‹ Memoires. Prof (volume 2)Chapitre 21 sur 21 · RENTRÉE A SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

RENTRÉE A SAINT-GERMAIN

Comment on devient diplomate. — Les grandes courtisanes de l'Empire. — Paris brûle.

Au commencement du siège, Marie avait eu une émotion pénible. Giulia Barrucci, son amie, très malade, lui fit demander de l'aller voir. Depuis des semaines, elle ne quittait pas son lit; Marie accourut à l'hôtel de la rue de la Baume, où Julia s'était établie depuis qu'elle avait abandonné son appartement des Champs-Elysées, qui fut occupé depuis par Gordon-Bennett. Dès l'entrée, elle sentit le froid de la mort, et elle eut comme une impression de sépulcre. C'était un sépulcre, en effet, où agonisait une beauté condamnée. Le visage avait pris la lividité des hosties trop longtemps enfermées dans le ciboire, et seule

la bouche éclatait ardemment dans cette pâleur fiévreuse, rouge blessure par où devait s'enfuir la vie, l'âme tendre et hautaine de la courtisane si adorée. Et, comme un voile de deuil jeté par avance sur tant de grâce mourante, les cheveux sombres, en tresses dénouées, s'éploraient autour des joues creuses. A ce spectacle de tristesse et de pitié, Marie évoqua l'image d'une autre Giulia, heureuse et triomphante, qui passait dans son équipage, le teint chaud, l'œil brillant, le buste en parade, la taille libre dans un corset souple, avec des mouvements d'une aisance patricienne, et un air d'impératrice. Qu'elle était belle ainsi, l'orgueilleuse Romaine ! Et comme elle était cligne de cette communauté de patrie avec Impérial Courtisane ou princesse, on ne savait, mais sûrement désirable et admirable, attirant toutes les convoitises et commandant tous les hommages. En la voyant en un tel état, Marie ne put cacher tout à fait la surprise navrée qu'elle ressentait :

Tu me trouves changée ? demanda

Giulia.

— Mais non, ma chérie.

— Oh! si! Tu crois que je ne te vois pas. Vous riiez de moi, à. Bade, toi et Letessier, quand je toussais, et quand je vous disais que je m'en irais de la poitrine. Vous prétendiez que je voulais jouer la Dame aux Camélias. Eh bien, tu vois, j'en meurs tout de même.

Refoulant les larmes qui lui montaient aux yeux, Marie l'interrogeait : — Pourquoi, se sentant souffrante, n'avait-elle pas quitté Paris par cet hiver terrible, et pendant ce siège? « Oui, je sais bien, répondait Giulia avec un lent sourire qui plissait mélancoliquement ses belles lèvres trop rouges, mais je ne prévoyais pas. Et piiis, il voulait reste]', lui, mon princhijpe elle prononçait le mot avec cet accent italien d'une douceur enfantine). Il est Français, lui, etle sachant enfermé dans Paris, j'aurais été trop inquiète. » Elle vit l'étonnement de son amie : Marie n'ignorait aucune de ses infidélités. Alors, clic la ri '-arda longuement : « Oui, eh bien, malgré tout, c'est ma seule tendresse, mon seul vrai amour. Il est si beau qu'on oublie qu'il est si rie he ...»

Huit jours après, elle était morte.

Trois femmes ont résumé les splendeurs galantes de l'époque impériale : Cora Pearl, Caro Letessier, Giulia Barrucci. Cora Pearl personnifia ce qu'on peut appeler le style anglais de la courtisanerie. C'était surtout une femme de sport, montant à cheval comme un jockey, faisant siffler sa cravache avec crànerie ; ses jambes étaient arquées, ce qui lui donnait, en marchant, le dandinement d'un lad d'écurie; et, pour compléter la ressemblance, elle buvait sec et souvent; mais son buste était irréprochable, sa gorge merveilleuse et digne d'être moulée par quelque illustre artiste de l'antiquité. Dans un dîner de femmes, au Grand-Seize du Café Anglais, on ne trouva qu'une seule critique à formuler contre cette poitrine de déesse : on prétendit qu'elle avait dû la maquiller, car le rose pâle qui colorait la pointe des seins paraissait dérobé aux pétales des églantines. Elle garda, dit-on, cette perfection, après que son visage eut subi la morsure du temps, et c'est à elle que Daudet fait dire, dans un mouvement de dépit contre ceux qui dédaignaient la cocotte

