I. Robert Miron, mort en
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former plaincte en ceste ville {ce que vous pouvés sçavoir estre arrivé à plusieurs) qui ni ait receu bonne justice, aussi prompte et aussi severe qu'en lieu où il se fust peu arrester. Quand il plaira à ceux cjui se plaignent envoyer en ce lieu homme capable de se rendre partie avec les pièces nécessaires à cela, €t principalenunt sur le conimandement du roy et voslre recommandation, nous nous efforcerons de res~ pondre au renom de la bonne justice que ont acquis nos devanciers. Mais, en ce qui regarde le roy directement, nous nous y porterons avec la vigueur et rigueur qu'il faudra, pour monstrer à quel prix nous avons un nom si précieux. Nous la fsmes paroistre l'an passé, lorsque un gentilhomme retire en ceste ville nous fit plainte d'un raport qui vous avoit esté fait de mesnie ce que vous touchez; promptement furent délégués deux des seigneurs du conseil, anciens sindics, pour faire une soigneuse perquisition ou à la descharge ou à la condamnation de Vacqusé; ceste enqueste a duré six mois, durant lesquels le gentilhomme ha gardé pour prison les murs de la ville.
Durant ces choses Aubigné achetta et bastit la terre du Crest qui, en tout, luy revint à onze mille escus. Et est à marquer que estant par dessus le sinquiesme estage et ayant rompu d'un saut l'eschafaud, il s'empoigna d'une main à une pierre pas plus groce que le poing, assise fraîchement;
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ceste main, blessée de deux playes, porta tout le corps, et luy donna loisir de voir deux bois trespointus qui l'attendoyent pour l'empaller, si le secours des siens eut tardé : Dieu ne voullans en aucun temps ny lieu le laisser sans périls.
Ces attintes continuelles de la cour luy firent désirer son eslognement, pour n'estre point en charge à une ville à laquelle il avoit voué sa vie; mais les perpétuelles menaces et apparences d'un siège l'y retenoyent : tellement qu'il se servoit du Crest pour une absence que ses amys luy conseilloyent.
La troisiesme attacque fut rude, car, sans estre adjourné, encore moins ouy, on le fait condamner à avoir la teste tranchée, pour avoir revestu quelques bastions des pierres d'une esglise ruinée l'an i562 ; qui estoit le quatriesme arrest de mort pour crimes pareils qui luy ont tourné à gloire et à plaisir. Ce fut une invention pour le rendre odieux à Genève, et outre cela une praticque pour empescher un mariage qu'il avoit commancé à traicter.
C'estoit avec la vefve de monsieur Balbany, de la maison des Burlamasqui de Luques'. Ce mariage fut commencé par la voix du peuple, qui n'avoit rien à souhetter pour une personne gran-
I. Renée Burlamachi, veuve de César Balbani, morte en 1641. — Aubigné avait alors soixante et onze ans.
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dément aymée, tant pour la probité, charité et bienfaicts envers tous, que pour la race tres-noble et les biens et commodités à suffisance de ceste nouvelle vefve. Le jour devant qu'on pensoit passer le contract, le persécuté pensa ainsi : « Si j'ay affaire à un esprit et courage commun, et qui ne soit pas prest à exposer sa vie pour les causes qui font condamner la mienne, elle rompra sur cest effroy; mais, si j'ay rencontré une ame par dessus le commun , et telle qu'il la faust à un courage résolu de ne ployer point, voicy de quoy me la faire paroistre et me rendre bien heureux. » Sur ceste résolution, il porte luy mesme la nouvelle et eut pour responce : « Je suis bien heureuse d'avoir part avec vous à la querelle de Dieu ; ce que Dieu a conjoint, l'homme ne le séparera point. » Ainsi fut accompli le mariage le 24 d'avril 1623 sur lequel monsieur Foissia donna ces quatre vers :
Paris te dresse un vain tombeau, Genève, un certain hymenée; A Paris, lu meurs en tableau, Ici, vis au sein de Renée.
Quelque temps avant son mariage, il congédia et contenta quatre gentilshommes qu'il avoit jusques là entretenu, et se réduisit au ménage avec sa femme, quittant aux seigneurs l'honneur et commodité de leur logis; comme aussi ne voulant plus estre en butte pour les places du presche pour les-
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quelles des comtes allemants murmuioyent contre luy. La seigneurie luy donne le lieu le plus commode du temple, où il avoit veu autre fois un prince palatin et plusieurs grands capitaines françois.
Il est temps de dire qu'ayant trouvé aux fortifications de Saint-Victor deux cornes merveilleusement bien placées par monsieur de Betune ', mais faictes à la haste et à l'espargne, il les voulut affermir par les pièces qui s'i peuvent voir; et, pource que le flanc de courtine estoit trop eslogné pour les dedans des cornes, il désigna entre les deux une pièce de conjonction, sans la vouloir excecuter que à la nécessité, tant pource que elle se pouvoit faire à la veuë des ennemis, comme aussi pour espargner les possessions et l'inimitié qui naist de telles choses. Mais le possesseur puissant en la ville (comme fils d'un des meilleurs sindics qu'eust eu Genève) et luy, procureur gênerai, ayant parlé de son interest trop haut au gré des seigneurs, ils firent un arrest prompt, commandans à leur ingénieur de tracer dans deux heures la pièce de conjonction selon l'ordre qu'il en avoit, sur peine d'estre cassé. La seigneurie marcha pour y mettre promptement les ouvriers, et Aubigné accourut pour faire différer; mais ses prières et raisons furent emportées par la resolution. Et luy ne <