‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 128 sur 155 · L'édition de 1626 ajoute : " d'Anglouse · texte numérisé non relu

L'édition de 1626 ajoute : " d'Anglouse

eue, on faisoit naistie un affaire pour lui rompre cette chasse, où il n'alla de tous les conjurez qu'Armagnac.

Aubignéalla le lendemain au soir au cabinet du roi [pour prendre congé], où il trouva entr'autres Fervaques fort attaché à l'oreille du roi, et le roi attentif à son discours, tellement qu'on avoit esté plus d'une heure et demie à lui gratter les pieds sans qu'il pensast à se coucher. D'ailleurs l'attention de son esprit sauva la vie au preneur de congé : car, encores que le roi eust la face tournée droit à la porte, cela n'empescha qu'il ne trouvast moyen de la regagner, en se couvrant de l'huissier, et feignant de se vouloir promener à la lune, où il guetta Fervaques jusques à deux heures après mi-nuict. Au sortir du chasteau , il lui empoigne le bras en sursaut, disant : « Qu'avez-vous fait, misérable ? » Cet homme ainsi surpris ne put desguiser, et, après avoir conté les bienfaicts qu'il recevoit, qu'un autre prince ne pouvoit remplacer : « Allez, dit-il, sauvez vostre maistre. »

Pour à quoi parvenir il fallut courir à l'escurie, où depuis trois semaines, par prévoyance, on avoit accoustumé de picquer des chevaux en une carrière couverte. Comme cela se pratiquoit, les escuiers voient passer le prevost des marchands que le roi avoit envoie quérir pour ne laisser rien eschapper aux portes de la ville. Mais avant l'ordre mis les Mémoires d'Aubigné. 2 5

chevaux sortirent. De là Roquelaure fut averti pour prendre la poste et le chemin de Senlis, ce qu'il ne se fit pas dire deux fois. Puis, aiant empoigné les escu yers auprès de Luzerche, il sceut de l'un d'eux que tout estoit descouvert. Partant il s'avança porter au roi de Navarre cette nouvelle et la nécessité qui le pressoit de partir, en attendant celui qui en savoit plus de particularitez.

Ce prince donc achevoit sa chasse, et avoit couru dès le soleil levant, quand il trouva ses chevaux au faubourg de Senlis qui avoient repeu ; à l'abord il demanda à son avertisseur : « Qu'y a-t-il ? » La response fut : « Sire, le roi sait tout par Fervaques, qui me l'a confessé. Le chemin de la mort et de la honte, c'est Paris; ceux de la vie et de la gloire sont par tout ailleurs, et pour les lieux les plus commodes Sedan et Alençon. Il est temps de sortir des ombres' de vos geôliers pour vous jetter dans le sein de vos vrais amis et bons serviteurs. — Il n'en faut point tant » (respond ce princcy, sans plus long discours. Il se deffioit de Sainct-Martin et de Spalungue, que deux des siens vouloient tuer; il aima mieux s'en servir à retarder les poursuites du roi. Il appela Sainct- Martin le premier, lui enjoignant d'aller dire comment Roquelaure l'estoit venu advertir de certains

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