‹ Memoires. ProfChapitre 68 sur 90 · ROLES FORTS · texte numérisé non relu

ROLES FORTS

Dans ce que j'appelle rôles forts, comme Emilie , Electre, Hermione , je désire le plus grand caractère de fierté dans tout l'ensemble, la physionomie la plus mobile, et l'organe le plus imposant ; que la démarche , le regard , tous les mouvemens quelconques, annoncent le courage et même Taudace ; mais il faut bien'

se garder de confondre l'air de l'audace avec celui de la hardiesse ; le premier naît souvent de l'élévation de l'âme, et l'autre n'annonce presque jamais que sa dégradation. La noblesse du sang , la pureté des mœurs, la modestie du sexe, ne doivent jamais disparaître; on en doit retrouver les habitudes dans les plus grands emportemens de l'amour, du désespoir et de la vengeance.

On dit que la nature n'a qu'un cri. Soit, pourvu que le maintien m'apprenne quel est le rang, quels' sont les mœurs de l'être qui prétend m'émouvoir.

Chaque état a des modifications différentes. Le mercenaire n'a pas le maintien du bourgeois qui l'emploie ; le bourgeois est timide devant un grand seigneur; la noblesse n'approche de ceux qui la commandent qu'avec l'air de la subordination, et tous, sans exception, baissent un œil respectueux devant le maître.

Le théâtre n'est que la représentation de ce qu'on voit de plus imposant dans le monde. La pureté des expressions qu'on emploie dans la tragédie, l'importance des événemens, la dignité des personnages, prouvent assez que

rien n'y doit être arbitraire ; qu'on n'y doit jamais souffrir l'air d'indécence et le ton trivial ; que ce n'est point dans les mœurs populaires et licencieuses qu'il faut aller chercher ses modèles, et qu'il est impossible d'unir, dans un même cadre , un Raphaël et un Calot.

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