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III

Chère amie,

Je suis mourant depuis six mois : c'est ce qui m'empêche d'aller te serrer les mains et d'aller saluer le cercueil de ce tant galant homme qui s'appelait Richarme, et qui laissera un souvenir charmant chez tous ceux qui l'ont connu.

"Voilà le véritable ami ! Et je prends une grande part de ton chagrin, car ces hommes-là ne se retrouvent pas. J'aurais voulu qu'il fût mon frère, et je lui garde une place dans mes meilleurs souvenirs. Viens me voir ; nous parlerons de lui, ce qui te fera du bien au cœur.

Je t'embrasse.

Arsène Houssaye.

On transporta le corps à la gare de Lyon. Dans un wagon spécial avait été disposé un catafalque, avec les tentures noires semées de larmes blanches, et les torches allumées. On y plaça le cercueil. Le prêtre prononça les paroles consacrées au milieu d'une ardente vapeur d'encens, et aspergea le cercueil selon les rites, avec le rameau d'hysope. Le compartiment était rempli de gerbes et de couronnes ; toutes les sympathies confondaient leur hommage dans ce tribut de

fleurs accumulées aux pieds du catafalque. Ces fleurs offertes dans un sentiment si sincère, consacrées par la bénédiction du prêtre, ne devaient pas suivre le mort jusqu'à sa demeure suprême ; une haine implacable jusqu'au sacrilège ne le permit pas : gerbes et couronnes furent jetées dans le Gier, non pas même dans une eau vive qui eût emporté ces innocentes corolles, mais dans l'espèce de bourbier que forme en cette saison le Gier à Rive. Cette impiété rapportée à Marie aurait dû, en lui prouvant qu'une telle haine ne désarmait pas même devant la tombe, lui faire pressentir que la compagne et l'héritière du mort ne serait pas épargnée dans l'avenir.

Après la mort de Richarme, le médecin dit à Marie :

— A votre tour, soignez-vous ; il n'est que temps!...

Ces deux ^ années do lutte avaient été épouvantables : l'inquiétude, le chagrin, avaient développé en elle le germe de cotte horrible maladie qui a nom diabète. Ses ravages ressemblent à ceux que le ver blanc

fait subir aux plantes les plus vivaces ; on les voit se ternir, tandis que leurs feuilles se penchent et que leurs rameaux se détachent. La tige seule subsiste, puis l'écorce s'effrite, et il ne reste plus qu'une racine, dont l'intérieur est rongé ! Ainsi en est-il de la plante humaine. Tous les jours, une parcelle de vous, un peu de vos forces vitales, se désagrège ; on peut, comme sur le végétal, suivre les progrès de la maladie. On ne meurt pas du diabète, mais l'affaiblissement qui en résulte pour notre constitution nous prédispose et nous prépare à tous les maux. Quelle difficulté pour les soigner, soit par la ponction, si c'est une pleurésie ; soit par les vésicatoires, si c'est une pneumonie !

Ou bien encore la maladie passe dans l'économie générale, s'infiltre dans le sang, qu'elle vicie ; et ce sont alors des désordres qui échappent à l'analyse et, le plus souvent, aboutissent à la phtisie.

C'est ce qui avait eu lieu pour M. Richarme : tous les organes avaient été atteints, le cœur, le foie, les poumons. Marie n'en étaitqu'à la première période; avec un régime

sévère, on pouvait encore enrayer le mal, mais, avant tout, il fallait la quiétude matérielle de la vie, et l'air salubre de la campagne.

A Rive-de-Gier, on était renseigné sur sa situation : on savait qu'elle n'avait pas d'autre fortune que celle que lui avait laissée son ami.

