‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 133 sur 155 · I. Montaigu. /f(s(. univ., i. II, p. 344 et suiv., I. IV, v · texte numérisé non relu

I. Montaigu. /f(s(. univ., i. II, p. 344 et suiv., I. IV, v

receus à Paris », et expédia Aubigné près de son beau-frère pour s'en plaindre; mission dangereuse que l'auteur raconte ainsi :

La roine de Navarre s'en estant retournée à la cour avec la roine sa mère, il advint que cet esprit impatient ne demeura gueres sans offenser le roi son frère, et ses mignons, et faire parti dans la cour avec ceux qui diffamoient ce prince, en lui imputant de tres-salles voluptez ausquelies mesmes il sembloit que les dames eussent intherest. Là dessus cette princesse receut quelques aff'ronts, desquels le dernier fut que Salem, capitaine des gardes, la fit démasquer à la porte Sainct-Jacques comme elle partoit de Paris pour s'en retourner en Gascongne trouver le roi son mari, avec lequel pourtant elle estoit en très-mauvais mesnage'. Le roi de Navarre, prenant avis de son conseil en cet affaire, trouva, par consentement de tous, qu'il devoit s'en ressentir, et pour cet effet envoier sommer le roi de lui faire une justice notable, avec une clause qui sentist le deffî ou au moins séparation d'amitié en cas de refus. Tous conseillèrent cela, et tous refusèrent l'exécution, horsmis Aubigné, qui, après avoir remonstré comment il estoit accusé d'avoir sauvé son maistre et de quelques libres escrits et propos,

I. Voy. sur cette affaire le Journal -de L'Estoile (8 août i583), et les Lettres de Busbec, dans ses œuvres, 1748, t. III, p. 2o5, 211, 23o.

APPENDICE 2o5

et que ce qui seroit supportable en un autre seroit mortel par sa bouche, toutesfois voiant les passions de ce prince offensé, il s'abandonna à faire le voiage ; trouve le roi à Sainct-Germain, qui, aiant donné au messager touttes apparences de terreur, l'ouït haranguer sur les interests que portoient les injures des princes, sur ce que cet acte d'infamie avoit esté joué en la plus splendide compagnie et sur i'eschaffaut plus relevé de la chrestienté. Je n'ose estendre davantage ce propos, de crainte que ce qui louche l'autheur se trouve trop souvent en campagne ; tant y a que, non sur le refus de justice, mais sur l'esloignement qui sentoit le refus, le messager remit entre les mains du roi l'honneur de son alliance et celui de son amitié. La response du roi fut : « Retournez trouver le roi vostre maistre, puisque vous l'ozez appeler ainsi, et lui dittes que, s'il prend ce chemin, je lui mettrai un fardeau sur les espaules qui feroit ploier celles du Grand-Seigneur; allez lui dire cela et vous en allez; il lui faut de telles gens que vous. — Ouy, Sire, dit le répliquant; il a esté nourri et a creu €n honneur, sous le fardeau duquel vous le menacez. En lui faisant justice, il hommagera sous Vostre Majesté sa vie, ses biens et les personnes qui lui sont acquises; mais son honneur. Sire, il ne l'asservira ni à vous, ni à prince vivant, tant qu'il aura un pied d'espée dans le poing. »

2o6 APPENDICE

Le roi, à ces paroles, mit la main sur un poignard qu'il avoist au costé, et puis s'esloigna vers les deux frères de La Valette, qui en avoyent aussi, et ainsi sortit du cabinet.

La roine-mere, qui monloit en carrosse pour aller trouver Monsieur, redescend pour parler à l'homme de son gendre, à qui elle dit qu'on feroit mourir de ces coquins et maraux qui avoient offencé sa fille. L'autre respondit qu'on ne sacrifioit point de pourceaux à Diane, et qu'il falloit des testes plus nobles pour expiation. Il y eut quelques autres traits qui plairoient à quelque lecteur favorable, mais les raisons aleguées ri-dessus les feront supprimer, pour dire seulement que le roi, voulant punir cette témérité, comme il l'appeloit, ne voulut pas que ce fust par voie ouverte, mais envoia Sacremore et un des Biragues, avec quelques gensd'armes de la compagnie du duc de Savoie, pour le guetter. Grillon et Antraguet l'assistèrent si bien en ce péril qu'ils lui firent gagner Loyre, et de là le Poictou. (Hist. univers., t. Il, p. 414.)

CAPTIVITE D AUBIGNE l586

Aubigné élait gouverneur d'Olëron, où il avait à se défendre contre les attaques des catholiques, lorsque, raconte-t-il dans son Histoire :

Sainct-Luc, aiant seu que trois cents hommes d'Oleron estoient passez vers Sainct-Jean pour une entreprise surXainctes, trouva nioien de faire couler prés de quatre cents hommes par l'intelligence des habitants dedans les caves et tonnelles des jardins du bourg du chasteau, et puis donna une amorce de quarante ou cinquante au village de Ors, où peu de jours auparavant soixante des siens avoient esté deffaits par la garnison. Il arriva qu'un des bateaux qui avoient passé la troupe fut assablé et ne put estre ramené de là le courant comme les autres.

