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cette famille honorable , Fontenay prévint le maréchal d'une intrigue dirigée par M. de Vitry pour capter la faveur du Roi, en introduisant dans ses bonnes grâces La Coudrelle, chevau-Iéger, habile dans la fauconnerie. M. de Souvré crut prévenir ce danger en dirigeant le choix du monarque sur un gentilhomme qu'il regardoit comme sa créature; il indiqua Tainé des Luynes, et lui fit faire ainsi le premier pas d'une fortune qui étonna d'autant plus qu'aucun mérite ne la justifioit, mais qu'une mort prématurée devoit bientôt renverser.
Le mariage de Louis xiii avec Anne d'Autriche ayant été convenu en i6i 2, Fontenay fut l'un des gentilshommes qui accompagnèrent en Espagne le duc de Mayenne, ambassadeur extraordinaire, chargé de signer le contrat de cette alliance.
Marie de Médicis permit, Tannée suivante, au marquis de se rendre en Italie pour faire ses premières armes. La guerre avec l'Espagne paroissoit être sur le point d'éclater pour soutenir les droits du duc de Mantoue, notre allié. Mais la paix s'étant faite, Fontenay parcourut une partie de l'Italie ; et le bruit se répandant que l'Empire étoit sur le point d'attaquer la Turquie, il accompagna avec quelques autres gentilshommes le duc de Ne vers jusqu'à Batisbonne, où la diète venoit d*étre convoquée. Ils assistèrent à l'ouverture de cette assemblée; mais ik s'aperçurent bientôt que les craintes conçues par les protestans, que l'Empereur ne tournât contre eux les armes qu'ils lui confieroient pour combattre les Infidèles, paralyseroient tous les efforts de ce prince. Le duc de Nevers revint donc en France, et le marquis continua son voyage d'Allemagne : il visita Nuremberg, Ausbourg, Strasbourg et Heidelborg, ré-
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sidence de lelecteur palatin. Il fut accueilli dans cette cour avec lurbanité dont on y usoit envers les ëtran* gers de distinction, et surtout envers les Français; puis il passa en Hollande et en Angleterre, d où il revint au ooimnencement de Tannée i6i4-
La guerre civile éclata en 1 6 f 5 , et le marquis dt ' Fontenay y fit ses premières armes sous les ordres du maréchal de Bois -Dauphin, dont il a signalé dans ses Mémoires les fautes militaires. Honoré dès*lors de l'amitié de messieurs de Praslin et de Bassompierre, qui l'admettoient dans les conseils de guerre, et lui permettoient d'assister aux délibérations, debout derrière leurs sièges, il reçut de l'expérience des anciens les premières leçons de l'art de la guerre.
Fontenay vendit en 1616 la capitainerie du Louvre à M. de Luynes, qui, redoutant les effets de la jalousie du maréchal d'Ancre, regardoit sa vie comme plus en sûreté, s'il possédoit une charge qui lui assuroit un logement dans le Louvre. Ce fut encore Fontenay qui commença la liaison de M. de Luynes avec M. de Vi? try; et sans s'en douter il donna Ainsi naissance k la cabale qui devoit plus tard renverser Concini.
Le marquis n'avoit pas encore atteint vingt-et-un ans, lorsqu'il lui fut permis de traiter avec M. de Richelieu, frère aîné du cardinal, de la charge de mestre de camp du régiment de Piémont. Il se rendit aussitôt en Sain* tonge, et prêta serment entre les mains du duc d'Epemon, colonel général de l'infanterie de France.
De ce momeùt, Fontenay fit toutes les guerres qu'allumèrent la jalousie des princes du sang et les préteu* lions des protestans , sans cesse révoltés sous le prétexte spécieux de la liberté de conscience. Il étoit à Taffaire
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du Pont-de-Cë, où T^iiis xiii se vit forcé de combattre les troupes de sa mère. Il contribua à la prise de Saint- Jean-d'Angely , fut légèrement blesse au siège de Sainte- Foy en 1622; et en 1627 il se trouva au siège de La 4* Rochelle, dont le succès porta le dernier coup aux » ' idigionnaires, et fît enfin tout rentrer sous Tautorité royale. Il nous a laissé un récit détaillé de ce siège, qui n*est pas la portion la moins intéressante de ses Mémoires. Le Roi chargea Fontenay de porter la nouvelle de la prise de La Rochelle aux ducs de Savoie et de Mantoue.
