‹ Mémoires, publChapitre 21 sur 45 · DU MARIAGE DE MOVSIEUK. [1626] I I · texte numérisé non relu

DU MARIAGE DE MOVSIEUK. [1626] I I

les autres tellement intimidés, que tout y estoit en ^grande confusion, mais qui fust beaucoup augmentée quand la maréchale d^Ornane, quon envoya à sa maison, eusty avant que de partir, lait chasser par Monsieur M. d'Andilly, un des principaux confidens du maréchal et très homme d'honneur (0, sous ombre qy*il estoit trop amy du père Joseph, dont le cardinal de Richelieu se sei*voit quasy dans toutes ses affaire^, pour s y pouvoir fier ; et qu'elle eust fait tomber toute la confidence sur messieurs de Puy-Laurens et de Bois d*Annemets(^), qui avoient esté tous deux nourris auprès de Monsieur, mais d*âge plus propre pour entrer dans ses plaisirs que dans la conduite de ses affaires.

L«e cardinal de Richelieu voyant les choses en cest ^u|at, et ne craignant plus guère de ce costé là, tourna toutes ses pensées sur le grand prieur de Vandosme, seul capable d y apporter du changement et de luy donner de la peine. Mais comme il n*y a personne qui xi'ait son foible, par où il est aisé de le prendre quand on le peust descouvrir, il ne fust pas sy difficile de l'en empescher qu on s'estoit imaginé; car M. le carénai luy ayant fait dire que sy M. de Vandosme et luy vouloient servir le Roy et estre de ses an[iis, il luy feroit donner Tamirauté, dont M. de Montmorency, crontent d avoir Tannée précédente gagné une bataille

(i) JSt très homme d'honneur: Voyez le détail de cette intrigue dans l^s Mémoires d^Arnauld d^AndiUy, t. 34 ? p* ^9 et suivantes, densi^m« ^rie de cette Collection. — (*) De Bois d*Annemets : Cétoit un gentiliionune de basse Normandie, qui étant dans la maison du duc d'Or- [^aos, y obtint pendant quelque temps une assez grande faveur. On a r^ lui des Mémoires, publiés sous le titre de Mémoires d*un favori de 3p, ^. R, M. le duc ePOrléans,' Leyde, Jean Sambix, 1667.1b seront |>laoés dans la seconde série de cette Collection, à la suite des Mémoires ^e "Mofï trésor.

12 [1626] nÉGOCIÀTfOV

conti*e les Rochellois, et pris ou coulé à fondk pbi» part de leurs vaisseaux , vouloit se defiaire^ pour B^cte pas oblige de retourner tous les jours sur la mer, I désira sy fort de l'avoir, qu*il donna ^ tout fin fil estoity dans le piège, et s'y laissa attraper^ ajarit |» mis plus qu'on ne vouloit. Mais comme Tamilié Ai M. de Vandosme estoit une des principales que le cardinal de Richelieu demandoit, il paitiit tost qu'il vist le marche de ramirautë fait^ pourk^il poser à en venir luy-mesme donner les ai lequel se laissant persuader par la bonne opinioi^^ avoit de l'esprit de son frère, et qu'il n'auroit ptiMl pris ses mesures, n'en fist nulle difficulté. Il viHt&É trouver le Roy à Blois, jusques où on s'estoit mimtf pour luy faire voir que s'il ne venoit point on IM quérir; et il n'y fust pas plastost arrivé, que ILli Hallier, bien que leur parent, mais le Roy se M tout-à-fait en luy, eust commandement de les wmÉi tous deux, ainsi qu'il fist, les prenant le matin te leur chambre du chasteau , où on les avoit logés à fa** dinaire. Dont le grand prieur, quand il se vistûf abusé et avoir servy d'instrument pour tromper là frère, fust sy touché, qu'il en mourust enfin àtitfà dans le bois de Vincennes , où on les mena.

Je sçay bien que quelques uns, mal affectionnéia cardinal de Richelieu , ont dit qu'il avoit esté emptè sonné; mais M. le comte, qui l'aimoit extremeaMëi ayant envoyé auprès de luy son médecin et soo dirurgien, qui y demeurèrent tant que sa maladie dniii et assistèrent mesme à l'ouverture de son conps, se s'en estant jamais plaint, il est aisé à voir que c'est oK pure calomnie. M. de Vandosme, d'un esprit plus 00*

DU MARIAGK DE MONSIEUR. [1616] l3

derëy et qui ne prenoit pas les matières sy à cœur, ayant eu patience, en sortist quelque temps après.

