CHAPITRE XVI
Conduite du Clergé ern^ers les Conjurés antichrétiens»
Pendant que les palais des grands , les lycées des sciences humaines s'ouvroient à Tapostasie, et que toutes les classes supérieures de la bourgeoisie même 5 animées par l'exemple des uns, séduites par les sophismes des autres , se détachoient successivement du culte 5 les devoirs du Clergé n'étoient pas équivoques. C'étoit à lui à former la barrière qui devoit arrêter le torrent de Timpiété débordée, et l'empêcher au moins d'entraîner la multitude , le peuple entier, dans les voies de l'erreur et de la corruption. Bien plus que son honneur et ses intérêts , son nom seul annonçoit la plus stricte obligation de conscience à repousser de tous ses moyens et de toutes ses forces la conjuration contre l'autel. La moindre lâcheté de la part des Pasteurs dans ces sortes de combats eût été trahison autant qu'apostasie. Que l'historien vrai sur les Ptois ne craigne pas davantage de l'être sur un corps même auquel il peut appartenir. Soit que la vérité tourne à la gloire de ses frères , soit qu'elle puisse les humilier , qu'il la^ dise toute en- • tière ; elle sera toujours utile aux pasteurs qui nous succéderont. Ils verront ce qui fut fait , ce qu'ils auront de mieux à faire ; car la conspiration contre le Christ n'est pas éteinte , elle se cachera , elle se montrera encore ; il faut bien que nos successeurs sachent ce qui peut réprimer comme ce qui peut hâter ses succès.
Disiinc- Si l'on pouvoit comprendre sous le nom de 'dansTe*^^ Clcrgé , tout ce qui poitoit en France la demicicrgc. livrée ecclésiastique, tous ceux que Fou appeloit
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Âbbes dans Paris et dans quelques autres grandes villes, riiistorien pourroit dire : Dès le commen-» cernent de la conjuration le Clergé eut des traîtres Bes et des conjurés» Il eut cet abbé de Prades , pre- ^sons'ie* mier apostat , heureusement aussi le premier re- ,»îom pentant. Il eut cet abbé Morellet , dont la honte ^ ^^** est dans les éloges répétés de d'Alembert et de - Voltaire. (65/^/^. de d'Alemb. an, i 760 ; de Volt^ à Thiriot ^ 26janç, an 1762.) Il eut cet abbé de Condillac, qui s'étoit chargé de faire de son Prince vm sophiste. Il eut sur-tout cet abbé Raynal , dont le nom équivaut à celui de vingt mille énergumènes de la secte*
Il eut encore dans Paris une foule de ces hommes qu'on appeloit abbés , comme Ton dit encore aujourd'hui l'abbé Barthélemi , l'abbé Beaudeau ; comme l'on dit même encore l'abbé Noël 5 l'abbé Siejes. Mais dans le fond ^ le peuple même ne confondoit pas ces abbés avec le Clergé. Il savoit que tous ces abbés-là n'étoient que les intrus de l'avarice 3 les uns cherchant les bénéfices simples de l'Eglise , et laissant de côté ses fonctions ; les autres adoptant, par simple économie , le costume ecclésiastique , et le deshonorant par la licence de leurs mœurs et de leurs écrits. Une des grandes fautes du Clergé , fut de laisser ceà êtres amphibies se multiplier, sur-tout dans la capitale. Quelque distinction que l'on fit entre eux et le Clergé en fonction , il est constant néanmoins que leurs scandales favorisèrent la conspiration aes sophistes , en prêtant le flanc à des satyres qui retomborent sur le corps même , et discréditoient les vrais ministres de l'autel. Plusieurs de ces abbés ne croyant pas même en Dieu , étoient poussés dans l'Eglise par les sophistes mêmes, sollicitant pour leurs adeptes des bénélices pour (h'shonorer le Clergé par leurs mœurs, et introduira
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parmi nous leurs principes. C'est la peste qu'ij envoy oient dans le camp ennemi ; ne pouvant noi combattre , ils nous empoisonnoient ou cherchoient à le faire.
