‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 9 sur 155 · Nourriture, éducation · texte numérisé non relu

Nourriture, éducation

2. AstorgCj 'j.i^zofy/oi, dur, inser.sible. — Impiteux, sans piiié.

3. Peregim. Ce nom me semble assez singulier. D'autres manuscrits portent : le père Gim, Peregin, Pierre Gin.

4. Jean Morel, calviniste, mort prisonnier à la Conciergerie le 20 février iSSç. Il était fils du savant imprimeur de Paris, Guillaume Morel.

MÉMOIRES d'aUBIGNÉ 5

A sept ans et demi, il tiaduisit avec quelque aide de ses leçons le Crito de Platon, sur la promesse du père qu'il le feioit imprimer avec l'effigie enfantine au devant du livre. A huit ans et demi, le père mena son fils à Paris, et, en le passant par Amboise un jour de foire, il veit les testes de ses compagnonsd'Amboise ' encores recognoissables sur un bout de potence, et fut tellement esmeu qu'entre sept ou huit mille personnes il s'escria : « Ils ont descapité la France, les bourreaux. » Puis, le fils ayant picqué prés du père pour avoir veu à son visage une esmotion non accouslumée, il luy mit la main sur la teste en disant : « Mon enfant, il ne faut pas que ta teste soit espargnée après la mienne, pour venger ces chefs pleins d'honneur; si tu t'y espargnes, tu auras ma malédiction. ;; Encore que cette troupe fust de vingt chevaux, elle eut peine à se desmesler du peuple, qui s'esmeut à tels propos.

[i562] Cest escolier fut mis à Paris entre les mains de Matthieu Beroalde-, nepveu de Valable, ' tres-grand personnage. Au mesme temps, ou bien

1. La conspiration d'Amboise, à laquelle le pèie d'Aubigné avait pris part, eut lieu en mars i56o.

2. Mathieu Brouart, dit Beroalde, savant chronograpI)e, né à Saint-Denis vers i5 2o, mort à Genève le i5 juillet 1576. — Son oncle J. Gasteblé ou Valeblé, dit Valable, savant hébraïsant, mort en 1S47, professeur au Collège Royal.

b MEMOIRES D AUBIGNE

tost après, le prince de Condé ayant saisi Orléans», les persequutions redoublées, les massacres et brulements qui se faisoyent à Paris ayant contrainct, après de très-grands dangers, Beroalde de s'enfuir avec sa famille, il fascha bien à ce petit garçon de quitter un cabinet de livres couverts somptueusement et autres meubles, par la beauté desquels on luy avoit osté le regret du païs; si bien qu'estant auprès de Villeneufve Saint George, ses pensées tirèrent des larmes de ses yeux, et Beroalde le prenant par la main luy dict : « Mon ami, ne sentez vous point l'heur que ce vous est de pouvoir, dès l'aage où vous estes, perdre quelque chose pour celuy qui vous a tout donné ? »

De là, ceste troupe de quatre hommes, trois femmes et deux enfants, ayant recouvré une coche au Coudret, maison du président l'Estoile^, ils prirent leur chemin au travers du bourg de Courance 3, où le chevalier d'Achon4 qui avoit là cent chevaux légers les arresta prisonniers, et aussi tost les mit entre les mains d'un inquisiteur nommé Demo-

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