Un peu devant qu'on partist de Fontainebeleau , M[. de ChalaiSy maistre de la garde -robe du Roy, ]ui despuis la prison du mareschal d'Ornane s*estoit brt approché de Monsieur, et par le moyen de maiame de Chevreuse y avoit acquis grand crédit , se persuadant, comme il estoit vray, qu'il en auroit assés pour le porter à tout ce qu*il voudroit, et qu'il s'en levoit servir pour faire sa fortune, pria le commanleur de Valançay, qui estoit en ce temps là fort bien ivec le cardinal de Richelieu , de luy dire que si on BQuloitluy donner quelque chose de considérable, il jeroit faire le mariage, et toutes les autres choses |o*on voudroit. De quoy M. le cardinal , qui, luy estant leqa obligé de l'avis qu'il luy avoit fait donner, ne lierchoit qu'à s'en revancher, ayant esté très-aise, il le mt assurer de la charge de mestre de camp de la ca- ^erie légère aussytost que Monsieur seroit marié, Lont il se contenta.

Mais afin que leur intelligence fust plus secrète, ils nrent le mesme commandeur de Valançay pour faire 5s allées et venues, et en estre le médiateur. En uoy M. de Chalais se conduisit du commencement sy ien , Monsieur se monstrant de jour en jour plus disos^ de bien vivre avec le Roy et de le contenter, ii'on ne doutoit point qu*il ne fist tout ce qu'on dereroit.

I>e sorte que le Roy et la Reine mère le voyant en •ste bonne disposition, jugèrent nécessaire, dès qu'ils irent à Blois , d'avoir mademoiselle de Montpensier iprès d'eux, de peur qu'il nechangeast pendant qu'on

i4 [i6a6] nÉGociAi^ioir

la feroitf venir de Paris, où elle estoit demeurée; nu» dame de Guise n*ayant peu suivre, à cause delà fienv tierce qui luy prist comme la cour parîoit de Fodtaitiebeleau, et qui Tavoit fait demeurer à Paris.

Cest accident pouvoit renverser toutes les iprémtions et les espérances qu'on avoit, doraïaiit betii jet à M. le comte de faire ses affaires, s'il eost sceu im pirévaloir; car ayant esté laissé à' Paris pour y mander pendant Tabsence du Roy^ il esl trèi que s'il eust esté un matin à lliostel de Guisé avec ce qui le suivoit ordinairement, tant {^mtitïïhnmff que gardes ; et qu'entrant dans la chambre de mÊk^ moiselle de Montpensier il fust demeuré quelque teBi|l tout seul avec elle, madame de Guise n*estaiil ptici estât de Tempescher, personne après cela n*auroitil« osé la proposer pour Monsieur, et elle eust eifté Um heureuse de trouver M. le comte , et de le preo&i Mais Dieu ne les avoit pas faits l'un pour Tautre, ci ayant desja perdu une meilleure occasion ^ pdifr c^eust esté d'accord de partie ; car madame de Gvr voyant Monsieur ne montrer nulle envye de se et n'y avoir nulle apparence qu'elle Inj denst pour les grands obstacles qu'on y appoitoit, dfetf estoit sy désespérée que sy elle eust trouvé un nojti d'en sortir honnestement , comme eust esté càufé M. le comte, il est très asseuré qu'elle Fauroit pris, 4 que mademoiselle de Montpensier s'y fVist portée, s'attendant plus à autre chose, et le pis aler n' pas mauvais.

Quelque personne qui le sçavoit bien en fist ifotir M. le comte, madame de Guise y consentant; wi croyant, à ce qu'il a dit despuis pour s^en excuser, qs*^

i DE Moniivn- [i6'«6] i5

le vouloit tromper, et se sei-vJr de luy pour en faire venir l'envie à Ittonsieur, et le i-^vciller par la jalousie, il n*en tesinoigiia jamais rieu, traitant tousjutni madame de Guise, et madcinoiselle de Montpensîer mesme, avec iiutaot d'indifférence que s'il n'y eugt point prétendu. Ce qui donna une telle aversion à mademoiselle de Montpensier, se croyant mesprist'e , que, dans tnutes les incertitudes ou niesme désespoirs où elle fast despuis de ce que feroit Monsieur, on la vist loQsjours pencher du cost^ de la reli|;ion plustost que lie celuy de M. le comte : tant il est vray que pour gagner les ienmies, il leur taut montrer de la passion en quelque sorte que ce soit, excusant facilement les fàotes qu'elle fait faire, et jamais celles où elles n'en votent point.

