu , nest qu'un dogme barbare , funeste , désespérant et contraire à toute législation. ( Antiquité dévoilée , pag. 1 5. )

Si de ces dogmes fondamentaux , essentiels à toute Sur religion , comme au catholicisme , nous passons à la ^^ morale , il faudra entendre Fréret apprenant au peuple, °^°^^'** que les idées de justice et d injustice , de 7Jertu et de vice , de gloire et d'infamie , sont purement arbitraires et dépendantes de l'habitude ( Lettre de Thrasibule. )

Helvétius nous dira tantôt que la seule règle , pour distinguer les actions vertueuses dés actions vicieuses , c'est la loi des Princes et l'intérêt public j tantôt que la vertu , la probité , par rapport au particulier , nest que l habitude des actions personnellement utiles ; que T intérêt personnel est l'unique et l universel appréciateur du mérite des actions des hommes ; enfin que si un homme vertueux n'est pas dans ce monde un homme heureux , c'est alors le cas de s'écrier : ô vertu ! tu nés qu'un vain songe. ( Voyez Helvétius , de l'Esprit , discours 2 et 4. )

Près du même Sophiste les peuples apprendront que la sublime vertu , la sagesse éclairée , sont le fruit des passions qu'on appelle folie ; que l'on devient stupide dès ({ueton cesse d'être passionné ; que vouloir modérer les passions , c'est la ruine des Etats ( idem , dise. 2 et 5 , chap. 6 , 7 , 8 et 10 ) ; que la conscience et les remords ne sont que la prévoj ance des peines physiques auxquelles le crime nous expose j qu'un hvmnie au~ dessus des lois commet sans repentir l'action malhonnête qui lui est i////<? ( Helvét. de rilomme , tome I, sect. a, chap. y ) ; que peu importe que les homtnes soient vi^ deux , c'en est assez s'ils sont éclairés. (Idem , N.** q, chap. (>. )

Les femmes apprendront spécialement de ce même auteur , que la pudeur n'est qu'une invention de la volupté rafjinée; qu'il uy a rien h craindre pour les mœurs de la part de l'amour ; que cette passion forme les génies et les gens vertueux ( de ri'ibprit , dise. 2 , chapiU 4 et i5, etc. ) : 11 dira aux eufaus que lo

121 Conspiration des Sophistes

» Jalre débiter dans /'Europe , à un bas prix

» qui en rende la vente facile. » ( Du 5 avr. 1767.)

commandement d'aim.er ses père et mère , est plus l'ouvrage de V éducation que de la nature ( de l'Homme, cbap. 8 ); il dira aux ëpoux que la loi cfui les condamne à vivre ensemble est une loi barbare et cruelle , aussitôt quils cessent de saim,er. ( de l'Homme , sect. 8 , etc. )

Dans les autres ouvrages que les chefs des conjuré» clierchent à répandre parmi le peuple , on chercheroit en vain des principes d'une morale plus chrétienne. Dumarsais , ainsi qu'Helvétius , ne connoît de vertu que ce qui est utile , et de vice que ce qui est nuisible à ïhomme sur la terre. ( Essai sur les préjugés , chap» 8. ) Le Militaire philosophe cvo'ii que , loin de pouvoir offenser Dieu , les hom.mes sont forcés d'ex'écuter ses lois ( Ch. 20. ) L'auteur du Bon sens encore , cet auteur si précieux aux chefs des conjurés , leur diroit aussi que croire pouvoir offenser Dieu , cest se croire plus fort que Dieu. ( Sect. 67 ) Il leur apprendroit même à nous répondre : « Si Dotre Dieu laisse aux hommes la liberté » de se damner , de quoi i^ous mélez-yous l êtes - vous » donc plus sage que ce Dieu dont vous voulez venger î!> les droits ! » ( Le Boa sens , sect. i55. )

Boulanger , dans l'ouvrage tant exalté par Voltaire et Frédéric , nous apprend que la crainte de Dieu , loin d'être le commencement de la sagesse , serait plutôt le commencement de la folie. ( Christianisme dévoilé , page i65 , en note. )

Il seroit inutile de pousser plus loin ces citations. Ceux qui voudront trouver ces textes et une foule d'autres du même genre cités plus au long , n'ont qu'à parcourir les Lettres Helviennes : mais certainement en voilà bien assez pour démontrer que des conjurés qui mettent tant de soin à répandre des productions de cette espèce , ne se bornent pas à vouloir détruire la Religion catholique , bien moins encore à réformer quelques abus j que leur complot s'étend évidemment à l'abolition de tout Protestantisme, de tout Calvinisme, de tout Anglicisme , de toute religion , en un mot, qui conserve encore le moindre respect pour Jésus-Christ et la révélation.

Le projet seul de faire circuler, de distribuer quatre

DE l'Impiété. Chap. IX. 123

Cette proposition , qui faisoit du roi de Prusse le colporteur en chef de toutes les brochures antichrétiennes, ne déplut point à sa majesté protectrice. « Vous pouvez , répondit Frédéric , i^ous » sentir de nos imprimeurs selon vos désirs , T> ils jouissent d'une liberté entière; et comme » ils sont liés avec ceux de Hollande, de France y^ et d'Allemagne, je ne doute pas qu'ils n'aient » des voies pour faire passer des livres oi^i ils juy> geni a propos. » ( Leit. du 5 mai 1767. )

Jusques à Pétersbourg , Voltaire avoit des hommes qui secondoient ce zèle pour inonder l'Europe de ces productions antichrétiennes. Sous la protection et sous l'influence du comte Schouvallow , la Russie faisoit demander a Diderot la permission d^être honoré de V impression de V Encyclopédie. Voltaire fut chargé d'annoncer ce triomphe à Diderot. ( Lett. de f^^olt, à Diderot. ) Le plus impie et le plus séditieux ouvrage d'Helvétius se réimprimoit à la Haye , et c'étoit le prince Gallitzin qui osoit dédier cet ouvrage a l'impératrice de Russie. Pour le coup le zèle de Voltaire ne conçut pas lui-même ses succès. Il ne peut s'empêcher d'observer combien on seroit étonné de voir nn pareil livre dédié à la puissance la plus despotique qui soit sur la terre ; mais tout en riant de l'imprudence et de la sottise du Prince adepte , il observoit au moins avec transport combien le troupeau des sages croissoit à la sourdine^ puisque des princes même ne se montroient pas moins empressés que lui à faire circuler les productions les plus anti-chrétiennes. Au com-

h cinq mille cxeuqilaircs du Testamont iUi.Tean Meslicr y prouveroit le dessein bien forme d'anr'iiutir jusqu'aux plus légers vestif^es du cliristianisnic , |):iis(|uc ce Testament est une df^claniation des plus grossières contre tous les dogmes de l'Evangile.

124 Conspiration des Sophistes

ble de sa joie, on le voit dans ses lettres à d'Alembert , revenir jusqu'à trois fois sur cette nouvelle , tant il comptoit sur ce moyen d'anéantir enfin dans l'opinion publique , toute idée du Christianisme.

Je n'ai dît dans ce chapitre que les soins particuliers des chefs pour faire circuler dans le public tout le venin de ces productions. Quand il en sera temps , nous verrons les moyens de la secte pour le faire arriver jusques dans les cabanes des pauvres , et pour empoisonner de son impiété jusqu'à cette partie de la vile populace , que Voltaire ne sembloit pas d'abord avoir envie de conquérir à son philosophisme.

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