NÉGOCIATION
Vandosme, de qui od n*estoit pas plus satisfait que de luy.
Le jour donc que le mareschal d*Ornane devoit estre aiTesté ayant esté pris^ le Roy, pour se fortifier de gens sans qu'on en peust rien soupçonner^ fist venir tout le régiment des Gai^des à Fontainebeleau, pour lui faire faire Texercice y ainsi qu*il luy estoit assés ordinaire; et il le mist dans la cour du Cheval blanc , afin que les Reines et toute la cour le peussent voir par les feoestresde la grande galerie. Maïs quand il fust Theurede les renvoyer y il fist que M. de Ck>ustelnauy sergent major, en qui il se fioit fort, luy demanda tout haut permission que les deux compagnies qui dévoient le lendemain relever la garde peussent demeurer ^ pa^c^ qu*il leur seroit fort incommode de s*en aller pour sjr tost retenir.
Le mareschal de Bassompieire et le maixjuis de Fontenay ayant résolu d^aller ensemble à Paris pendant qu'on feroit cet exercice , le Roy , qui eust bien voolu avoir auprès de luy tous ceux dont il se croyoit asseurj, leur dist plusieui^ fois quils dévoient demeurer, et que les gardes feroient ce jour là des choses qu'ils n'^ voient point encore veues. Mais M. de Bassompierre, qui ne pensoit à rien, ayant respondu par raillerie qu'il seroit trop tard quand ils auroient achevé, et qu'il y avoit des dames qui les attendoient, ausquelles ils ne pouvoient pas manquer, il n'osa les en trop presser, de peur de donner quelque soupçon de ce qu'il vouloit faire ; et il les laissa aller. Mais ils n'y furent pas longtemps; car ayant eu nouvelle dès le lendemain de grand matin de ce qui s'estoit fait, ils partirent à l'heure mesme pour se rendre auprès du Roy , comme firent
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iossy tous ceux qui n'avoient point d'attachement parliccilier avec Monsieur.
Quanta la prison du maresclial d'Ornane, elle se fist fort aisément; car l'exercice ne s'étant point achevé qu'il ne fust presque nuit, le Uoy, au sortir delà, alla souper-, et ayant mande' au marescbal d'Oinane de le venir ti'ouvci , il fust arresté par M. Du Ilallier, capitaine des gardes, comme il vouloit passer de la chambre du Roy dans son cabinet : dont Monsieur, qui en fust à l'heure mesme averty, tesmoigna tant de douleur, qu'on ne pouvoit le consolei'; allant aussylost chez le Boy et chez la Heine mère pour s'en plaindre et le demander, protestant qu'il estoit innocent, et qu'on ne pouvoit le retenir plus long- temps sans injustice. Mais, prévoyant bien cela , ils s'estoient desja retirés^ et il ne les peust voir.
Cependant, comme Monsieui' s' estoit lousjours laissé conduire sans se mesler d'aucunes alfaires ny en prendre connoissance, il se trouva bien empesché quand Ufust oblige d'y penser, ne tirant nul secours de tous ceux de sa maison, qui seuls l'osuient approcher, n'en estant guère mieux instruits que luy , et d'avis sy différents qu'il ne sçavoit auquel se tenir.
Toute la nuit s' estant passée de la sorte, comme il sortoit le matin de sa chambre, le premier homme qu'il rencontra fust le chancelier d'AIigre, qui alloit au conseil; duquel s'estant approché, et luy ayant tout haut fait ses plaintes, et fort exagéré les mauvais traitements qu'il recevoit, il luy demanda s'il avoi testé de cest advis : dont M. le chancelier se trouva sy surpris et estonné, qu'il tuy dist que^on, et qu'on ne luy en avoit point parlé. Ce qui pouvoit bien cstre véritable,
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mais qu'il ne devoit jamais avouer pour son honueur ny pour son profit ; car le Roy eust sy desagréable oeste ibiblesse , qu'il ne voulust plus se servir de luy ; et luy estant les sceaux > Tenvoya à sa maison^ <l*où il n*est jamais revenu.
Un moment après que Monsieur euAt parlé à M. k chancelier y le cardinal de Richelieu estant auasy veso» il alla luy faire les mesmes harangues, et le presser de luy dire s'il Ta voit conseillé , M. le chancelier l'ajaDt asseuré qu'il n'en avoit rien sceu. Mais M. le cardinal, jqai n'estoit pas sy aisé à espouvanter, luy resposA qu'ouy ; et que le Roy luy ayant fait Thoimeur de le faire de son conseil, il luy faisoit aussy celuy de n'entreprendre rien de ceste conséquence sans le luy dire: dont Monsieur, qui ne s'attendoit pas à ceste répartie, demeura tout estonné, et s'en alla.
La prison du mareschal fut suivie de celles de ses deux frères, M. de Mazargues CO, premier escuierde Monsieur, et M. d'Ornane W ; et de celle de M. de Cbaodebonn«, que luy et la maréchale aimoient exti^emement. Le Saint*Esprit, dont il estoit gouverneur, fntf donné à M. de Gordes, capitaine des gardes; et le si^nor Antonio Marie, mestre de camp des Corses, en fust tiré, et eust pour récompence la tour qui est au bout du pont d'Avignon , que le mareschal d'Ornane avoit aussy.
Le Roy ayant ensuite fait parler à tous ceux qai approchoient Monsieur, les uns avoient esté gagnés, éi
(0 M. de Mazargues : Henri-François-Âlphonse d^Omano, sci|iiear de Mazargues. — C*) 3f. d'Ornane : Pierre d'Ornano, d'abord al>be de Sainte-CroU de Bordeaux , puis mestre de camp do régimcDt èà duc d^Orléans.