Il y en a eu qui se sont persuad(5s que madame la comtesse y contribua beaucoup, craignant de perdre, s'il se marioit, l'autorité qu'elle avoit sur luy, et la considération où cela la mettoit dans la cour.

Le Roy ayant résolu, ainsy que j'ay desja dit, d'y faire venir mademoiselle de Montpensier, parcequ'on craignoit que M. de Bellegarde, par qui on avoit au commencement prétendu la faire accompajjner, ne fosl party de Paris pour se lendre auprès du Roy, le marquis de Fonlenay y fust envoyé, avec ordre, s'i! n'y estoit plus, d'assembler tout ce qu'il y trouveroit d'officiers, tant du régiment de Piémont parcequ'il en «loit meslre de camp, que de l'infanterie ou autres de sa connaissance et dont il pourroit respondre, afin de la mener seurement. Car, bien que M. le comte ne lesnioignast aucunes pensées pour elle, on apprébendoit néanmoins que quand il la verruit partir, so pou-

l6 [l6a6] NÉGOCIATIOV

* vant imaginer que ce seroit pour la marier, il ne dmgeasty et y enti*eprenaDt quelque chose contre die, niinast tout ce qu'on avoit eu tant de peine à eilaUir. Cest pourquoy on jugea aussy qu'il le falloit frire fat secrètement.

Et d'autant que tout le monde sçavoit la paît que k marquis de Fontenay avoit eu dans tout ce qui Notait traite pour cela, et qu'on pourroit aisément pno&t soupçon de son voyage sy Ton n'en voyoit ancan sab* ject apparent, on prist celuy de la mort de TabbeMè Saint-Pierre de Reims , et qu'il alloit de la part duBif pour consoler madame de Guise sa mère : ce qui comme on a^oit desirë; car, bien qu'on n'eust tumë de faire faire de semblables offices que par ài ordinaires du Koy^ on se persuada néanmoins fortaîi^ ment qu'il n'y avoit que cela qui le menoit , tant |Wceque l'humeur de madame la princesse de Con^ é sa vanité estant fort connues, on ne douta nuUeaol qu'elle n'eust cherché à faire faire quelque ébomiù' traordinaire pour sa mère , ny qu'on ne luy eaâ » cordé, estant alors fort bien à la cour, que pamp aussy madame la princesse et le cardinal de Li Tilette ayant extraordinairement pressé le marqiiiiiLT Fontenay de leur en dire la vérité, il les asseunil' lement qu'il n'y avoit autre chose, que s'y estant fi^ tout le reste du monde, qui le sçavoit fort bien M eux, s'y fia aussy : ce que ny l'un ny Fautre iie% ont jamais bien pardonné, mais le cardinal àtU^ lette particulièrement; car encore qu'ayant estépp par madame la princesse, il ne fustpas moins (p*A contraire au mariage, se pensant néanmoins oUig^f* honneur de montrer qu'il le desiroit parcequll «**

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DO MiniACR DE voMsiEUB. [i6a6] 17

cousin germain de madame de Guise , il en faisoit tous les semblants, et s'ofTençoit extrêmement quand on tesmoignoit ne le croire pas. Mais le marquis de Fontenay, qui en sçavoit la venté, et le rort que cela luy eust faict sy, estant desrnuvert parcetju'il en eiist dist, on y eust mis quelque erapescliement , auroit encore hasardé tonte autre chose que leur amitié, plustost que de Tavouer.

