‹ Memoires. ProfChapitre 67 sur 90 · MÈRES · texte numérisé non relu

MÈRES

Je voudrais que celles qui se destinent aux rôles de mères qui ont de grands enfans , telles que Cléopâtre, Agrippine, Sémiramis, ne fussent plus de la première jeunesse.

Jusqu'à vingt ans, il me paraît impossible d'avoir d'autres connaissances que celles des devoirs de son sexe, des sentimens de la nature , et d'une partie du pouvoir de l'amour.

L'étude du cœur humain , et des différentes passions qui le remplissent, demande une raison formée par le temps , les réflexions , les exemples, l'expérience enfin.

On n'acquiert cette connaissance qu'à force

d'âge, je le sais bien; mais le public ne doit jamais demander à ceux qui commencent, que des espérances fondées. Qui saurait beaucoup, ne se présenterait sûrement pas au théâtre. Les préjugés et le despotisme rendent cet état trop odieux : l'heureux âge où l'on s'ignore est le seul qui le justifie. Mais je voudrais qu'on ne jouât pas les rôles de mères avant l'âge de vingt-cinq ans ; qu'on eût au moins des restes de beauté ; que la taille fût au-dessus de la médiocre. Lés petites femmes sont rarement imposantes ; les trop grandes manquent trop souvent de grâces , et l'on en voit peu sans quelques disproportions dans l'ensemble. De plus, les convenances théâtrales ne permettent pas que la taille des hommes y soit absorbée par celle des femmes.

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