Finguardise, fainéantise, de l'italien fingardigia
MÉMOIRES d'aUBIGNÉ i55
Comme Dieu ne veust pas que ses grâces soyent attachées à la chair ni au sang, Constant', fils aisné et unicque de Aubigné, fut nourri par son père avec tout le soin et despense qu'on eust peu employer au fils d'un prince, institué ^ par les plus excellents précepteurs qui fussent en France, jusques à estre choisis et soustrais des meilleures maisons, en doublant les gages. Ce misérable, premièrement desbauché à Sedan par les hivrongneries et les jeux, et puis s'estant destracqué des lettres, s'acheva de perdre dans les jeux dans la Hollande. Peu de temps après, en abcence de son père, se maria à la Rochelle à une malheureuse femme que despuis il a tuée. Le père, le voulant engager hors de la cour, luy fit donner et luy dressa à ses despens un régiment à la guerre du prince de Condé; mais, rien ne pouvant satisfaire à l'insolence d'un esprit perdu, il se jetta à la cour, où il perdit au jeu vingt fois ce qu'il avoit vaillant; et à cela ne trouva remède que de renoncer sa religion. Il fut très bien receu, pour estre un esprit sublime sur tous ceux de son siècle. Le père, adverti de sa grande frequantation avec les Jesuistes, luy deffendit par lettres telles compagnies; il respondit
1. Constant, baron de Surineau, lils aine d'Aubigné et de Suzanne de Lezay, né après 1584, mort à la Martinique vers 1645. Il fut le père de M'"*^ de Maintenon.