Conduite En ne comprenant dans le Clergé que ce qui cie7T- ^PP'^^rti^iît véritablement au service de Fautel , quels re- le fait ést qu'ils n^y réussirent pas. J'ai fouillé dans orpeut ^^^^^^ archives ; j'ai cherché à découvrir s'ils complui faire, toicut aussi parmi les Evéques, les Curés et tous les ecclésiastiques en fonction , quelques-uns de ces adeptes que l'on puisse appeler des impies , des conjurés sophistes ; avant le temps des Périgord d'Autun 5 avant l'apostasie des Gobet, des Grégoire et autres constitutionnels , je n'en ai trouvé qu'un ; c'étoit Brienne (a) , et c'étoit bien assez de ce Judas pendant trente ans mêlé au collège
(«) Dans la correspondance de Voltaire il se trouve bien quelques lettres où il se flatte aussi d'avoir pour lui le cardinal de Bernis ; mais ce cardinal n'ëtoit encore que le jeune favori de la Pompadour , ou le petit poète des Grâces. Ces écarts d'un jeune homme ne sufllseut pas pour le mettre d'intelligence avec des conjures auxquels on ne voit pas qu'il ait rendu dans la suite le moindre service , si ce n'est en se prêtant à la destruction des Jésuites. Mais on pouvoit dire alors de lui ce que d'Alembert disoit des parlemeris : Pardonnez-leur , Seigneur , car ils ne savent ce qu'ils font , et de qui ils reçoivent les ordres. Les lettres de d'Alembert sur Brienne sont d'une toute autre nature. Elles supposent la plus entière connivence de la part d'un vrai traître , qui fait tout ce qu'il peut faire pour les conjurés , en cherchant simplement à n'être pas connu du Clergé. ( P^oj: sur-tout lett, de d Alemhert à Voltaire , /^ et q.i décembre 1770. )
J'ai trouvé aussi quelques lettres où d'Alembert s'applaudit que le prince Louis de Rohan , secondant ses intrigues pour faire recevoir Marmontel de l'académie , ait bien voulu , en cette occasion , de coadjuteur d'une église catholique , se faire coadjuteur de la philosophie {^lettre de d Alemhert , 8 décemh. 1765 )j mais si cette *îrreur d'un prince naturellement noble et généreux
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des Apôtres. On poiirroit y joindre ce Meslier , cure d'Etrëpigni en Champagne , s'il étoit bien constant que les sophistes n'avoient pas forgé euxmêmes le testament impie qu'ils lui attribuoient après sa mort.
Dans les temps les plus voisins de la Révolution française , le philosophisme commençoit à s'introduire jusques dans les communautés des moines , et il y eut alors des dom Gerle ; mais ils furent l'ouvrage d'une autre espèce de conjurés que je dévoilerai dans la suite de ces mémoires. Dans tous les temps le corps du Clergé conserva la foi; on pouvoit le distinguer en Prêtres zélés et édifians 5 et en Prêtres relâchés ou même scandaleux; mais on ne put jamais le distinguer en Evêques ou Prêtres croyans , et en Evêques ou Curés , Prêtres sophistes , incrédules , impies. Cette dernière classe ne fut jamais assez nombreuse , pour que les Conjurés anticlirétienss'en applaudissent. S'ils avoient vu la foi se perdre aussi dans le Clergé , ils n'auroient pas manqué de s'en autoriser , comme ils firent pour les ministres de Genève. ( Voyez Encyclop. art, Genèçe , et Lettre de Voltaire à M. Vernes*) On ne voit au contraire chez eux que des déclamations contre le zèle du Clergé à maintenir les dogmes ; leurs satires en ce genre sont l'éloge des pasteurs.
