‹ Memoires. ProfChapitre 3 sur 90 · SUR MADEMOISELLE CLAIRON. V · texte numérisé non relu

SUR MADEMOISELLE CLAIRON. V

Nous ne nous arrêterons pas non plus à la singularité de l'anecdote qu'elle rapporte au sujet de son baptême; nous remarquerons seulement que la superstitieuse antiquité n'aurait pas manqué d'y voir un présage de sa destinée future et de son talent pour le théâtre.

Nous ne dirons rien de ses premières années, sinon qu'elle fut d'abord engagée à Paris dans la troupe italienne qui jouait alors les pièces de Marwaiix , de Delille ^ etc.... qu'elle y débuta à 1 âge de treize ans , dans les rôles de soubrettes ; qu'au bout d'un an environ elle passa dans la troupe de Rouen, qui était alors dirigée par La Noue, comédien , auteur de Mahomet //et de la Coquette corrigée; que sa mère, qui l'avait suivie à Rouen, occupait un poste au théâtre, c'est-à-dire qu'elle y était ouvreuse de loges ou distributrice de billets d'entrée; en sorte que le talent naissant de la fille, contribuait à faire vivre la mère.

Ce fut pendant son séjour à Rouen que parut uu infâme libelle qui prouve seulement qu'elle avait déjcà quelque réputation, et qu'elle attirait les regards du public; car on ne ferait pas de livre contre une actrice tout-à-fait ignorée. Ce grossier pampldet était tout simplement uu recueil d'aventures galantes qu'on lui attribuait, un mauvais petit roman obscène, sans en être moins ennuyeux. Mademoiselle Clairon dit que l'auteur était im nommé

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Gaillard[i), qui lui avait fait la cour inutilement, et qui voulut ainsi se venger de ses rigueurs. Cette honteuse production, du nombre de celles que la police laissait alors circuler à l'ombre de permissions qu'on nommait tacites, eut dix éditions : sans doute la célébrité que mademoiselle Clairon ne tarda pas à acquérir, excita quelque curiosité de lire ce qu'on supposait être l'histoire de ses premières amours j que si quelque misérable écrivain se permettait aujourd'hui une semblable indignité contre une de nos actrices connues, celle-ci obtiendrait aussitôt justice des tribunaux , en la leur demandant, et du public, sans avoir besoin de la lui demander.

La Noue conduisit sa troupe de Rouen à Lille; ce fut dans cette seconde ville que la jeune actrice, peisecutée par sa mère qui voulait lui faire épouser un de ses camarades, homme d'un certain âge, et qu'elle ne pouvait souffrir, prit pour échapper k ce mariage, un parti fort extraordinaire pour une fille de dix-sept ans : c'était son âge. Elle cherche, dans ses Mémoires, à justifier ce sacrifice volontaire de

(i) Le Dictionnaire des Anonymes indique en effet, pour auteur de ce livre, un sieur Gaillard de la Bataille, comédien. C'est bien injustement que des Biographes (à l'art. Clairon) ont imputé cette infamie au comie de (laylus, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , et qui avait cinquante ans lorsque ce plat libelle fut publié.

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