Estant donc paily de Bluis le 27 juin, et prenant la poste pour faire diligence, il luy fust néanmoins impossible, n'ayant quasy point trouvé de chevaux, à cause que M. d'ElBal , nouvellement fait surintendant des finances, allant ce jour là k la cour, ceux qui l'accompagnoient les avoient tous emmenés. De sorte qwi) lui falltfet demeurer à Châtre t'), pour laisser reposer ceux qu'il avoit; pendant quoy un secrétaire de mademoiselle de Montpensier, bien qu'il n'eiist pris (|He le relais, estant arrivé, et n'ayant apporté nulles nouvelles, parccqu'on remettoil tout sur luy, qui devoit vraysemblablemcnt y estre le premier, avoit mis roadame de Guise en d'estranges inquiétudes, ne sçacfaaat que penser. Enfin, estant arrivé sur les bait heure* du matin, aussytost qu'il eust envoyé par tous les heai où il croyoit trouver les gens dont il pourroit avoir besoin, il fust chez elle, et luy dist, et à mademoiselle de Montpensier, la commission qu'il avoit; car ses lettres estoient tontes en créances. Sur quoy «Ues se résolurent de partir dt» le lendemain.

Au sortir de là , il alla chm M. de Bellegarde, qui «stoit encore à Paris, et qu'il avoit envoyé prier de l'attendre ; auquel ayant dit les ordres du Roy et bi ré-

VO ChiÙn : anjaurd'hui Arpajuu.

Voyant toutes choses si bien disposées, : madame de Guise s'aci|iiillej- de la comin avoil pour elle, et ensuite rendre ses devo comte et à madame la comtesse, o{i on m railler, M. le comte luy donnant mille altac] voyage, et exagérant fort les obligations q madame la princesse de Conty. Mais les ri rent pas longtemps de son cosli^ : car iiiadaii; s'estaul rendue le lendemain sur les six beu lin aux percs de l'Oratoire du fauliourg Sai où estoit le rendez-vous, dans un carusse i vaux , avec niadeuioiselle de Montpensier i d'Ëlbteuf; leurs gens, M. de Bellegarde, le i Fonlenay, et tous ceux qu'ils menoicnl: ave faisuient plus de cinquante clievaux, y a allés séparément et sans estre plus de deui aRn (ju'on ne les peustpas remar(juer,s'y ren sy justement, que n'ayant quasy point attend le cbemin d'Estampes où on vuuloit coucher pour s'eslongner de Paris le plus qu'il se pi eslre dans une ville , où on croyoit plus de h

bC MAIIAGB DE MOIVSISO*- [163(1] II)

en fust averty. Sur les flix ou ooze heures, on luy vînt dire ce qui estoit aniv^; et s'il en eusl autant de îlesplaisir qu'il devait, comme il n'en faut point douter, il fust ;iM nioifis asses oouveit pour n'en rien tesmoipier, ayant passé tout le leste du juui' à son ordinaire. Quant au voyage des dames, il se list fuit heiirensement, et mesine avec de tiês lions augures, n'ayant trouvt! que des dc-inces et des réjouissances pailout où OD passa, jKiur les mariages qui s'y faisoienl.

Mais à Nantes, où le Roy estoit alli.-, les clioscs

■voient bien chantée de face; car madame de Clie-

vreuse ayant pris quelque S(iup^:on , despuiii la prise de

messieurs de Vandosnie, de l'iiitelligeuce de M. de

Ghalais avec le cardinal de Riclielieu, elle luy en fi&t

ItDt de reproches et le pressa sy fort, que rien n'es-

ItDt quasy impossible à une femme aussy belle et avec

■ntanl d'eipiit que celle là, il n'y peust résister, et il

a mieux manquer au cardinal de Richelieu et à

iD^-mesme qu'à elle; de sorte qu'ayant aussytost fait

■lUDger Monsieur, il le rendist plus révull^ que jamais

>ntre le mariage, ne songeant qu'il sortir de U cour

aller h La nochelle, pour de lit faire son traite et

VToii- un apanage tel qu'on l'avuit autrefois donni5 à

.d'Alançon pour le retirer d'avee les liugueimts, ne

perlant plus dans tous leurs conseils que de cesl

;emplc, et qu'il n'en falloit pas moins faire.

y Monsieur escrivist au mesme temps à M, de La Va-

lle (A à M. d'EUpernon, pour les prier de le recevoir

k Metz, s'il y vauloit aller; mais M. de La Valette

Fen remist sur M. d'Espernon, et luy envoya sa lettre

m Roy.

