SECONDE PARTIE
GOCIATION DU MiiRIAGE DE MONSIEUR AYEC MADEMOISELLE DE MONTPENSIER.
e roy Henry-le-Grand voyant M. de Montpensier tst de mourir, et qu*il n*avoit qu'une fille de madame femme, héritière de la maison de Joyeuse , il jugea e ce seroit un party fort sortable pour M. le duc !)rléans son second (ilsy les grands biens s'y rencon- Uit avec la grande qualité : mais afin de luy en faire 'er tout l'avantage qu'il se pourroit, il voulust, quoyi!*ils ne fussent pas en âge de se marier, que le con- ^t de mariage se fist du vivant de M. de Montpensier, quel , en considération de l'honneur que sa fille et luy cevroient d'une sy haute alliance, stipula qu'en cas le mademoiselle de Montpensier survescust M. d'Orans, et qu elle en eust des enfants, qu'elle ne pourit disposer que de la moitié de ses biens, l'autre oitié demeurant propre à ses enfants ; et que sy elle ouroit la première et sans enfants, il y en auroit le TS pour M. d'Orléans, sans que ses héritiers y peusnt rien prétendre. Peu de temps après ce contract, 5i. I
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qui fust du i4 janvier 1608^ M. de Montpensicr mourust; le Roy en 1610; et M. d^Orléans sur la fin de 161 1(1).
Or, encore que les biens de mademoîseUe de Mootpensier fussent aucunement diminués par le mariage de madame sa mère avec M. de Guise , la reine Marie de MédiciSy alors régente, et tous ceux du conseil) crurent néanmoins qu*il y en auroit encore assez, et que M. le duc d* Anjou s*en devroit contenter. Cest pourquoy elle déclara que les choses commencées avec M. d*Orléans se côntinueroient avec luy, et quil entreront en sa place. A quoy cetix qui, crâigDtntlâ trop grande eslevation de messieurs de Guise, ne les vouloient point voir dans Falliance d*un prince qui pourroit estre roy, ni M, le comte mesme, qui, ouirt cela, la prétendoit pour M. d'Anguien son fils, ne s'opposèrent pas, croyant qu il seroit assés à temps qûwi on les vefroit en âge de se marier.
[1625] Les choses demeurèrent en cest estât jusque^ à l-andée i6îi5, Où la Reine mère voyant Monsieii' avoir dix-sept ans, et désespérant que la Reine peotf jamais avoir des enfants, elle voulust, pour ne laisser pas aller la couronne hors de sa maison, achever l(» mariage de mademoiselle de Montpensier. Mais on TÎst à rheùre mesme s'eslever contre cela diverses personnes, toutes fort considérables, et qui a voient chacmie en leur particulier grand interest de Tempescher : 1> Reine, craignant que sy il y a voit une madame d'Anjou qui eust des enfants, elle n*en ayant point, elle
(>) Sur la fin dû 1611 : Le duc d^OrléaDs, né eu 1607, ne fîitfMS nommé. 11 mourut le 17 novembre 161 1. {f^oyez le père Aosffnx' t. I, p. 14G )
DD ifARiAce DE HonsiBOk. [ifiaS] i
fost mesp-isée , ou pcut-estre renvoyée coQunesUrllc, ainsy qu'il y en avoit des exemples; madame la princesse (car M. le prince ne venoil point en ce temps ik à U cour), parceque cela luineroil toutes ses espérances-, M. le comte, parcequ'il la voulait puur luy; toiu les aineniis de la maison de Guise, entre lesquels le grand prieur de Vanttusme se faisoit le plus remarquer, de peur qu'ils n'en tirassent trop d'avantage; et enCn le colonel d'Omane, qui le pouvoit mieux que tout autre, estant gouverneur de Monsieur, parccque se trouvant maistre absolu de son esprit, il craignoit tout mariage, mais en particulier celuy de mademoiselle de MoRtpensier, qui, estant une fille toute faite, seroit ' conseillée par madame de Guise, et ponrroit gagner ' Monsieur et le déposséder.
Toutes ces pereonnes, divisées entre elles pour toute ' a&tre chose, s'accordoienl fort bien en celle-là, faisant chacune de leur costé tout ce qu'elles pouvaient; et ^mme )a jalousie du Ray estoit le plus seur muyen pour ^nnpescher, aussy essayoient -elles de luy en donner, huy faisant continuellement représenter les grands désaprantagesque ce luy seroit sy, n'ayant point d'enfants, *M. d'Anjou enavoit.