vieillie, parce qu'ils ne pouvaient voir « la jeunesse miraculeuse de cette chair de sorcière après trente ans de fournaise » : — «Je ne peux pourtant pas aller toute nioue sur les places. . . »

Dans Orphée aux Enfers, on lui avait confié le rôle de l'Amour, pensant qu'il lui irait aussi bien au théâtre qu'à la ville; mais, chose singulière, le travesti ne lui seyait pas : la splendeur de la gorge ne compensait pas les tares de sa plastique : des jambes en accent circonflexe. Aussi fut-elle sifflée lorsqu'avec l'accent anglais dont elle se gardait bien de se corriger, parce qu'il était la note originale, le piment exotique de sa grâce cavalière, elle gazouilla : « Je souis Kioupidone ». D'ailleurs, à cette époque on était sévère pour les théâtreuses; selon le mot d'une femme d'esprit, les actrices faisaient quelquefois les catins, mais les catins ne faisaient pas facilement les actrices.

Caroline Letessier, à côté de l'Anglaise turbulente et garçonnière, représentait dans toute son exquisivité la Parisienne. On disait que c'était elle qui avait posé pour Ceinture Dorée, de d'Epinay.

Elle avait une grâce primesautière, la physionomie d'une extrême vivacité, éclairée par un sourire d'un indicible charme ; l'attrait de ce visage irrégulier était le rayonnement visible de son intelligence. Toujours gaie, d'une verve intarisable, elle avait le don des mots à l' emporte-pièce. Par-dessus tout, elle était d'une élégance suprême. C'est cette élégance qui idéalisait en elle jusqu'à la richesse : clic recevait l'argent et le dépensait sans compter. Celle qu'un grand-duc de Russie avait voulu épouser semblait destinée aux amours princières — elle était comme un bijou aristocratique qu'un grand seigneur avait seul droit de posséder, car il était fait pour resplendir sur une couronne. C'est elle qui fit à l'un de ses amants la royale générosité de lui prêter les cinq cent mille francs dont il avait besoin comme caution chez son agent de change. Cet amant, le baron de H***, oublia de les lui rendre, et elle a été forcée de réclamer de la loi le paiement d'une dette qu'on aurait dû regarder comme « sacrée ».

Giulia Barrucci, comme cette Impéria à qui elle vient d'être comparée, figurait la courti-

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sane romaine, avec la splendeur de son teint ambré, de ses Lourds cheveux partagés en deux bandeaux d'ébène, et nattés derrière la tête, coiffure empruntée aux belles madones sensuelles de son pays. Nulle mieux qu'elle ne comprit la grandeur et la beauté de sa mission amoureuse : elle s'intitulait, avec orgueil la Grande Puttana del Mondo. L'Arétin l'eût célébrée, en prose, et Bembo en vers latins; les voluptueux génies de la peinture italienne l'eussent représentée en Vierge ou en Vénus, tenant l'Enfant Jésus ou l'Enfant Amour sur ses genoux, et elle aurait eu son palais de porphyre et de malachite, sa litière dorée, ses esclaves turques, ses joueurs de cithare, comme les reines du plaisir à cette époque enchantée. Au dixneuvième siècle, elle ('lait encore une magnifique courtisane, digne de ce rôle, mettant sa fierté à être la joie et le désir des hommes, et volontiers, comme les prêtresses de Mit ylène, eût-elle donné aux filles de son temps (](>> leçons d'amour tant elle ('tait éprise! de la douce science qu'elle pratiquait si bien. Tous les princes passèrent par son alcôve : elle

était, avec ses gestes lents, ses nobles attitudes, l'universelle idole.