Or M. tic Clialait pensoit faire son fait sy secra-

tement , qu'on ne s'en pourroit pas prendre k luj, et qu'il en seroit quitte pour s'en desduurger ar Monsieur et sur les autres qui l'approc^oienty et fji avoienty ce disoit-il, plus de crédit que Iny. Mas 9 avoit affaire à un homme trop esdairë pour ertre sr aisément abusé , estant très certain que dès la premim fois qu'il luy parla despuis son changement , il im douta; et que l'ayant fait espier, on vist qu'estant k^ tout proche de l'apartement de Monsieur dans le chtteau de Blois» il y alloit tous les soirs, après que toatk monde en estoit retiré, et y demenroit fort long4efl|i

Ce qui eust dès lors obligé M. le cardinal à le &î( déclarer, sans qu'il voulust essayer de le regÊpa, afin que les choses se passassent plus doucement; cK) y fist en effet tout ce qu'il peust tant qu'on demesii Blois et encore à Nantes, jusques à ce que madeMseUe de Montpensier fust arrivée , et qu'ayant dt averty qu'il se traitoit de choses plus importantes^ le mariage, il eust peur que, par trop attendre. Mm* sieur ne luy eschapast; et il pressa de telle sorte M. A Ghalais de tenir sa promesse, qu'il le contraignistA dire qu'il ne le pou voit pas, et de redemander sa p rôle, comme aussy il rendist celle qu'on InjaMif^t donnée. l>^

Cela estant tout ce que M. le cardinal cherdx)itp0|^tax se desgager et estre libre de faire ce qui luy plairoitf'|'i>r mist aussytost sy bon ordre partout, qu'il luy enHé impossible de s'en aller et à Monsieur aussy, qaao't l'auroient voulu, sans estre arrestés; et sur le soir k Roy commanda au comte de Tresme, capitaine 's gardes, d'aller le lendemain de grand matin, etden^ que de faire ouvrir les portes du château^ à la dua^

Si-:

DU HAaiAGB DE MODiSlKUm. [1626] ai

de M. de Chalais, et de laisser auprès de luy un exempt et des gardes pour le garder, et empescher qu'on ne luy parlast.

Tronçon, Marsillac et Sauveterre, qui avoient souvent parle au Roy contre le mariage, furent au mesme temps chasses de la cour, et perdirent leurs charges. Quelques uns se sont imaginés, pour les deux pre« miers, que le souvenir de ce qu'ils avoient esté du con* seil de M. de Luy nés, quand il fist tuer le mareschal d'Ancre, n'y avoit pas nuy, et qu'on fust bien aise d'en trouver ce prétexte pour les esloingner.

Quand Monsieur sceust la prise de M. de Ghalais, il

en tesmoigna tant de desplaisir, que plusieurs personnes

voyant cela , luy conseillèrent de sortir de la cour , et

4]tte c'estoit le seul moyen de le sauver; sans quoy as-

^tturément on le feroit mourir à sa veue. Mais outre que,

4^Domme j'ay desja dit, on y avoit mis bon ordre, mes-

lenrs de Puy-Laurans et Le Cogneux, son chancelier,

A commença en ceste occasion à se mesler de ses af-

^fisires, n'estapt pas autheurs de cest avis et l'improu-

"jiirJlnt, trouvèrent bien moyen de l'empescher; et s'estant

/iHDsuite entremis du mariage. Ton en traita avec un

B^îen meilleur succès que par le passé; Monsieur se

r:r*^t-tant enfin à le faire , et de sy bonne grâce que le

.^oy^ en faveur de cela, luy donna un apanage plus

^Sirand que celuy de M. d'Âlançon, et entre autres

^*Ofies le duché d'Orléans au lieu de celuy d'Anjou, et

p ^ comté de Blois avec le château et celuy de Cham-

^^rd, qui sont des plus beaux de France; de sorte-

j Ï^*U s'appella despuis le duc d'Orléans.

^ Par le contract de mariage, tous les avantages faits à

M. d'Orléans par M. de MontpensieiCi, sur les bien&.

U!» [162GJ MÉGUCIATION

de mademoiselle de Montpensier , furent renoa^elàét GonCurmés autant qu il se peost.

