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de gardes, estoient geôliers. Je ne descii point ces choses en apprentif, mais comme ayant esté choisi de Dieu pour instrument de la liberté de mon prince, qui avoit, un temps, le cœur grillé comme sa chambre, jusques à estre contraint, par l'infidélité d'un sien compagnon en fortune et par les confesseurs, de déceler à la roine les premiers qui lui dessillèrent les yeux et lui osèrent parler d'eschapper. Mais l'exemple des morts pour cette cause n'effraya point les courages qui avoient voué leurs vies au salut de leur maistre. Bien-heureux le prince à qui Dieu donnera de ces cœurs vrayement François! Nous garderons à vous faire voir ces choses plus au long en leur place. S'il se void quelque condition semblable à la succession d'Henri le Grand, le sceau du respect nous ferme la bouche; et l'amour, nous ouvrant les yeux, nous fait voir comment ces courages royaux, par une vigueur et nature outre le commun, brisent, quand Dieu le permet, tous ces obstacles, lorsque le sang s'accorde avec le sens.
Les romans et quelques histoires nous ont dépeint des princes nourris par des bergers, et quelques uns par les bestes; et ces vertus opprimées n'ont pas failli d'esdater en leur temps : ceux-là ont dompté les monstres, en nous apprenant que des berceaux qui donnent des jalousies parsèment de trophées leur tombeau. Il falloit donc de la ge-
iieiosité pour desmesler les ruses du monde; et puis que le Ciel s'employast à vaincre les malices des dœmons, armez d'amour et de beautés, qui l'attaquoient par la partie la plus tendre, et dont se deulent' le plus souvent les courages les plus eslevez. Il a fallu mesmes que ce prince se soit caché dans ses vices, ou au moins dans une vie enfantine (dure feinte aux grands courages et aux grands esprits), pour de là eschapper aux grandes choses, avec un cœur reprenant sa force pour les entreprendre, un esprit reprenant sa vigueur pour les diriger, et un corps r'afermi à supporter les labeurs. Avant la couronne de France escheu, il a eu quatre personnes à soustenir : celle de Henri , celle du roi de Navarre, puis après du successeur de la couronne, et enfin du protecteur des Eglises reformées. Pour la première, il lui a fallu la discrétion de confier Henri à qui aimoit Henri, c'està-dire sa personne; mais à ceux-là refuser bien souvent les clioses deuës à ses subjects, pour ne violer ce qu'ils appellent leur for. Mais il y avoit bien plus de peine à concilier les deux autres qualitez, car ceux qui suivoient le successeur blessoient les nécessitez présentes pour les espérances esloignées, vouloient respecter et mesnager ce qui accabloit le parti; les derniers au contraire, en