Voy. Préface, p. xiii
bien pris en ce lieu-ci, où les personnes pensent trois fois une chose avant que de la mettre en effet une. J'espère que le bruit sera autre: mais ce n'a pas été sans peine. 11 a été travaillé d'une ties-mauvaise colique avec des tenesmes fort fâcheuses, qui depuis ce matin commencent à lui donner un peu de relâche. Nous sommes en soupçon de son eresipele, car la cuisse commence à lui douloir... J'ai écrit ceci ce matin : et cependant l'eresipele s'est formée, etc..
Au même.
Il faut que je vous dise, avec une main tremblante et le cœur plein d'angoisse et d'amertume, que Dieu a retiré à soi notre bon seigneur et votre bon et affectionné père, et à moi aussi père et mari si cher et bien-aimé que je m'estime bien heureuse de l'avoir servi, et malheureuse de ne le servir plus. Helas ! tout d'un coup il m'a été ravi ; et il me semble impossible de croire que ce coup me soit arrivé. Je ne le verrai donc plus ! Je n'aurai donc plus la consolation de vous voir ici avec votre chère moitié, qui eût vu la sainte union de notre famille désolée ! Mon bon seigneur fit cet été son testament. A cette heure il a ajouté quelque chose et l'a fait clorre par le notaire. Il faut que je vous
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dise, Monsieur, que j'ai fait une double perte. Dieu a retiré mon frère le mesme jour qu'il disposa de mon bon seigneur, qui tomba malade le dimanche à quatre heures du matin 21 d'avril, selon le stile nouveau ; il rendit l'esprit à six heures le jeudi matin, 9 mai, jour de l'Ascension ; et mon frère mourut de langueur à trois heures du soir. Voilà comme le Seigneur appesantit sa main sur moi... Je supplie madame ma fille de modérer sa juste douleur, etc.
Au même.
Genève, 2 5 mai i63o.
Je crois, Monsieur, que vous vous mettrez en chemin pour venir à nous ; car je crois que votre présence est nécessaire. J'ai écrit à la bonne princesse ' sur la vertu des bains de Bade en Souïsse. Elle répond touchant ce que feu Monsieur lui avoit écrit de son petit Arpinas, que la description lui en plaisoit. Cest un tres-joli lieu. S'il s'en falloit défaire, il ne sauroit aller en plus dignes mains.
. Madame de Rolia:^.
Au me me.
Crest, 1 6 juillet i63o.
Je n'oublierai jamais celui de qui j'ai eu l'honneur d'être si clierement aimée, et à qui je ne puis penser que je ne jette un ruisseau de larmes. L'heure de son repos étoit venue. Il s'alloit mettre dans un lab}4inthe de fâcheuses affaires, que je n'ai sçu qu'après sa mort. Je vous en dirai beaucoup de particularités qui ne se peuvent écrire. Helas ! Monsieur, je suis triste jusqu'à la mort qu'il n'ait pas disposé de son bien à votre contentement. Mais, quand il avoit résolu quelque chose, il étoit si absolu qu'on ne lui eût osé contredire. Sa volonté eût é:é de vendre la terre de Crest... Il y a des papiers qui sont sous la main du premier syndic... On m'a mandé de Genève la prison de M. de Caudale, pris par les gens de l'empereur, qui ont encore battu les Vénitiens. Feu notre bon Monsieur disoit : Si on se bat en Italie, c'est le bien de ce pauvre pays; mais gare le retour! Il faut croire que la garde d'Israël sera encore pour nous.
Au même.
Elle lui envoie la copie de l'inventaire des effets de soii mari...
Genève, 8 août i63o.
Il y a, dit-elle, des Histoires i qui sont à Baie» de quoi nous ne pouvons rien faire à cette heure, à cause de la peste. M. de la Fosse ^ en étoit chargé par le testament... Je lui disois souvent que l'inégalité pourroit causer quelque mécontentement ; il me disoit : « Changeons de propos; j'aime tous mes enfans, mais il faut que je pense aux plus pauvres. » Je fus bien étonnée quand j'appris qu'il lui restoit si peu d'argent. Les députés de la seigneurie vinrent visiter ses papiers, où ils trouvèrent un brouillon de la vie de feu Monsieur, là où ils ont effacé, comme vous verrez par la feuille que je vous envoie, ce qui parle des affaires de La Rochelle. C'est ce qu'ils tiennent être dangereux, et qui pourroit porter préjudice à quelques particuliers. Ils m'ont fait commandement que je vous envoie ladite feuille, et vous prier et M. d'Ade