Mais quoique le Clergé se soit maintenu dans la foi , il ne restera pas sans reproches sur les progrès des sophistes et de leur conjuration. Ce n'étoit pas assez pour les Apôtres de conserver intact le dépôt des vérités religieuses; c'est à l'exemple bien plus qu'à nos leçons , à repousser l'impiété. Cet
Ïirouve qu'il se trompa, en croyant protdj^er sinipVeineiit es lettres, clans la personne d'un adepte, elle ne prouve pas qu'il connût le secret de ceux qui ahusoicnt de su protection, et finissoientpar se jouer de sa personne.
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exemple assurément le peuple le voyoit dans uni grande partie de ses pasteurs ; mais ici l'exemple de la pluralité ne suffit pas. Ceux qui observent lu différence des impressions , savent qu'un mauvais prêtre fait plus de mal que cent des plus vertueux ecclésiastiques ne peuvent faire de bien. Tous dévoient être bons , et beaucoup furent relâchés. Il y eut même dans les ministres qui servoient l'autel 5 des hommes dont les mœurs n'ëtoient pas dignes du Sanctuaire. Il y eut des ambitieux ; il y eut de ces hommes qui , devant l'exemple à leurs ouailles , aimoient mieux se livrer à l'intrigue et à la pompe de la capitale qu'aux fonctions de leurs diocèses. Leurs vices n'étoient pas de ceux qu'on eût cherché à relever dans des laïques ; mais ce qui est léger dans le siècle est souvent monstrueux dans l'Eglise. Les impies sur-tout avec leurs mœurs n'avoient pas droit de reprocher au Clergé celles qu'il condamnoit lui-même dans quelques-uns de ses membres ; et le Clergé pouvoit dire aux mondains : Comment n'y auroit-il pas dans le Sanctuaire des hommes sur lesquels nous gémissons , quand des ennemis de l'Eglise s'emparent de toutes les protections auprès du trône , pour trafiquer impunément des dignités du Sanctuaire , et pour en écarter ceux dont ils redoutent la sainteté et les lumières ? Comment n'y en auroit-il pas eu , quand des évéqnes cherchant à repousser un indigne confrère , Choiseul leur répondit t C'est de ces hommes-là que nous voulons et qu'il nous faut; quand des seigneurs irréligieux n'en regardoient pas moins les richesses de l'Eglise comme le patrimoine de leurs enfans ^ dans qui souvent l'Eglise ne trouvoit que les vices des pères à corriger? Il est très-vrai que le Clergé pouvoit faire cette réponse à ses ennemis ; il est très-vrai que si quelque ch()se doit étonner Thistoire , ce n'est pas
DE l'Impiété. Chap. XFL 247qu'avec toutes les intrigues de Tambition , de l'avarice et de l'impiété , il y eût dans FEglise de mauvais pasteurs ; c'est plutôt que , maigre tout cela , il en restât encore tant de bons et de vrai-^ment dignes de leur titre. Mais le crime de ceux qui poussoient le scandale dans le clergé , n'excusoit pas le crime de ceux qui le donnoient. Le Clergé doit trouver cet aveu consigné dans l'histoire, parce que toutes les causes d'une révolution antichrétienne doivent être connues par ceux dont le devoir le plus sp<^cial est de la repousser , et de ne pas laisser aux conjurés le moindre prétexte pour la séduction des peuples.
Mais il faut aussi que lliistoire le dise ; s'il y Sa misavoit quelques pasteurs dont le relâchement favo- i^i^^pf^jj, risoit les progrès de la conjuration , le grand nombre des pasteurs lutta avec constance contre les conjurés. Si le corps du Clergé avoit ses taches , il avoit aussi son éclat dans les vertus solides , dans la science et le zèle de la religion , dans un inviolable attachement aux principes de la foi. L'ensemble de ce corps resta bon; et par les bienfaits du Dieu qu'il annonçoit au peuple , il sut le démontrer quand il vit l'impiété forte de ses progrès lever enfin le masque. Alors il se trouva encore plus fort qu'elle ; il sut mourir ou voir sans crainte approcher les rigueurs d'un long exil y et alors les sophistes apprirent a rougir eux-mêmes <le cette calomnie , qui ne voyoit dans les prélats €t les pasteurs , que des hommes attachés aux richesses plus qu'a la foi de l'Eglise. Les richesses restèrent aux brigands ; la foi suivit aux Carmes, les archevêques , les évéques , les curés et les ecclésiastiques de tous les ordres, sous le glaive des bourreaux , et elle suit encore le Clergé de tous \e9 ordres , accueilli en Angleterre , errant et fugitif en Allemagne , poussé et repoussé en Hollande ,
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en Italie , en Suisse , par les armées ou les décrets des Carmagnoles. Ils sont pauvres par-tout , et n'ont d'autres ressources que la bienfaisance des nations étrangères ; ils sont riches par-tout du trésor de leur foi, du témoignage de leur conscience.