' Or bien que la Reine mère, le souliaitant passionnément , ne se rebutast pas pour cela , tout despendaiit ' néanmoins du caidinal de Riclielieu qui la gouvernoit ( et le Roy aussy,- il s'y porloit du commencement avec i tant de froideur, soit qu'il craignist que le Roy en prist ' Ombrage, ou bien que n'aimant pas M. de Guise, ainsy qu'il s'est vcu despuis, il ne voulust pas son aggcandissement , que madame de Guise ne sçavoit qu'en penser.
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Mais enfin la Reine ma^e l'en pressa sy fort, que voyant aussy que tout ce qu'on faisoît auprès du Roj, pour venir peut-estre de personnes peu agréables (ou'il est certain qu'il n'estoit gueres satisfait de la Reine, ajr de tous les autres qui s'en mesloient)^ Iny en donmiit plustost envie que de l'en desgouter, le cardinal Iny ca parla un jour tout ouvertement , et luy reprâenta Une le bien et le mal qui en pourroient arriver, afin d*en avoir précisément sa volonté. A quoy le Roy, qui esliNl bon et qui vouloit contenter la Reine sa mère, ayail le^ndu qu'il seroit fort aise qu'il se fist, et qull j pouvoit travailler hardiment, il ne pensa plus qu'aai moyens de le faire réussir; et, mesprisant tontes ki autres oppositions comme frivoles, et n'y pouvant lia^ il s'arresta seulement à celle du colonel d'Omane, qa tenoit la volonté de Monsieur entre ses mains.
Il voulut donc sçavoir son intention ; mais il fo trouva fort eslongnë, tant pour les raisons que j'ay de^a dites, que parceque le Roy luy avoit tesmoigné Tëimét précédente à Saint-Germain , sur qudques '^•'^^wlt^ qui se faisoient les soirs chez madame la princesse é Conty, où Monsieur et mademoiselle de Montpentier se tronvoient, qu'il ne l'avoir pas agréable, et qu*il hj feroit plaisir de les rompre; et que la Reine, mesdames de Cbevreuse et de La Valette d'un costé, et mjMfinfff b princesse de l'autre, avoient pris tant de soin de kj faire bonne chère et de le flatter, qu'elles Tavoient todà-fait gagné.
Je vis, un jour que le colonel d'Omane gardoit Ir lict pour un petit ressentiment de colique qu*il ÊHâ eu , toutes ces dames, excepté la Reine , autour de Isr, et luy parler de telle sorte que, s'il n'eust esté \kmé
DO HitlIAGF. DE MOItMEtjn. [l6a()] f>
le plus laid homme du ruond«, il eau semblé qu'elles ivoient de la Itonne volonté pour luy, et pengoient k le séduire : ce qui chai'niuit lellement ce bon homme, qu'il ne leur pouvoit rien refuser.
Le cardinal de Richelieu, qui estoit bien informé d<r toutes ces intrigues, croyant impossible de les rompre uns perdre le colonel d'Ornane, ou sans faire quelque chose pour luy de si considéralde qu'il en petist estre gagné, estima cesle voye devoir estre tentée la première, comme la plus hunneste et la plus senre; et qu'il n'en falloit venir à l'autre <|u'à l'extrémité. C'est pourquoy il conseilla au Koy de le faire mareschal de France; dont il presta le serment au commencement ile l'anne'e itiafi, avec tant de démonstrations de joye et de ressentiment, qu'on ne se seroit jamais ima|;iné qu'il eust peu après cela manquer k tout ce qu'on desireroît de luy.
Mais soit quesa femme (■), qu'il aimoit extrc'mement et qui y estoil fort contraire , croyant que Monsieur ne ia coasidereroit plus, s'y oppusast continuellement, ou Itien qu'aveuglé de m bonne fortune, il pensast n'avoir rien k craindre, et pouvoir faire tout ce qui luy plairoit; tant y a qu'il ne se souvint pas longtemps de la grâce qu'il avoit receue, et que, quoy qu'on luy peusl dire, on n'en peust rien obtenir. De sorte qu'un eust dè^ lors envie de le faire arrestcr; mais comme cela pouvoit avoir des suites dansereuses à cause de Monsieur,
t'I Saftmine: Marii; de Riitmonil , cuoitUM Ue Honllaur, vruTe d* Philippe <l'Aj.;aull. £llc ae (ai«iil appeler marqmie de VonUaur, mnaX que le colunel d'Ornano, aon mati, fbt Diarcchal de France. Aruaulil d'Andill/ dû qu'cile ivoit de l'ciprit, du coiiragc, et jilui d'ambition qu'il a'ea atoit jainaû vu ■ aucune Semme. ( UeiDoita* fAfiunld d'Andilljr, t. 34 , p. 0 , iteuxicma urie de celte Ciillection
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qu'on jugeoitbien qui en sa:*oitfort touché , od eslima plus à propos de différer un peu y pour voir s*il ne changeroit point ; ou du moins pour y estre sy bien préparé qu'on en peust sortir avec honneur. Il ne s'en parla donc plus pendant tout le reste de Thiver.
