LIVRE XIII
vescence des esprits n'en devint que plus vive ; les têtes s'enflammèient, la séance fut orageuse. Le roi, croyant n'y recueillir que des conseils et des lumières, avoit permis qu'on opinât à haute voix; nombre d'opinans abusèrent de cette liberté jusqu'à l'indécence; et une censure amère et violente, se mêlant aux opinions, fit trop sentir au roi qu'au lieu de ses édits, c'étoit sa conduite et son règne qu'on prétendoit avoir le droit d'examiner. Il se contint durant l'espace de sept heures que tinrent les opinions; et, affecté jusqu'au fond de l'âme de la licence qu'on se donnoit, il ne laissa pas échapper un seul mouvement d'impatience. Ainsi dès lors s'éprouvoit cette patience dont il a eu tant de besoin.
Cependant le grand nombre des opinions se terminoit à demander la convocation des Etats généraux pour le mois de mai de l'année suivante ; et d'Epréménil disoit au roi : « Je le vois, ce mot désiré, prêt à échapper de vos lèvres; prononcezle, Sire, et votre Parlement souscrit à vos édits. » Si le roi eiit cédé, il est indubitable que les édits auroient passé ; mais Brienne lui avoit recommandé de n'entendre à aucune condition, et de s'en tenir au principe que, « partout où le roi étoit présent, sa volonté faisoit la loi ».
Enfin, malgré le silence du roi et le refus qu'exprimoit ce silence, on a cru que, s'il avoit
permis de recueillir les voix , le plus grand nombre auroit encore été pour l'acceptation des édits. Mais, ponctuellement exact à observer ce qui lui étoit prescrit par son ministre, il ordonna l'inscription des édits sans aller aux opinions, et Ht enregistrer de même une déclaration qui mettoit en vacance tous les parlemens du royaume. Le duc d'Orléans, qui dès lors commençoit à jouer son rôle, protesta, en présence du roi, contre cet acte d'autorité; et, dès que le roi fut sorti, l'assemblée, où les pairs étoient encore, adhéra, par un arrêté, à la protestation du prince.
Le lendemain, la grande députation du Parlement fut mandée à Versailles. Le roi biffa l'arrêté de la veille, défendit sur le même objet toute nouvelle délibération, exila le duc d'Orléans à Villers- Cotterets, et deux conseillers de grand'chambre, Fréteau et Sabatier, l'un au château de Ham, l'autre au Mont-Saint-Michel.
Dès lors la ligue des parlemens fut générale contre le ministère; et Brienne, désespérant de les soumettre, résolut de les anéantir. A ce hardi projet, qu'il porta au conseil, étoit joint celui d'une cour plénière et permanente pour l'enregistrement des lois.
Dans ce conseil, Lamoignon combattit l'idée de la cour plénière, mais inutilement. Avec plus