• Le marquis étoit tellement honoré de la confiance du Roi et du cardinal de Richelieu, qu'il fut chargé en 1626 de conduire à la cour mademoiselle de Montpensier, qui alloit devenir l'épouse de Monsieur. Le comte de Soissons avoit recherché sa main, et Ton craignoit qu'il ne s'opposât à son départ : mais Fontenay mit tant de prudence dans ses démarches, qu'il escorta la princesse jusqu'à Blois sans avoir rekicontré d'obstacles.
La Rochelle soumise, Fontenay revint auprès de Louis xui, quand ce monarque passa en Italie pour assurer le secours de Casai. Il fut ensuite chargé de négocier avec le duc de Rohan.
Parvenu au grade de lieutenant général des armées du Roi, et conseiller d'Etat, Fontenay eut à remplir des missions diplomatiques plus importantes. Il avoit déjà été nommé ambassadeur en Angleterre en i6a6; il fut investi des mêmes fonctions près de la cour de Rome en 1 641 • A peine étoit-il de retour en 1646, que le cardinal Mazarin désirant, à l'exemple de Richelieu, d'obtenir la pourpre pour son frère, pensa que le marquis de
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Fontenay, honoré de la bienveillanoe particulière du pape Innocent x, étoit l'homme le plus propre à lui obtenir cette faveur. U fit faire au marquis les plus belles propositions, lui donnant à entendre que s'il réussissoit dans cette négociation délicate, il n'auroit qu'à foroier un vœu pour le voir accompli. Fontenay partit donc de Doureau pour Rome , fut très bien accueilli du Pape, et après de longues conférences il obtint le chapeau sollicité. Dans la relation de cette affaire, Fontenay fait connoitre des particularités qui n'auroient plus aucun intérêt y s'il ne se trouvoit en opposition avec un de ses contemporains. Le duc de Guise, qui étoit alors à Rome, et auquel le Pape portoit de Taffection, attribue à son seul crédit Télévation du père Mazarin; et il représente le marquis de Fontenay comme s'étant aliéné l'esprit d'Innocent x par la roideur qu'il mettoit dans ses rapports diplomatiques (0. On est, ce semble, plus porté à croire au récit de Fontenay qu'à celui du prince aven, turier qui essaya de se faire roi de Naples, et ne n^anqua sans doute pas d'attribuer les refus de la cour de France à l'ambassadeur, qui n'étoit cependant que l'organe de la Régente ou de son ministre.
Quoi qu'il en soit , Fontenay n'obtint alors aucune grâce personnelle de la cour; il eut même beaucoup dfi peine à déterminer le cardinal Mazarin à adresser au Saint- Père une lettre de simples remerciemens, et à envoyer un chétif présent à la signera Olimpia, qui trafiquoit scandaleusement des faveurs du Vatican.
Le mariage projeté entre le marquis de Fontenay et mademoiselle de Souvré ne s'accomplit pas. U épousa Suzanne de Monceaux d'Auxy , dont il eut une fille ^
(*) Mémoires du duc de Guiie.
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qui fut mariée au duc de Tresmes , de la maison de Gestres, en i65i (0, et mourut à l'âge de soixantedix ans , le 4 octobre 1 70a (*).
Fontenay est un homme judicieux , attaché à son pays , et dévoué à son prince. Il connoissoit à fond l'histoire de l'Europe dans ses rapports avec la nôtre : aussi a-t-il peint avec beaucoup de vérité la politique de l'Espagne , qui trouvoit bons tous les moyens qui l'auroient conduite à la monarchie universelle , et qui peut-être seroit parvenue à ce but, si le génie de Richelieu ne se fut rencontré. Fontenay admiroit ce grand ministre, et il ne prit aucune part aux cabales de ceux qui cherchèrent à le renverser. Il ne se contente pas de rapporter, les faits : il recherche les causes des événemens que, par sa position dans le monde et par ses relations , il a été le plus souvent à portée de connof tre. Son style est assez correct , mais il est rarement coupé; et ses longues périodes , surchargées de phrases incidentes, se traînent difficilement vers leur terme.