Au commencement du printemps, comme on estoità Fontainebeleau, la Reine mère ayant fait remettre l'affaire sur le tapy, le cardinal de Richelieu fist encore tenter le colonel d'Ornane par de nouvelles oOres, le marquis de Fontenay ayant eu ordre , parcequ'il estoit fort de ses amis, de Tassurer que s'il vouloit porter Monsieur à faire le mariage , on laisseroit en sa disposition toutes les charges de la maison de Madame: ce qui n'estoit pas peu de chose; car, par le moyen des principales, il pouvoit mettre toute sa famille, qui en avoit besoin , à couvert; et faire des petites une grande somme d'argent pour luy.
Mais ayant alors bien d'autres pensées, et plus eslevées, il ne luy respondit autre chose, sinon que le mariage estant une de celles qui devoit estre la plus libre, et où il falloit ,1e plus chercher à se contenter, il en laisseroit faire Monsieur, et ne s'en mesleroit aucunement. Ce qui, ostant toute espérance de le pouvoir gagner, força enfin de recourir aux moyens qu'on avoil voulu éviter.
Et ce qui hasta encore ceste résolution fust que, comme il n'avoit plus d'autres conseils que sa vanité et ses dames, qui en prétendoient faire un bouclier contre le cardinal de Richelieu, il fist que Monsieur, qui avoit loi^ dix-huit ans acomplis, demanda d'entrer dans le conseil du Roy, présupposant qu'on n'oseroit pas le luy refuser, et que quand il y seroit il ne se passe-
DU MAHIACL DU MOflSICUB. [1^36] ^
roit guère de temps qu'il n'y fust atissy appelé, et que, leiiant la niesme place aupi~è5 de luy que le r.ii-dinal faisoit auprès du Roy, il pouiruit indubitablement partager raulorilé, et se rendre le second liomitie di; Fiance, s'il ne pouvoît pas estre le pi'emiei- ; les bons (uccès qu*il avoit eus jusque là luy donnant une telle présomptiuQ , qu'il croyoit rien ne luy estre impossible. Mais il vist bientost le conlraiie, et que tout ce qu'il avoit ne venoit que de la buntë du Itoy, qui l'avuit voulu ménager pluïtost que de le perdre, comme il lepDuvoit faire dès le coiumencenient, et à quoy il ne te pui'ta mesuie en ce temps là que par fui-ce; car ayant tefusé à Monsieur ceste entrée du conseil cumme une cbose qui ne luy estoit point deue , il falluit bien ostei
I d'auprès de luy ceUiy qui luy eu avoit donné la pensée, de peur qu'il ne le porlasl k queli|Uti cliose de pis. Od creust en ce temps là que le gi'and prieur de
' Veodosrae, désespérant de pouvoir empescber le mariage, ny de venir à bout dr beaucoup d'auties desseins au'il avoit (car il estuit grand bummt.- de macbînes], lantque le cardinal de Richelieu seroit aupièsdu Roy, list dessein de le tuer dans la forest de Furtlainebeleau , comme il viendroit de Kleury où il lugeoit, )>our se trouver au conseil; et qu'en ayant pris la résolutiort avec Monsieur et quelques autres de sa cabale, il alla puur l'exécuter : mais que M. de Chalais qui en estoil , en faisant aussytust donner l'avis au cardinal de HicU«lieu pai* le commandeur de Valençay, celuy qui a depuis esté cardinal, le Huy et la Iteine mère lui envoyèrent une telle escorte qvi'il ne l'osa t>fiti'epr«ndre. Ce qui l'eust Tait arrester avec li' marescbal d'Urnaue, sans (|u'on voulusl aussy prendre M- de