‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 47 sur 155 · Voy. Hist, univ., t. II, p. 829 et suiv · texte numérisé non relu

Voy. Hist, univ., t. II, p. 829 et suiv

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sentiment de son absence avoient apporté du regret au roy; quelques infidélités de ses ennemis descouvertes l'augmentèrent : à quoy se joignit la jalousie, et la crainte que print ce prince de voir au duc Casimir la protection des esglises; et puis plusieurs bons contes, qu'à tous coups ce prince oyoit, ou faisoit luy-mesme. Tout cela réduisit le roy de Navarre à le rapeler par quatres lettres, qui toutes furent jetées au feu en les recevant; mais le mutiné ayant sceu que son maistre, adverti du fait de Limoges et le tenant pour prisonnier, avoit faict mettre à part des bagues de sa femme pour le délivrer, ne s'esmeut point pour tout cela, mais oui bien quand il fut adverti que le roy, le tenant pour avoir eu la teste tranchée, en monstra un grand deuil et en perdit quelques repas.

La Boulaye devisant un jour avec la Magdelaine' touchant leur querelle, et cet homme ayant confessé comme on les avoit voulu commettre sans raison, la Boulaye encor fort jeune le picqua, et se convia à faire venir son ami pour le mettre aux mains. Aubigné, en estant adverti par luy, voulut faire ceste entrée en la cour de Navarre. Il escrivit à la Boulaye qu'il donnast à souper et coucher à la Magdelaine, afin qu'ils peussent partir

I. François de La Magdelaine, marquis de Ragny, mort chevalier du Saint-Esprit en 1626.

ensemble au matin, et se trouver à moitié chemin de Barbaste et Nerac avec l'espée et le poignard, en chemise. Pour cest effect, il vint en poste de Mer, prés de Orléans, à Castel-Jaloux, et de là despescha un lacquais Cjui luy rapporta lettres à Barbaste, par lesquelles la Boulaye l'assuroit que le marché estoit bouclé, et que la Magdelaine coucheroit avec luy pour ne manquer à l'assignation. L'autre, ayant prié Dieu et bien desjuné, se trouve à la place, où, ayant esté demie heure, il vit venir deux chevaux. La Boulaye, qui galopoit devant, luy cria de loing : « Miracle et point de guerre », pource que son homme estoit tombé à la minuit d'un catterre, perclus de tous ses membres. « Voila, dit le compagnon, l'effect de mes prières, n Et, de fait, huit ans après, Aubigné, trouvant la Magdelaine à Montauban avec une espée et cheminant fort roide, luy envoya Frontenac sçavoir s'il estoit assez bien guéri pour tirer des armes, dont il faisoit grande profession : ayant respondu que non, Frontenac vint quérir son homme, qui l'attendoit hors la ville; ce desseing contre les conseils de Reniers et Favast*, mais ce qui le mouvoit à. cest excès, c'estoit la grande réputation de son ennemi, qui avoit tué

1. Latour-Reinier ou Renier. — Jean de Fabas, baron d'Aurose,

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huit gentilshommes sans perdre une goutte de sang.

La jeune noblesse de la cour, qui avoit fait une partie dans elle, et s'apeloit Dœmogorgonisks\ comme ils avoient apelé le chef de leur folie Demogorgon, vint au-devant du reconcilié; et encore faut-il conter commant un valet de chambre nommé de Cour, homme tres-plaisant et tres-vaillant, ayant esté donné au roy par Aubigné, ne peut jamais estre retenu par les prières de son prince, ni par celles de Aubigné mesmes, qu'il ne le suivist en son adversité. Mais, ceste paix estant faite, il estoit retourné huit jours auparavant; le roy luy demanda d'où il venoit, il respondit qu'ouy; et ayant respondu le mesme : « Ouy », hors de propos à toutes questions : « C'est enfin, dit-il, que ce qui oste les gens de bien d'auprès des roys est de n'avoir pas tousjours dit ouy, »

[i58o] Aubigny receu du roy avec caresses et promesses expiatoires, la royne le receut en grande familiarité, espérant de luy ce qu'elle n'i trouvoit pas; et dans peu de temps, le roy de Navarre, voulant résoudre une guerre, sur le terme de la reddition des places, n'appela à ceste délibération que le viconte de Turaine ^, Favas, Con-

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