Tout, chez elle, était stylé merveilleusement. Elle avait une femme de chambre, Sidonie, qui allait au-devant de tous ses désirs : il n'était pas besoin de lui donner des ordres ; elle prévoyait tout. Il arrivait qu'en sortant de l'Opéra ou de quelque première, elle invitait à un souper impromptu les amis qui avaient passé la soirée dans sa loge : le prince d'Hénin, le duc de Fernan-Nunez, le duc d'Aremberg, Hallez Claparède, Blunt.

Ils suivaient en voiture ; on arrivait chez elle : « Sidoine, huit, dix rouverts! » Pendant qu'on échangeait ses impressions sur le spectacle et qu'on buvait un verre de madère, Sidonie prenait une voiture, allait à la Maison-d'Or, rapportait un poisson froid, un filet de bœuf, des perdreaux à la gelée, une corbeille de fruits, sans oublier les fleurs achetées à Isabelle, qui alternait entre le Café Anglais et la Maison-d'Or. En moins d'une heure, le couvert était mis; Sidonie ouvrait la porte : «Madame est servie. » On eût dit qu'elle n'avait eu qu'à prendre dans le garde-

manger. Cela étonnait même les gens habitués aux maisons princières. « Mais c'est affaire à vous ! Comment pouvez-vous obtenir un service aussi bien ordonné ? Si par hasard il me venait la fantaisie d'une improvisation de ce genre, je suis bien sûr que ce serait impossible : il faudrait réveiller le maîtred'hôtel qui a la clef des buffets, le cuisinier qui a la clef du garde-manger, et le valet de chambre qui fait le service. L'autre jour, j'avais pris froid; eu rentrant, je demande une tasse de thé! ah bien, oui ! le thé avait été mis sous clef par le cuisinier et le sucre par le maître-d'hôtel. Avec le service d'une femme de chambre, tout est organisé comme si vous mettiez sur pied toute une valetaille. » Giulia souriait, gardant son secret. On la traitait de dépensière et de gaspilleuse ! Quelques petites camarades croyaient connaître les trucs, la baptisaient le Mangin de la courtisanerie, disant que chez elle tout n'était que mise en scène. Mise en scène, soit ! mais pas à la portée de toutes ces dames.

Au-dessous de ces gloires amoureuses,

brillaient encore quelques célébrités. C'était l'amie d'un prince du sang, dont la ressemblance avec le grand Napoléon est légendaire : Anna Deslions, sculpturalement belle, et qui, avant de resplendir, à côté de la Guimont, à toutes les premières*, dans la loge de Roqueplan, où elle attirait invinciblement finis les regards, avait été jadis humble officiante dans un temple d'amour ; Juliette Beau, que firent connaître des débuts retentissants au Vaudeville de la place de la Bourse; tout Paris y courut pour l'entendre chanter Ay Chiquita, cet air avec lequel plusieurs générations se sont gargarisées. Adèle Courtois se signalait parmi ces courtisanes éprises surtout du panache par un esprit pratique tout à fait remarquable. Elle n'avait aucune vocation pour la haute noce, déclarait que, dans ce-métier-là, il lui faudrait deux estomacs et quatre ouvrières. Elle était la maîtresse honoraire d'un diplomate danois. On prêtait à celui-ci des goûts... bizarres, et son gouvernement lui enjoignit de se pourvoir d'un alibi pour se réhabiliter. L'alibi ce fut Adèle. Malheureusement, il se

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trouva une après-midi au Bois, exhibant sa platonique amie : passe l'Impératrice, qu'il salue. Celle-ci demande, le lendemain, pourquoi il n'amenait pas sa femme aux Tuileries. On lui expliqua que c'était sa maîtresse. « Et il ose me saluer ! » Scandale et disgrâce du pauvre baron, qui fut cassé aux gages pour avoir suivi trop ponctuellement l'ordre de son gouvernement en affichant une bonne amie.