Après avoir nommé un gérant provisoire, il fallait nommer un liquidateur de la succession. M. Thévenet, ancien ministre, sénateur du Rhône et conseil de la maison Cottet, voulut bien accepter de servir d'intermédiaire officieux ; il dicta à Marie une lettre au président du tribunal de Saint-Etienne, lui demandant de désigner M. Feys en qui elle avait une entière confiance, et qu'elle regardait comme absolument intègre. C'était la première fois qu'elle entendait le nom de M. Feys, mais M. Thévenet lui en répondait. Il fut nommé. M. Deriard avait tellement entendu dénigrer l'affaire par son père, qu'il en croyait les charges trop lourdes pour les bénéfices ; mais pendant les six mois qui suivirentlamortdeM. Richarme, Martel, nommé

gérant par intérim, lui fit apprécier la situation. M. Thévenet fut chargé de pressentir Marie sur la cession de son usufruit ; on lui en offrait six mille francs de rente viagère : c'était tout ce qu'elle pouvait espérer jamais. L'affaire de la verrerie, lui disait-on, était bien moins brillante qu'elle ne l'avait supposé. Elle refusa. De six mille, l'offre monta à dix mille, puis à quinze, à vingt, à trente, et enfin à quarante mille francs en viager, plus une somme en argent comptant, moyennant quoi elle renoncerait à son usufruit. Mais elle ne pouvait répondre que par un refus, M. Richarme lui avait trop clairement exprimé ses intentions, il l'avait trop bien mise en garde contre les agissements dont elle devait être l'objet. Marie demeurant inébranlable, M. Thévenet déclara qu'il lui retirait sa médiation.

— Si Richarme avait pu prévoir cette situation, lui dit-il, il serait le premier à vous donner le conseil d'accepter.

Du reste, le lendemain même, M. Deriard revenait sur la proposition dont M. Thévenet s'était fait le porte-parole. Marie était de plus

en plus malade ; les médecins, à son tour, l'avaient condamnée : à quoi bon aliéner l'important capital de la rente qu'on lui offrait ? Une éventualité peut-être prochaine ne pourrait-elle pas faire à la succession l'économie de cette charge ?

Peu après la mort de M. Richarme, Marie avait envoyé au notaire de Rive une liasse de papiers ; on y trouva trois ou quatre cent mille francs de valeurs, mines de la Péronnières et autres ; elles furent versées à l'actif de la succession. Ce procédé si naturel provoqua des commentaires :

— Un tel envoi, dit le neveu, a été fait pour que j'accepte la succession. Mon oncle aura sans doute souscrit des valeurs pour une somme considérable ; si j'avais la simplicité d'accepter, purement et simplement, je me trouverais forcé, un jour, de faire honneur à la signature dé ces valeurs.

C'était bien mal connaître la haute moralité de M. Richarme que de le supposer capable d'une semblable action vis-à-vis de son légataire universel.

Entre temps, le frère de M. Laurent Barot,

directeur de la verrerie Badoit, était venu proposer à Marie de rembourser la dette successorale, et de se mettre aux lieu et place des créanciers, à condition de lui attribuer la gérance de l'affaire. Elle déclina cette offre avantageuse, par respect pour la promesse faite à M. Richarme. Elle avait un certain mérite à persister dans le choix de M. Deriard comme directeur. Témoin ce passage de la lettre que lui adressait M. Jéramec le 23 septembre 1892 :

« Quant à la gérance, je ne crois paf< M. Deriard capable de la porter avec habileté et ardeur au point de vue commercial, avec sang- froid, autorité au point de vue de la main-cVœuvre. C'était bien l'avis de M. Richaryne ; ayant eu son neveu comme employé de longues années, il était bien placé pour le juger. »

Les délais fixés par la loi allaient expirer, L'entrepositaire de la Verrerie Richarme à Paris offrit à Marie son intervention. Ses relations avec la famille le mettaient en situation d'être écouté. Il partit pour Lyon. Des pourparlers s'engagèrent par correspondance ;