Les choses ayant ainsy esté arrestëes, les fiançailks se firent au chasteau de Nantes dans le cabinet du Roj, en sa présence et des deux Reines ; madame la prit* cesse y madame la princesse de Couty, meadam» k Guise y de Chevreuse, d^Elbceuf, de La Valette^tf tous lei principaux de la cour y estaut aussy. Le c«dinal de Richelien en fist la cérémonie , le curé dek paroisse preseât. Mais pour le mariage , ce fiist le oui mesme qui le fist, afin d'y observer toutes les îomt lités, et qu'il n'y eust point d'ouverture à s*en desdkt M. de Bellegarde avoit eu la charge de surio!» dant de la maison de Monsieur , dès qu'il fost mni à Nantes; et madame de Bellegarde fuat alors Ue dame d'honneur, et madame la comtesse de FieifMl' dame d'atonr. Messieurs de Rouville, de Puy-La«ni le père, et de Chattes (') , parent de madame de Gaii^ chevalier d'honneur, premier escuier et premier na»* P^ tre d'hostel. flj

Cependant l'on avoit fait venir des commissaires è f a»parlement de Bretagne ])our travailler au procès ép* i M. de Chalais, qu'on ^ortist, à cause de cela, dHcb*!^;:^! teau de Nantes. Il fust dès le commencement coofitil'l^ j avec le comte de Louvigny, second fils de M. de G» j*^ ^t, mont, qui avoit eu connoissance de tout ce qu'on Twl^'-t loit faire faire à Monsieur; et, mal satisfait decefi(|^^ c^ tous ceux de ceste cabale s'estoient déclarés contre lif en une querelle qu'il eust contre M. de Candale, ^ avoit, ce disoit-on, donné le premier avis. Il eust esté bien nécessaire de le confronter ai?

(•) Dà ChatU* f II étoit ék h maison de Clermont.

Dt StARIJLAE DE MOHalELH. [163(1] X3

avec le commandeur de Valançay; mais le comnifindetir ne le voulus! jamais, quoy qu'on luy pcusl dire : re (]ni fascha tellement le cardinal de Iliclielieu qu'il lie l'aima jamais despuis, nonobstant tous les servirai qu'il rendisi à La Rochelle, et fust mesme cause «pie le mariage arrest^ entre M. de La Meilleiaye et la fille de M. de Valançay , son fiere aisné, ne rompîst.

M. de Châlais demanda phisieui-s fois à parler à messieurs de Betle|;arde et d'ElIiat, qui estoient fuit de ses amis, et avaient crédit auprès du cardinal de Richelieu, et il les vîst enfin une fuis : mais cela ne luy servist de rien ; car quand il n'auroit fait que conseiller à Monsieur lie sortir de la cour pour aller à La Rochelle, personne ne l'auroit peu sauver. Mais on disoit (et beaucoup de gens le croyoient) qu'il avnit este plus avant : dont le Roy fiist d'autant plus piqué ^'il estoit un des principaux ofBciers de sa maison , et avoit esté pendant sa jeunesse de ses enfans d'honneur. Quoy qu'U en soît, îl fust condamné, et mourust.

Il estoit jeune, bien Tait, Toit adroit à toute sorte d'exercices, mais surtout d'.igréatile compagnie : ce quy le rendoit bien venu parmy toutes les femmes, qui le perdirent enfin. Il n'y eust quasy personne qui n'en cujt pitié; mais ce qui toucha encore merveilleusemeut, ce fust madame de Ohalais sa mère, laquelle estant venue à Nantes sur les nouvelles de sa prison, vist ce (ils qui luy estoit sy cher , et pour l'avancement doqael elle n'avoit rien espargné (car en luy achettant la charge de maistrede la garderolie, elle avoit engagé la meilleure partie de son bien, et il ne luy en restoit quasy pas pour vivre) ; elle le vist, dis-je, criminel, et mourir sur un escbafaut.

24 [1626*] SÉaOCIÀTlUM DU MABIAGE DE MtflfSIEUt.

Encore que le Rq^ n'eust pas subject d*estre content de madame de Ghevreus^i elle fust néanmoins, comme femme y traitée fort doucement , ayant esté seulement envoyée chez elle, et n'estant mesme sortie d'auprès de la Reine que quand on partist pour retourner à Paris; dont aussy ne s'estant pas autrement comgée, elle s'en alla bientost après en Lorraine, oîi elle commença à entrer dans toutes les intrigues où on Fa veue despuis.

Toutes choses s'estant ainsy passées, et sy fort aa contentement du Roy et de la Reine mère, Dieu voulust encore» pour rendre leur joye plus compleUe, qu'avant qu'on partist de Nantes il parust des signes manifestes que Madame estoit grosse (0.

(*) Madame ettoU grosse : Elle moorut le 4 i^ûi 1637 , en donnini le jour k mademoiselle de Montpensier, ai connae sous le titre de U grande MàdemoûeUe.

RELATION

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