‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 10 sur 155 · Charles de Saint-Germain d'Apchon, chevalier de Malte · texte numérisé non relu

Charles de Saint-Germain d'Apchon, chevalier de Malte

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cares*. Aubigné ne pleura point pour la prison, mais oui-bien quand on luy osta une petite espée bien argentée et une ceinture à fers d'argent. L'inquisiteur l'interrogua à part, non sans colère de ses responces; les capitaines, qui luy vojoient un habillement de satin blanc, bandé de broderie d'argent, et quelque façon qui leur plajsoit, l'amenèrent en la chambre d'Achon, où ils luy firent voir que toute sa bande estoit condamnée au feu, et que il ne seroit pas temps de se desdire estant au suplice : il respondit que l'horreur de la messe luy ostoit celle du feu. Or y avoit il là des violons; et, comme ils dançoyent, Achon demanda une gaillarde à son prisonnier, ce que n'ayant point refusé il se faisoit aimer et admirer à la compagnée, quand l'inquisiteur avec injures à tous le fit remener en prison. Par luy Beroalde adverti que leur procès estoit faict, se mit à taster le pouls à toute la compagnée et les fit résoudre à la mort très-facilement. Sur le seoir, en apportant à manger aux prisonniers, on leur monstra le bourreau de Milly qui se preparoit pour le lendemain. La porte estant fermée, la compagnie se met en prières, et, deux heures après, vint un gentil-homme de la troupe d'Achon, qui avoit esté moine et qui avoit lors en

I. Antoine de Mouchy, dit Democharès, inquisiteur de la foi en France, mort en 1574.

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garde les prisonniers. Cestui-ci vint baiser à la joue Aubigné, puis se tourna vers Beroalde disant : « Il faut que je meure ou que je vous sauve tous pour l'amour de cet enfant : tenez vous prêts pour sortir quand je le vous diray; cependant donnez moy cinquante ou soixante escus pour corrompre deux hommes sans lesquels je ne puis rien. » On ne marchanda point à trouver soixante escus cachez dans des souliers. A minuit, ce gentilhomme revint accompagné de deux; et ayant dit à Beroalde : « Vous m'avez dit que le père de ce petit homme avoit commandement à Orléans'; promettez moy de me bien faire recevoir dans les compagnies. » Cela luy estant asseuré avec honorable recompence, il fit que toute la bande se prit par la main, et luy, ayant pris celle du plus jeune, mena tout passer secrettement auprès d'un corps de garde, de là dans une grange par dessous leur coche, et puis dans des bleds, jusques au grand chemin de Montargis, où tout arriva avec grands labeurs et grands dangers.

La duchesse de Ferrare ^ les receut avec son

1. Jean d'Aubigné, comme il est dit plus loin, était alors à Orléans lieutenant de Tanneguy du Bouchet, sieur du Puy- Greffier et de Saint-Cyr.

2. Renée de France, fille de Louis XII et alors veuve d'Hercule d'Esté, duc de Ferrare. Outre Chartres et Gisors, François I"^"" lui avait fait don de Montargis, où elle donna, toujours asile aux -protestants.

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humanité accoutumée, mais sur tous Aubigné, qu'elle fit trois jours durant asseoir sur un carreau auprès d'elle pour ouïr ses jeunes discours sur le mespris de la mort. Puis elle les fit conduire commodément à Gien, où ils demeurèrent un mois chez le procureur du roy, Chazeray. Mais La Fayette y amena le siège. Il falut gagner les batteaux et se sauver à Orléans, au péril des arquebusades que la commune leur tira vers Boteilles',

Beroalde arrivé fut par la faveur du sieur d'Aubigné, commandant à la ville soubs monsieur de Saint-Cire, logé favorablement, premièrement chez le président l'Estoile, où Aubigné le premier se sentit de la contagion qui fit mourir trente mille personnes. Il veit mourir son chirurgien et quattre autres en sa chambre, entre autres madame Beroalde; son serviteur nommé Eschalart, qui despuis est mort ministre en Bretagne, ne l'abandonna jamais, et, sans prendre mal, le servit jusques à la fin, ayant un pseaume en la bouche pour préservatif.

Le sieur d'Aubigny, ayant fait un voyage en Guyenne pour haster les forces, trouva son fils guery, mais un peu desbauché, comme il est dificile pacis artes coUre intcr Martin incendia. Un

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