on n'arriva qu'à perdre du temps. Enfin, sur la demande faite par l'entrepositaire d'une procuration illimitée, Marie partit à son tour pour Lyon. Mais elle n'entendait rien aux affaires; son avoué de Paris et M. Thévenet s'étaient désintéressés, devant son refus de toute transaction. Elle pria madame Derembourg, avec laquelle elle s'était liée, de permettre à son mari de l'assister. Il partit donc avec elle. Les pourparlers se continuèrent entre les représentants de la maison Cottet, mandataires des porteurs d'obligations, et les représentants de Marie ; ils étudièrent ensemble les bases d'une entente. Au cours de ces pourparlers, les mandataires de Marie acceptèrent une invitation à déjeuner chez M. Deriard, à Rive-de-Gier. Que se passa-t-il entre la poire et le fromage ? Ils revinrent annoncer à Marie que tout était arrangé ; ils avaient accepté pour elle une convention dont on venait d'arrêter le principe. Elle consentait à laisser prélever sur les bénéfices, avant toute distribution de dividendes à l'action, la somme nécessaire à l'aclièvement de la reconstruction des magasins de vannerie incen-

diés ; de plus, cinquante raille francs pour une commandite où Tentrepositaire de Toulouse, se sentant sans contrôle, avait engagé la maison. Pour faciliter cette liquidation, elle acceptait un forfait qui limitait son usufruit à cinquante mille francs, quels que fussent les bénéfices, pour une période de près de sept mois à partir du 9 juin, époque du décès de 2^1. Richarme, jusqu'au 31 décembre 1892.

Elle ne céderait pas son usufruit. M. Deriard acceptait la succession sous bénéfice d'inventaire, ainsi que la direction de l'usine, mais sous réserve qu'elle autoriserait la transformation de la présente société en commandite en une société anonyme. Pour rendre l'acceptation de la direction plus facile à M. Deriard, elle faisait à celui-ci l'abandon de savoix prépondérante dans les assemblées^ ce qui lui assurait la majorité des suffrages. A l'énoncé de cette clause, Marie eut le sentiment d'un danger : « Comment, dit-elle,, avez-vous pu y consentir? M. Richarme a fait un troisième testament pour trouver le moyen de sauvegarder mes droits : cette voix

prépondérante lui a paru le plus sûr de tous, €t vous m'en faites faire l'abandon ? « Les mandataires répondirent : « Mais avec votre usufruit incessible, n'êtes-vous pas toujours libre de révoquer cette clause le jour où l'on voudrait la tourner contre vous ? Jusque-là, vous aurez souci de maintenir la convention que nous avons acceptée en votre nom, et puis, enfin, c'est la condition absolue imposée par M. Deriard : sinon, il n'accepte ni la succession ni la direction. Dans ce cas, l'on demandera la liquidation de la société en commandite ; pour payer la dette successorale, il faudra vendre des actions ; cette vente forcée amènera la dépréciation des cours : la nue propriété, et par conséquent l'usufruit, y passeront. » Marie se laissa persuader; elle acquiesça.

Mais cet abandon de sa voix prépondérante, (ju'on exigeait d'elle, n'allait-il pas rendre illusoire une précaution essentielle du testateur? N'était-ce pas une violation formelle des termes qui instituaient son usufruit incessible et insaisissable? Sans s'arrêter à cette clause qu'on lui représentait comme

étant cFune importance secondaire, elle vit avec soulagement, dans la transaction proposée, la fin d'une incertitude, la terminaison d'une situation pénible, dont elle était lasse, etelle signale texte qui lui était soumis. Elle était bien loin de soupçonner quelle arme de guerre on en allait faire contre elle... Le médecin avait prescrit à Marie, dont la robuste santé était tout à fait compromise, le climat du Midi : on lui ordonnait de rompre avec ces habitudes de vie solitaire qu'elle avait contractées depuis la perte de Richarme. Elle sortait le matin, à la première heure, se donnant le prétexte de promener ses chiens ; elle rentrait et ne quittait plus le grand canapé de son cabinet de toilette où, rideaux et persiennes fermées, elle se complaisait dans son chagrin et ses regrets. Elle en était arrivée à un véritable détraquement des nerfs ; la nuit, elle s'éveillait d'un pénible sommeil, obtenu par des soporifiques ; elle croyait voir Richarme debout, les bras appuyés au pied de son lit, selon sa coutume, et causant, tandis qu'elle était couchée. Elle s'imaginait l'entendre prononcer son nom, l'appeler.