Aubigné, mesurant ce qui pouvoit estre descendu en l'isle, selon le port du vaisseau, mordit à l'appast, et, de quatre-vingts hommes qui lui restoient, n'en laissa que sept dans le fort, fit donner par

La Limaille avec trente en Ors, et, lui attendant à Sainct-Nicolas le reste pour le mener, vid quant et quand deux grosses troupes entre lui et son fort, lequel voulant conserver ou mourir, il donna lui sixiesme à la troupe qui estoit en la rue; là il se fit faire place, en combattant d'un espieu, abbatit le capitaine de Chapitet, n'agueres son prisonnier, et puis, esgarant le reste, se desmesla et gagna le bord de la mer ; mais il y trouva une troupe encor plus gaillarde. Il avoit dit à ses soldats en partant : a Que nul ne tire que je ne l'aye dit. » Mais, la presse où il se trouva l'ayant empesché de parler aux siens, les cinq y tirèrent et se sauvèrent, ne lui restant qu'un nommé Pariolo. Il lui dit : K Tu n'as pas tiré? » Le soldat respond : « Vous ne me l'avez commandé. » Il répliqua : « Donne à bout touchant à qui je donnerai. » Là-dessus il va contraste avec le capitaine La Fleur, qui lui perça la chemise de son hallebarde, et Aubigné lui coupa la moitié de la main de son espieu. Pariolo appuya son mousquet contre la cuisse de La Fleur, le tire et lui passe le ventre, et puis se jette en la mer. Son capitaine, ayant abbatu un sergent prés de La Fieur, passoit par-dessus lui, mais l'autre en tombant le saisit et le fit cheoir. Son desespoir donna envie aux autres de le sauver ; et ainsi il fut prisonnier de Sainct-Luc, qui l'asseura de sa vie, pourveu qu'il n'eust point lettres

du roi et de la roine pour l'envoier ailleurs. Le maistre, aiant fait amitié avec son prisonnier, lui donna congé sur sa foi d'aller à La Rochelle, à la charge qu'il seroit le dimanche prochain à cinq heures du soir de retour en Broiiage, si mort ou prison ne l'empeschoit. Le dimanche matin, Sainct- Luc le fit avertir par Luché qu'il ne retournast pas à l'heure jurée, pource que les vaisseaux de guerre de Bourdeaux, par commandement du roi, l'estoient venus quérir pour l'emmener mourir, avec lettres à Sainct-Luc pour le menacer de ruine lui et les siens s'il manquoit. Le captif n'aiant point sa foi relaschée de la main où il avoit touché, et ses amis le voulant mettre prisonnier pour subtiliser sur la promesse, il se desroba de La Rochelle, comme il eust fait de Broùage, pour aller à la mort. En arrivant, il vid les galères prestes et fut receu de Sainct-Luc avec pleurs. Mais, la nuict mesmes qu'il faloit s'embarquer, ses gens prirent Guitaux, lieutenant de roi aux isles, et, aians mandé qu'il couroit fortune en toutes choses comme leur chef, Sainct-Luc retint son prisonnier, renvoia les vaisseaux, se montrant en secret joieux de l'accident. [Hist. univ., t. III, p. 21.)

Mémoires d'Aubigné. 27

LETTRE DAUBIGNE A PONTCHARTRAIN

(^MéinolreSj p. 1 3 5. j

Le BuiUlin de la Société de l'Iiistoire du protestantisme a publié ( n" de janvier i853, p. 386), d'après l'original appartenant à M. C. Read, la lettre suivante d'Aubigné à Pontchartrain, pour annoncer à celui-ci la vente des châteaux de Maillezais et de Doignon :

A M. de Ponchartrain

Conseiller d'État et Secrétaire des commandements de Sa Majesté.

Monsieur,

Le respect des affaires infinies que vous avez sur les bras m'a einpesché de vous importuner encores que d'une lettre, mais, à l'occasion qui se présente, ma discrétion passeroit en négligence si je ne vous faisois sçavoir comment, ayant depuis trois ans reserché importunement l'honneur d'achever ma vieillesse sans avoir autre maître que mon roy, n'en ayant jamais eu que Henry le Grand, j'ay receu aux mesmes trois années plu-

sieuis promesses de la faveur désirée par M. de Monlholon, aux parolles duquel je me suis attaché selon qu'il avoit pieu au roy me commander par despesches de votre main ; de mesme lieu j'ay eu promesse qu'on me restitueroil la pension qui me fut donnée il y a quarante-huit ans pour des services qui n'ont esté que trop cogneus; à cela par mes mains on a adjouxté, de la part du roy directement, un trailté pour la vendition de ma maison du Donjon, et démission du gouvernement de Maillezais; pour cela j'ay accepté les conditions offertes, moins utilles que celles qui m'estoient présentées d'ailleurs, ne changeant un seul mot à ce qui portoit l'authorité du roy. Tout ce traitté et promesses remis à plusieurs fois ont enfin esté abandonnez tout à plat, et lors, après en avoir sollicité l'accomplissement, mesmement quand j'ay veu les troubles, afin que l'on ne dist pas qu'il m'eussent fait changer de ton, je me suis despouillé tant de ma charge que de ma maison entre les mains de Monseigneur le duc de Rohan, ne pouvant sercher aucun plus fidelle et passionné au service du roy; et ce qui m'a pressé à cela, outre mes nécessités, c'a esté un offre duquel l'excedz m'a faict soubçonner la main d'où il venoit pour n'estre pas fidelle au service du roy, et par-là, en donnant du pied sur une somme notable, j'ay voullu monstrer par exemple

qu'un bon François, quoy que deschiré, despouillé et traitté comme je suis, n'est pas moins obligé à toute fidellité vers son Roy. J'ay creu vous devoir rendre compte de ces choses le plus briefvement et sincèrement que j'ay peu, tant pour en respondre oii vous adviserez que pour l'estime en laquelle je doy désirer que vous teniez

Votre tres-humble et tres-fidelle serviteur,

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