Les contemporains ont peu parlé du marquis de Fontenay. Il est plusieurs fois nommé dans le Mercure français ; mais l'annaliste n'entre dans aucun détail de ses actions. Le cardinal de Retz le fait mieux connoitre: il dit qu'il avoit de l'expérience , du bon sens , et l'intention sincère et droite pour l'Etat 0). Il rapporte une conversation qu'il eut avec ce diplomate, dans laquelle ce dernier apprécioit avec une grande justesse la position du cardinal Mazarin pendant les agitations de la Fronde (4).
(0 Loret, Mate historique, impartie, p. 38; Pirit, 1 659.*- (*) Histoire des Grands Officiers de la couronne, par le père Anselme, t. 4» p* 77s- •— (3) Mémoires du cardinal de Retz, t. 4^, p. i43, diuzième série de œcte Collection. -^C4) ihié. , p. i5o.
SUR POHTENAT-MARBUIL. g
Oa voit par plusieurs passages que Fonteoay a éctit la plus grande partie de ses Mémoires après la cessation de nos troubles, vers i653 ou i654. On ignore répoque de sa mort.
Ces Mémoires n'ont pas encore été publiés ; ils n'étoient cependant pas inconnus : le père GrifFet les avoit sous les yeux , et les a souvent cités dans son Histoire de Louis xiii. Il s'est servi d'une copie à laquelle le due de Saint-Simon avoit joint des notes : elle n'a pas été conservée. Bury a aussi plusieurs fois cité Fontenay.
Le manuscrit autographe du marquis de Fontenay, conservé dans la maison de Gesvres, fut donné au roi Louis XV par le duc de Tresmes, et déposé à la Bibliothèque royale (')• C'est d'après ce précieux manuscrit que nous publions aujourd'hui ces Mémoires, auxquels des notes ont été jointes toutes les fois qu'il a paru utile, pour l'intelligence des faits, de rapprocher du texte les ouvrages des contemporains, et d'indiquer les personnages dont parie M. de Fontenay.
Dans la première partie de ces Mémoires, le marquis fait un tableau rapide des dernières années du règne de Henri iv, qu'il termine par un beau portrait de ce monarque. Il peint ses grandes qualités, sans dissimuler les défauts qui en ont quelquefois terni l'éclat. Il passe ensuite au règne de Louis xiii, dont il retrace les principaux événemens jusqu'à l'année 161^49 époque à laquelle commença leministère du cardinal de Richelieu.
La seconde partie se compose de morceaux détachés. On y trouve le récit des intrigues qui préparèrent ou retardèrent le mariage de Monsieur avec mademoi-
(i) Mémoire sur les rangs et honneurs de la cour, p. Sy. Cette pièce, de format îd-S®, est anonyn^e, et sans date.
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selle de Montpensier ; une relation très-circonstanciée du siège de La Rochelle, et des évcnemens qui le suivirent immédiatement; les causes qui amenèrent la Reine mère à sortir du royaume ; et d'autres morceaux importans pour l'histoire.
Le marquis de Fontenay a aussi laisse quelques Mémoires qui sont relatifs à des négociations qu'il dirigea pendant ses ambassades. Us terminent la seconde partie. On y remarque un Mémoire sur la situation intérieure de l'Angleterre en i6349 q"* j^^te quelque jour sur la politique du cardinal de Richelieu relativement à ce royaume.
Cet ouvrage auroit dû se trouver dans la deuxième série des Mémoires relatifs à l'histoire de France y à la suite de ceux du président Jeannin : mais ayant été mis trop tard à notre disposition , nous avons cru qu'il ne seroit pas déplacé à la fin de la première série, et à la suite du Journal de Henri iv.