Le médecin lui ordonna de partir pour le Midi, lui disant d'aller où elle trouverait des amis, des connaissances ! Pas de solitude ! Nice ou Monte-Carlo lui paraissaient préférables : surtout Monte-Carlo. La ville était mieux abritée, et elle s'y trouverait au milieu d'artistes de toutes sortes. Le docteur se montrait fort inquiet d'une toux persistante, qui lui secouait la poitrine de quintes violentes et amenait d'abondants crachements de sang, ce qui faisait croire à tous qu'elle était perdue et qu'elle ne tarderait pas à rejoindre son ami. Mais l'effet du voyage fut le contraire de celui que le médecin avait attendu. En se retrouvant dans ce pays où l'année précédente elle avait été avec Richarme, en refaisant seule leurs anciennes promenades, ses souvenirs et sa douleur se ravivaient. Elle restait là, cependant, échouée sur ce rocher, comme une âme en peine.

Elle était descendue dans un hôtel de famille tenu par la charmante madame Ravel, la veuve du spirituel comédien. Dans cette maison fréquentaient les artistes en représentations au théâtre dirigé par Raoul Ouns- 111. 24

bourg avec tant de... maestria. — Une amie, Séverine, sachant Marie dans la principauté, lui avait écrit, la priant de choisir un logement pour elle et pour sa mère, madame Remy. Elle eut l'heureuse chance de s'entendre avec un des directeurs du nouvel hôtel, qui réserva à l'entresol un salon d'angle, avec deux chambres ayant vue sur la place et sur la mer. Marie prit plaisir à orner de fleurs le salon, à faire pétiller un bon feu de bois ; un souper froid attendait à minuit les voyageuses. Marie était dans une recrudescence de son mal, elle ne pouvait sortir le soir. Le lendemain, Séverine et sa mère surtout lui exprimèrent leur reconnaissance d'avoir si bien compris la joie qu'elles auraient à se trouver à la fin d'un voyage aussi fatigant, presque dans l'intimité du chez-soi.

— Ces fleurs, ce bon feu de grosses bûches pétillantes, ont ravi maman, disait Séverine. Vous savez, ma grosse, vous avez en elle une amie ! Et puis, c'est pas tout ça : vous n'allez pas rester malade. Je vais vous soigner, moi, vous distraire surtout.

C'est ce qu'elle chercha à faire. Tous les jours, on se réunissait en pique-nique : on faisait des excursions le long de la Corniche, et on se retrouvait le soir à dîner, soit au Café de Paris le plus souvent, soit au Nouvel- Hôtel, où Noël, l'un des propriétaires, composait pour ses convives des menus d'une fantaisie délicate, et couvrait la table des plus belles fleurs, faisant plus de frais pour les princes des arts que pour les princes du sang. Outre Séverine et sa mère, il y avait Chartran, retour de Rome, où il était allé fixer sur la toile les traits de Sa Sainteté Léon XIII : il était venu rejoindre la nouvelle madame Chartran, qui attendait à Monte-Carlo ; Forain et sa femme, qui inventa, avant Cleo, les longs bandeaux botticellesques, qui allaient si bien à la délicate beauté de ses traits; Alfred Stevens; parfois Gunsbourg, fêtant le passage des artistes en renom qu'il avait engagés, les de Retzké et autres.

On avait l'étonnement d'une autre Séverine que bien peu ont connue, coquette, élégante, habillée par le bon faiseur, chapeautée merveilleusement par Auguste Lévy, très.

amincie, presque maigre. Et ses yeux! des yeux aux reflets changeants, qui ont l'air de regarder au delà, pendant que la lèvre se marque d'un pli douloureux; des yeux de rêve, aux reflets métalliques, froids comme une lame d'acier. Elle faisait l'étonnement des bons bourgeois, des étrangers qui se la désignaient et contemplaient stupéfaits cette femme dont l'allure s'harmonisait avec la toilette : sans doute ils s'étaient attendus à une Louise Michel !