Le Clergé n'avoit pas attendu les jours de cette grande épreuve pour annoncer son opposition aux principes des conjurés. La lutte commença avec la conjuration même. Dès que l'impiété se fît entendre 5 les assemblées du Clergé parlèrent pour la confondre. L'Encyclopédie n'étoit pas à moitié imprimée , qu'elle étoit déjà proscrite par ces assemblées.. Il ne s'en est pas tenu une seule depuis cinquante ans , qui n'ait averti le trône et la magistrature des progrès du philosophisme. ( Foy. les actes du Clergé , sur-tout depuis i 760. )
A la tête des prélats opposans , se montra plus spécialement M. de Beaumont , cet archevêque de Paris j, dont l'histoire ne peut taire le nom sans injustice. Généreux comme les Ambroise , il eut leur zèle et leur fermeté contre les ennemis de la foi. Les jansénistes l'en voy oient en exil , les conjurés Voltairiens eussent voulu sa mort. S'ils l'eussent essayé, il les auroit bravés sur Téchafaud, comme il bravoit les jansénistes dans son exil, d'où il ne revenoit que pour tonner de nouveau contre les uns et contre les autres.
A son exemple, plusieurs autres évêques ajoutèrent à des mœnrs pastorales , des instructions savantes et pieuses. M. de Pompignan , alors évêque du Puy , combattit les erreurs de Jean- Jacques et de Voltaire; le cardinal de Lnynes prémunit ses ouailles contre le Système de la nature. Les évêques de Boulogne, d'Amiens, d'Auch et bien d'autres , édifioient leurs diocèses plus encore par leurs vertus que par leurs écrits. Peu d'années où l'on ne vit paroître , de la part des
DE l'Impiété. Chap. XV 1. 249 ëvéques , quelques-unes de ces lettres pastorales toutes dirigées contre l'impiété des philosophes conjurés.
Ce ne fut ni leur faute , ni celle des écrivains ecclésiastiques , si les sophismes de la secte continuèrent à faire illusion. La Sorbonne les dévoiloit dans ses censures ; Fabbé Bergier poursuivoit le déisme dans ses derniers retranchemens , et le faisoit rougir de ses contradictions. A l'érudition masquée des sophistes , il opposoit une étude plus franche , des connoissances plus réelles de l'antiquité et des armes qu'elle fournit à la religion, ( Foy. le Déisme réfuté par lui-même , et la réponse à Fréret, ) L'abbé Guénée , avec toute l'urbanité et tout le sel attique , forçait Voltaire même à s'humilier de son impéritie et de sa critique des livres saints. ( Lett, de quelques Juif s portugais, ) L'abbé Gérard sanctifîoit les romans mêmes , et sous les formes les plus aimables rappeloit la jeunesse de ses égaremens et des voies du mensonge ; il lui donnoit ensuite les leçons de l'histoire rétablie dans sa vérité primitive. L'abbé Pey rappeloit toute la science des monumens ecclésiastiques , pour rendre à l'église ses véritables droits. Sous la simple forme d'un catéchisme , l'abbé du Feller ou FlexierDureval , réunissoit toutes les forces de la raison , et les ressources de la science contre toute l'école des sophistes.
