LIVRE XVII
let 1789), sans autre garde que la milice bourgeoise de Versailles et de Paris, au milieu de deux cent mille hommes armés de faux, de pioches, de fusils et de lances, traînant des canons avec eux.
A l'arrivée du roi, et sur son passage, toute acclamation en sa faveur étoit défendue, et, si aux cris de Vive la nation! quelques-uns ajoutoient Vive le roi! des brigands apostés leur imposoient silence. Le roi s'en aperçut, et il dévora cette injure. Après avoir entendu à la barrière la harangue du maire Bailly, dans laquelle il lui disoit que, si Henri IV avoit conquis sa ville, cette ville à son tour venoit de conquérir son roi, il reçut à l'Hôtel de ville la cocarde républicaine, il la reçut sans répugnance; et, comme sa réconciliation avec son peuple étoit sincère, il lui montra tant de candeur et de bonté qu'enfin tous les cœurs en furent émus. Les félicitations des orateurs portèrent l'émotion jusqu'à l'enthousiasme, et, lorsque Lally- Tolendal prit la parole, ce ne furent plus que des élans de sensibilité et des transports d'amour.
« Eh bien, citoyens, leur dit-il, ètes-vous satisfaits? Le voilà, ce roi que vous demandiez à grands cris, et dont le nom seul excitoit vos transports lorsqu'il y a deux jours nous le proférions au milieu de vous. Jouissez de sa présence et de. ses bienfaits. Voilà celui qui vous a rendu vos assemblées nationales, et qui veut les perpétuer;
voil.'i celui fini a voulu établir vos libertés, vos piopriétés, sur des bases inébranlables; voilà celui qui vous a otlert, pour ainsi dire, d'entrer avec lui en partage de son autorité, ne se réservant que celle qui lui étoit nécessaire pour votre bonheur, celle qui doit k jamais lui appartenir, et que vousmêmes devez le conjurer de ne jamais perdre. Ah ! qu'il recueille enfin des consolations! que son cœur noble et pur emporte d'ici la paix dont il est si digne! et puisque, surpassant les vertus de ses prédécesseurs, il a voulu placer sa puissance et sa grandeur dans votre amour, n'être obéi que par l'amour, n'être garde que par l'amour, ne soyons ni moins sensibles, ni moins généreux, que notre roi, et prouvons-lui que même sa puissance, que même sa grandeur, ont plus gagné mille lois qu'elles n'ont sacrifié.
« Et vous, Sire, permettez à un sujet qui n'est ni plus fidèle ni plus dévoué que tous ceux qui vous environnent, mais qui l'est autant qu'aucun de ceux qui vous obéissent, permettez-lui d'élever sa voix vers vous, et de vous dire : « Le voilà, ce a peuple qui vous idolâtre, ce peuple que votre <( seule présence enivre, et dont les sentimens pour « votre personne sacrée ne peuvent jamais être <( l'objet d'un doute. Regardez, Sire, consolez- II vous en regardant tous les citoyens de votre ca- ( pitale; voyez leurs yeux, écoutez leurs voix,