Toutes ces .joies qui l'entouraient semblaient au contraire avoir aggravé le mal dont souffrait Marie : sa toux sèche faisait peine à entendre, et elle était prise d'un énervement qui lui enlevait tout repos. Elle résolut de quitter Monte-Carlo. Le médecin, tout le monde, taxait ce départ de folie. « Comment, après avoir passé l'âpre saison sous un ciel tempéré, vous allez partir? Mais c'est vouloir prendre la mort, lui disait le médecin. Et vous savez, on ne vous en tirera pas, cette fois! » Malgré tout, elle partit. Au bout d'un mois, elle ne crachait plus de sang; au bout de deux mois, elle ne

toussait presque plus. Elle était presque guérie. A son arrivée, le bail de son hôtel de l'avenue Niel était près de finir; le médecin lui conseilla de quitter ce logement, plein de souvenirs trop douloureux, que ses nerfs avaient peine à supporter. Avant de s'engager dans une nouvelle location, elle consulta M. Jéramec, qui devait connaître à fond les ressources de Rive-de-Gier; il lui déclara qu'il faudrait de bien mauvaises années pour qu'elle ne pût compter sur une centaine de mille francs de revenu. Elle prit donc un hôtel près du parc Monceau. N'ayant guère de dépenses de toilette, elle se donna le luxe du confort intime.

Cependant, la transformation de la société anonyme fut réalisée ; et au mois de décembre 1893, époque à laquelle on établit le bilan de la première année, elle reçut la visite de M.Feys. Il lui exposa la situation nouvelle; les bénéfices n'étaient pas ce qu'elle pouvait supposer ; la main-d'œuvre était devenue plus chère; bref, ilrevint à saproposition favorite, l'abandon de l'usufruit contre une rente viagère. Il trouva Marie dans les mêmes dispo-

sitions de résistance. Comme elle lui demandait' une avance de quinze mille francs sur la part d'usufruit qui lui était acquise pour l'exercice de 1893, dont le versement était imminent, il lui proposa de consentir, séance tenante, le règlement de sa part pour 1893, à trente mille francs à toucher de suite ? « Pourquoi ce chiffre ? répondit-elle ; j'attendrai la publication du bilan. » Bien lui en prit : sa part fut de quaranie-cinq mille ; elle aurait perdu quinze mille francs.

Dans les premiers jours de mars, M. Feys vint de nouveau à Paris.

Il fit observer à Marie que, suivant la convention qu'elle avait signée, elle s'était engagée à payer non seulement l'intérêt de la dette successorale mais encore les annuités de son remboursement sur les intérêts et dividendes attribués aux actions delà succession, avant toute répartition desdits aux intéressés; qu'en lui faisant une avance de quinze lïiille francs, il avait déjà outrepassé ses droits ; qu'elle n'avait plus rien à prétendre.

Elle consulta; on lui répondit :

— En remboursant sur votre usufruit les annuités de la dette successorale, vous vous mettez aux lieu et place des créanciers. Que M. Deriard vous donne un reçu de ce que vous aurez payé pour lui, vous vous créez ainsi une nue propriété...

Mais en donnant ce reçu, M. Deriard aurait fait acte d'héritier pitr et simple. M. Feys refusa. Il revint de nouveau à la cession de l'usufruit ; à l'invariable réponse de Marie : « Je ne céderai pas mon usufruit, que M. Richarme a voulu incessible», il riposta:

« Vous avez tort. Il y aurait eu pour vous plus de sécurité. »

L'entretien avait lieu dans l'hôtel que Marie occupait rue Rembrandt. Comme elle remerciait M. Feys de ses bons offices, en ajoutant : « Eh bien, maintenant que l'entente est faite et que toul est réglé, il s'agit de sauvegarder mes intérêts, de conserver ma fortune », elle aperçut, dans un jeu de lumière, le visage de son interlocuteur qui ex primait, par le regard et par le sourire, une sorte d'ironie méphistophélique. Après le départ du liquidateur, elle resta sous l'impres-

sion de cette physionomie narquoise, qui semblait railler sa politese. Elle crut à un avertissement de cette seconde vue qui lui avait déjà fait pressentir de si grands malheurs. Elle prit tout de suite une voiture, se rendit chez M. Thévenet.

— Je vous en supplie, monsieur, voyez Feys ! Un danger me menace. Quel est-il ?

Huitjours plus tard, la Verrerie Richarme était fermée.

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