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I 54 MÉMOIRES d'aUBIGNÉ
conseiller d'Estat Bullioni vers Aubigné, quoyque leur dernière veuë qui avoit esté à Saumur les eut laissez en une grande querelle. C'estoit pour une entreprise pour la Francheconté, à l'exécution de laquelle on devoit donner à ce pauvre desterrado^ trois vieux regimens et à luy un nouveau, avec une compagnie de gendarmes, mais cela se sentit de la finguardise 3 qui parut au reste de ceste guerre-là.
Peu après passèrent par Genève le comte de Carlile, ambassadeur extraordinaire, et le chevalier [Thomas Rowe] revenant de Constantinople : desquels Aubigné ayant receu des honneurs outre mesure, et esté convié avec beaucoup d'ardeur de faire un tour en Engleterre, le désir luy en prit, ayant obtenu place au batteau que le comte faisoit faire à Strasbourg pour son retour.
De quoy il fut destourné par la mesme raison qui desja par deux fois luy avoit fait rompre ce projet : c'estoit pour la grande apparence qu'il y avoit d'un siège à Genève, laquelle cette année là estoit desporveuë de toutes choses à la fois. Or ce nom d'Engleterre, et ce qui se passa entre le comte de Carlile et luy, m'engage à un récit que j'eusse bien voulu supprimer.