‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 36 sur 155 · I. Le couvent de la Culture Sainte-Catheiine · texte numérisé non relu

I. Le couvent de la Culture Sainte-Catheiine

36 MÉMOIRES d'aUBIGNÉ

A ce point, Fervacques lire l'espée et le poignard, et donne la teste baissée vers Aubigné, en reniant Dieu, et disant : « Puisque tu te deffies de moy, nous mourrons tous deux. — Ce sera vous tout seul, dit l'autre, si je puis. » Et, en reculant trois ou quatre pas, se met en garde, laquelle Fervacques n'enfonça point, mais, jettant son espée et son poignard à terre, se mit à genoux, et, s'escriant qu'il estoit hors du sens, pria sa partie de le tuer; de quoy refusé ils se séparèrent. Mais, Aubigné ayant esté si jeune de se reconcilier, de là à quelque temps il l'empoisonna dans un potage, qui luy fit faire quatre vingts selles en un jour, tomber les cheveux et peler la peau, et dequoy il ne sceut l'auteur que longtemps après par un médecin, nommé Stellatus, qui l'avoit traicté en cest accident, et luy avoit conté comment Fervacques l'avoit menacé de coups de poignard s'il disoit que ce fust poison. Despuis il print une humeur à cest homme, refusé de gouvernement de Normandie, de se donner au roy de Navarre, n'ayant oublié aucunes flaieries pour se reconcilier à Aubigné, lequel lors possedoit l'esprit de ce prince entièrement, et de là vint la délibération que vous verrez despeinte au 2^ tome de ['Histoire, livre II, chap. 18 '.

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