Aujourd'hui. Adèle se repose dans le calme bourgeois, et s'esl abîmée en Dieu : des balais qu'elle a rôtis, elle a utilisé ce qui restait pour faire un goupillon. Elle a cent mille francs de rente, et elle évoque les esprits.

On citait encore les sœurs Resuche : Armande et Constance. Armande était petite, presque contrefaite, le dos bombé, les pieds plats, mais l'air intelligent et le génie des combinaisons, ambitionnant de se faire passer pour toute bonne. On la surnommait la femme au cadavre. Un de ses amants était mort chez elle ; fils de famille et ne disposant de rien, il lui avait légué son corps : elle le lit enterrer dans son' niau-

solée. Constance était grande, mince, blonde, véritablement belle et sincèrement bonne. On l'appela longtemps Constance Galiffet : le fringant officier, son amant, lui permit de le suivre en Crimée, d'où il revint si glorieusement blessé. Il avait fait disposer pour elle, à l'arrière-garde, une tente ornée de cachemires de l'Inde. C'était Clorinde auprès de Tancrède.

Le charme des femmes de cette époque était fort différent de celui que présentent les femmes d'aujourd'hui. Elles étaient moins instruites et ne mettaient pas mieux l'orthographe que les marquises d'autrefois; mais, sentant leur infériorité intellectuelle, elles regardaient les hommes du monde vivre, et se formaient d'après cet exemple. Aujourd'hui, grâce à la mutuelle, elles savent l'orthographe et n'apprennent plus à vivre : aussi leur rôle social a-t-il décliné. Nos courtisanes, a-t-on dit, ne sont plus des marchandes de sourires : ce sont des ouvrières de caresses, occupées uniquement à procurer les tressaillements pour lesquels on les recherche.

On aime encore, mais on ne s'amuse plus.

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L'on s'enivre toujours, mais le cocktail a remplacé le Champagne.

La rentrée à Saint-Germain s'effectua plus gaiement qu'on n'aurait pu croire, grâce à la note fantaisiste que jetait le costume de Dubail. A Saint-Denis, on trouva des voitures. Dans l'une, on installa la Moreau et ses paquets ; les deux jeunes femmes montèrent dans l'autre avec leur compagnon. En arrivanl à Saint-Germain, la Moreau insista pour vendre à Marie la couverture de zibeline qui la séduisait beaucoup. Mais, malgré le prix modeste qu'elle demandait, trois mille francs, pour une fourrure qui en valait bien trente mille, l'artiste ne pouvait se résoudre à cette dépense, car elle ne prévoyait pas ce que durerait l'exil de Saint-Germain. « Eh bien, que monsieur vous l'offre, dit la Moreau : je me contenterai de sa signature. » Alors, singulière contradiction, cet homme, qui venait de risquer sa vie pour prouver son amour à

la jeune femme, refusa absolument le crédit presque illimité qu'on lui offrait.

Six mois après, on donnait à l'Odéon la première du Dois, de Glatigny, que Marie créait avec Pierre Berton. A la fin du spectacle, on lui apporte la fameuse botte de Paul Néron avec la carte de Georges Dubail, qui demandait à lui présenter ses hommages. Oubliant sa rancune, elle fit répondre qu'il pouvait monter à sa loge. Il y avait là une femme du nom de Toms, représentante de la célèbre maison de bijouterie Emmanuel, de Londres; Elle était en train de lui faire admirer sa joaillerie lorsque Dubail entra. Marie lui dit en plaisantant : « Voilà de superbes bijoux que vous êtes incapable d'offrir même à la femme que vous aimeriez. — Comme cette femme c'est vous, répondit-il, faites votre choix. » Croyant à une plaisanterie, elle choisit une broche, des boucles d'oreilles, perles et diamants, une bague ; le tout valant quarante-cinq mille francs. «Voilà ce que je prends, dit-elle. — Eh bien, madame, riposta Dubail en s'adressant à la Toms, vous savez qui je suis : consentez-

