‹ Mémoires. Publié avec préf., notes et tablesChapitre 131 sur 182 · I.IVRK XVII · texte numérisé non relu

I.IVRK XVII

au milieu de nous, sans armes, sans troupes, sans cet appareil inutile aux bons rois. Il nous a dit qu'il avoit donné ordre aux troupes de se letiiei" : oublions nos malheurs, ou plutôt ne les rappelons que pour en éviter à jamais de pareils. »

A son tour, le sincère et courageux Lally-Tolendal se Ht entendre ; et, pour donner à mon récit toute la vérité qu'il peut avoir, c'est le sien que je vais transcrire '.

K Dans la salle oii nous fûmes reçus, il y avoit, dit-il, des citoyens de toutes les classes. Un peuple immense étoit sur la place, et j'éprouvai qu'on eût pu facilement, si tout le monde s'étoit accordé à le vouloir, tourner toute leur exaltation du côté de l'ordre et de la justice. Ils tressailloient en m'entendant parler de l'honneur du nom françois. Lorsque je leur dis qu'ils seroient libres, que le roi l'avoit promis, qu'il étoit venu se jeter dans nos bras, qu'il se fioit à eux, qu'il renvoyoit ses troupes, ils m'interrompirent par des cris de Vive le roi! Lorsque je leur dis : « Nous venons de vous « apporter la paix de la part du roi et de l'Assem- « blée nationale », ce fut à qui répéteroit : La paix !

1. Ce passage, aiasi que les trois autres que l'on trouvera plus loin, sont extraits du Mémoire de M. le comte de Lally-Tolendal, o.t Seconde Lettre à ses com'nettaiits , Paris, Desenne, janvier 1792, in-8.

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la paix! Lorsque j'ajoutai : « Vous aimez vos « femmes, vos enfans, votre roi, votre patrie » , tous répondirent mille fois : Oui. Lorsque enfin, les pressant davantage, je hasardai de leur dire : « N'est- « ce pas que vous ne voudriez pas déchirer tout « ce que vous aimez par des discordes sanglan- (I tes? n'est-ce pas qu'il n'y aura plus de pro- « scriptions? La loi seule en doit prononcer. Plus « de mauvais citoyens; votre exemple les rendra « bons )), ils répétèrent encore : « La paix, et plus de proscriptions ! »

Ainsi dès lors rien n'étoit plus facile que de rétablir l'ordre et que d'entretenir la plus heureuse intelligence entre le monarque et son peuple. Le roi ne désiroit rien tant que d'être aimé, et à ce prix rien ne lui étoit pénible. La ville de Paris venoit de se donner Bailly pour maire , et La Fayette pour commandant de sa milice. Le roi, qui seul auroit dû nommer à ces deux places, agréa sans difficulté les choix que la ville avoit faits. Elle avoit demandé le rappel de Necker : Necker fut rappelé, ainsi que Montmorin, La Luzerne et Saint-Priest, qui avoient partagé sa disgrâce ; et les nouveaux ministres prévinrent leur renvoi en donnant leur démission. Enfin Paris, de nouveati travaillé par ses perfides agitateurs, désira que le roi vînt lui-même à l'Hôtel de ville dissiper ses fausses alarmes, et le roi s'y rendit (le 17 juil-

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