Avant tous ces athlètes, l'abbé Duguet avoit mis sous le jour de l'évidence même les principes de la Foi chrétienne ; l'abbé Houteville en avoit démontré la vérité par les faits de l'histoire. Dès le commencement de la conspiration, le Journal de Trévoux rédigé par le père Berthier et sc5 confrères , avoit été plus spécialement dirigé contre toutes les erreurs des encyclopédistes. En un mot , si les Celse et les Porphyre abon-
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dolent, la Reli^âon avoit aussi ses Justin, se5 Ori^ène et ses Athéuagore. Dans ces derniers temps 5 comme dans les premiers siècles de l'Eglise , celui qui auroit cherché franchement la vérité , n auroit pas tardé à la reconnoître dans la solidité des raisons que les écrivains religieux opposoient aux sophismes des auteurs conjurés. On poiU"roit même dire que bien des vérités furent mises par les nouveaux apologistes de la Religion , sous un plus grand jour qu'elles ne Tavoient été jusqu'à eux.
Les orateurs évangéllques, secondant les efforts des évêques et des écrivains ecclésiastiques depuis les premiers jours de la conjuration, ne cessèrent d'en avertir les peuples. La réfutation des sophistes étoit devenue le plus fréquent objet de leurs instructions publiques. Le père de Neuville, et après lui M. de Senez , le père Beauregard surtout , se distinguèrent en ce genre par une sainte hardiesse. On se souvient encore de l'espèce d'inspiration dont ce dernier, préchant à la cathédrale de Paris, se sentit tout-à-coup saisi, lorsque , treize ans avant la Révolution, dévoilant les projets de la philosophie moderne sur le ton des prophètes , il fit retentir les voûtes du temple de ces paroles si honteusement vérifiées par la Révolution :
)> Oui, c'est au Roi, — au Roi et à la Religion :» que les philosophes en veulent ; la hache et le » marteau sont dans leurs mains; ils n'attendent » que l'instant favorable pour renverser le trône » et l'autel î Oui, vos temples. Seigneur, seront » dépouillés et détruits, vos fêtes abolies, votre V nom blasphémé, votre culte proscrit! — Mais » qu'enlends-je , grand Dieu ! Que vois-je ! Aux » cantiques inspirés qui faisoient retentir ces « voûtes sacrées en votre honneur , succèdent des » cliants lubriquci et profanes! Et toi, divinité
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» infâme du paganisme , impudique Yénus , tu » viens ici même prendre audacieusement la place » du Dieu vivant, t'asseoir sur le trône du Saint :» des Saints , et y recevoir l'encens coupable de » tes nouveaux adorateurs ! »
Ce discours fut entendu par im peuple nombreux qu'attiroient la pieté et l'éloquence de l'orateur ; il le fut par des adeptes mêmes , que l'envie de surprendre l'orateur dans ses paroles y avoit amenés ; il le fut par des Docteurs de la loi que nous avons connus , et qui nous les avoient fidè-* lement répétées avant que nous les eussions vues rapportées par différens auteurs. Les adeptes crièrent à la sédition , au fanatisme ; les Docteurs de la loi ne se sont rétractés qu'après l'événement , des reproches qu'ils firent à l'orateur d'un zèle exagéré.
Ces avertissemens et toute cette lutte du Clergé retardoient les progrès des sophistes , mais no triomphoient pas de la conjuration. Elle étoit trop profonde ; l'art de séduire les nations, de propager la haine du Christ et de ses prêtres, depuis le palais des Grands jusqu'à l'humble retraite de Tartisan , depuis les capitales des empires jusqu'aux villages et aux chaumières des campagnes , s'étoit perfectionné dans les antres secrets des Conjurés. Leurs moyens ténébreux supposoient des mystères qui me restent à développer. Quand j'aurai dévoilé ces dernières voies de corruption mises en œuvre par les sophistes , au lieu de demander comment la France, avec le zèle et les lumières de ses Pontifes, de ses pasteurs, a vu pourtant ses temples et ses autels renversés , peutêtre les lecteurs nous demanderont-ils comment la chute de ces temples et de ces autels a pu être si long-temps retmdée ?
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