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vous à me faire crédit? « La Toms connaissait son Paris ; elle accepta, et, séance tenante, elle lui fit signer des billets pour la somme convenue. Marie croyait faire un rêve. Tandis qu'elle accrochait les bijoux à ses oreilles, elle fredonnait, tout en se parant, l'air des Bijoux. Comme Marguerite, n'était-elle pas toute pareille à là fille d'un roi qu'on salue au passage? Dubail lui dit : «Vous pouvez être dévalisée en route ; je me fais voir»1 garde-ducorps. » Il ne l'avait pas volé. Mais le lendemain matin, trouvant drôle de prendre sa revanche de Saint-Germain : « Eh bien, mon cher ami, lit-elle, nous sommes quittes à présent : adieu ! » Il eut une belle fanfaronnade d'orgueil qui sentait assez son grand seigneur : « Mon crédit est-il donc épuisé, que vous me mettez à la porte ? — Vous m'en direz tant! »

Au bout de trois mois, sa famille s'avisa un beau jour que les voyages formaient la jeunesse. En conséquence, Georges Dubail voyagea. A' son retour en France, il épousait nue jeune amie de madame de Lesseps, mademoiselle Martinez. Le père de Marie

s'appelait aussi Martinez. C'était une série, comme on voit. Au bout de quelques années, Dubail divorçait. Sa femme était une charmante personne, qui ne possédait que ses charmes ; elle avait dû lui coûter plus cher que la comédienne ! Devenue libre, elle épousa le marquis de Boissy-d'Anidas ; elle est très assidue aux conférences de la Bodi-

mere.

A la tombée du jour, pendant les temps d'exil, on se réunissait sur la terrasse de Saint-Germain, qui dominait Paris : il apparaissait dans le lointain comme la terre promise. Un soir, on vit poindre une lueur qui peu à peu grandit, se déploya en gerbes de feu, s'étala en nappes rougeoyantes, envahit l'horizon tout entier, sinistre aurore d'incendie. On se regarda, èl l'on comprit tout à coup : « Mon Dieu ! ces forcenés viennent de mettre le feu à Paris! » C'était en effet la Commune qui arborait son panache rouge audessus de la capitale.

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La flamme ronflait comme une basse continue, qu'entrecoupaient du temps à autre des crépitements secs. La clarté devint si vive, que la terrasse en fut tout illuminée; effroyable apothéose. Cette scène d'horreur baignait dans la splendeur sanglante des bûchers allumés par les Nérons révolutionnaires, comme dans la gloire des feux de bengale. Apres dix-huit cents ans, un crime aussi terrible, aussi épouvantablement radieux que l'incendie de Rome, éclatait sous le calme étoile du ciel : Paris brûlait.

Des flammèches, apportées par le vent, tourbillonnaient au-dessus des tètes : c'étaient les parchemins de la Cour des Comptes. — Ou plutôt c'était l'histoire du second Empire qui s'en allait, page par page, dans la fumée et dans les flammes. Finie cette époque légendaire de folie et de grandeur! Fini ce rêve de Balzac réalisé dans la romanesque aventure de ce temps, sur lequel avaient régie'', couple impérial, l'héritier proscrit de la fortune napoléonienne et l'Espagnole insoucieuse, dont la basquine de velours s'était métamorphosée en traîne d'impératrice ! Les

grandes dames qui furent réellement les d'Espard et les Maufrigneuse rêvées par le créateur delà Comédie humaine; les ambitieux élégants qui incarnèrent Rubempré et Rastignac ; les créatures de luxe et de joie qui eurent toute la beauté d'Esther, tout l'esprit de Jenny Cadine, n'avaient plus qu'à vieillir et à mourir. Leur règne était passé à tout jamais; la peau de chagrin était usée, vidées toutes les coupes de l'orgie. Le quadrille d'Orphée aux Enfers ne faisait plus rugir ses cuivres sous les lustres de l'Opéra ; il n'y avait plus que la sarabande des pétroleuses autour des décombres, piétinant les lambeaux splendides de cette gloire éclatante et galante :

Le second Empire.

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