I. L'édition de 1626 porte : « des ongles
bruits qui couroient à la cour de lui, comme voulant aller trouver Monsieur; il ne demandoit que la moindre parole du roi, ou de retourner à la cour pour esteindre ces bruits, ou de continuer sa chasse. Cettui-là depesché, il fit semblant de se loger et de vouloir ouyr des commediens passans par là, que les premiers venus avoient fait appres- (er. Après quelque temps escoulé, il appelle Spalungue, lui dit que le roi devoit aller à Beauvois- Nangi, de quoi il ne s'estoit pas souvenu en depeschant Sainct-Martin, qu'il allast donc à Charanton, ou, s'il ne trouvoit le roi passé, il lui porteroit confirmation à Paiis du premier message. Cela servit beaucoup, car Sainct-Martin trouva l'allarme au camp, qu'on alloit despescher aux compagnies pour battre tous les chemins, et tout fut arresté à la venue du premier, qui fut au lever du roi. L'autre, qui laissa le grand chemin, s'esgara vers Sainct-Maur, et ne vint qu'à l'aprésdisnée. A la vérité, quand la roine vid le second espion envolé, elle ne douta plus de la fraude. Mais les adverlissements ne vindrent que le jour couchant, et vous verrez où estoit le roi de Navarre à ce poinct-là : car, dés le soir, ayant jeté les yeux sur ce qui lui estoit plus fidèle, il emmena le comte de Grammont, Caumont, fils de La Valletle et depuis duc d'Espernon,Chalandrai, le Mont de Maras et Poudins, ou pour les engager à son
parti ou pour diminuer les avis de la cour. Il y eut de la peine à démesler les forests en une nuict tres-obscure et fort glaceuse : le secours de Frontenac lui fut en cela fidèle et bien à propos.
Il passe donc l'eau au poinct du jour, à une lieue de Poissi, perce un grand pais de Beausse tout semé de chevaux-légers, repaist deux heures à Chasteauneuf, là prend son mareschal-des-logis l'Espine pour guide, à l'heure que les compagnies pouvoient estre averties, et le lendemain il entra d'assez bonne heure dans Alençon. Au matin d'après, son médecin Gaillard lui offre son enfant, afin qu'il fust de sa main présenté au baptesme, ce qu'il accepta, et cette nouveauté le fit recevoir sans nulle autre façon ni cérémonie. On chanta ce jour-là au presche le psaume qui commence : Seigneur^ le Koy s'esjouïra d'avoir eu délivrance. Ce prince s'enquit si on avoit pris ce pseaume exprés pour sa bien-venue; aiant seu que non, et qu'il estoit à son ordre, il se souvint que un des siens qui avoit passé seul avec lui au batteau prés Poissi lui avoit fait chanter ce mesme pseaume, comme ils promenoient chacun son cheval par la bride en attendant les compagnons. Dedans trois jours arrivèrent à Alençon deux cent cinquante gentilshommes, et enir'autres Fervaques, par l'accident que je vous vas conter.
Ce pendant que les deux escuyers (à Paris) pre-
paroient leurs chevaux, comme je vous ai dit, Grillon' passa devant eux au trot, et un d'eux, l'aiant suivi, le vid arresté devant le Croissant, et appellant Fervaques par la fenestre. C'ettoit pour lui dire (et non sans jurer) : « Escoute : dés que tu as esté sorti du cabinet, le roi s'est jette dans le lict tout en feu, et nous dit : « Voiez-vous ce traistre ? « il a mis la fuitte en la teste de mon beau-frere « et mille meschans desseins avec cela, et puis me V l'est venu descouvrir pour trahir tous les deux « ensemble ; je ne lui ferai pas trencher la teste, « mais il sera pendu. » Cela certifié à la sausse des reniemens. « A Dieu, dit-il, songe à toi; pour moi, je ne veux pas qu'on me trouve ici; ne me ruine pas pour t'avoir fait un trait d'ami. » Ce fui à Fervaques à s'habiller et à se cacher chez Du Tillet, qui le fit sortir par la porte de Bussi ; il vint d'uue traitte chez son lieutenant De-Maidavid, d'où il escrivit à la roine que le roi l'aiant voulu payer de mort pour recompense de sa fidélité, et ne voulant pas pour cela quitter son service, qu'il avoit pensé ne pouvoir mieux faire que de se ranger prés du fugitif, où il promettoit de faire plus de service que les deux meilleurs régiments entretenus pour Sa Majesté. Ariivé à Alençon (quoi que le gentil-homme (Aubigné) qui