‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 57 sur 155 · I. Riotte, querelle, démêlé · texte numérisé non relu

I. Riotte, querelle, démêlé

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il sçavoit qu'aucun ne repartit; il sçavoit aussi que telles affaires l'ont contraint d'envoyer un desmentir au sieur de Fervacques, et, tout cela estant venu aux cognoissances de madame d'Ampiere, de la duchesse de Rets, de madame d'Estissac, de la comtesse de la Rochefocaud*, et autres parents de telle estofîe, il desiroit monstrer qu'il n'i avoit point procédé légèrement. Il seroit besoing de faire un compromis, par lequel les parents s'obligeroyent de signer le contract, ayant esté mis par devers eux quelques tiltres de noblesse et d'antiquité; avec promesse aussi, cela n'estant point, de s'en despartir. Je sçay très-bien, dit Tifardiere, qu'il ne sauroit fournir de telles pièces. »

Bougoin, embrassé et remercié le messager, luy tardoit bien qu'il n'eust excecuté, selon son advis, le compromis fait. Aubigné qui ne s'estoit jamais soucié ni de biens, ni de maison, ni de titres, les avoit recouvrez avec quelques meubles du chasteau d'Archeac, où ils avoyent esté mis en garde; et, par là ayant appris son origine, il avoit dressé ceste fourbe, et, pour l'amener à poinct, il choisit le sieur de Corniou, parent de sa maistresse, pour luy

I . Jeanne de Vivonne, femme de Claude de Clermont, seigneur de Dampierre. — Anne de Daillon du Lude , femme de Louis, baron d'Estissac. — CliarloUe de Roye, veuve de François 111 de La Rochefoucauld, tué à la Saint- Barthélémy, ou Claude d'Estissac, femme de François IV,

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mettre en main son trésor, protestant, si quelqun des parents en aage de combat s'en mesloit, qu'il auroit affaire à luy. S'estants donc assemblés les sieurs Des Marets, de Bougoin, la Taillée et Corniou, ils trouvèrent une curieuse recerche faite sur un procès et querelle qu'avoit eu le sieur d'Aubigné père avec un gentil'homme nommé Ardene, pour s'estre battus aux honneurs d'une procession, que il estoit de la maison d'Aubigné en Anjou; et pour ce que ledit Ardene mit sur les bras à sa partie les francs fiefs et les gens du roy, le procès ayant cousté plus de mille escus et duré trois ans, il fallut produire les contracts de mariage et les partages de six lignées, le tout descendant d'un Savari d'Aubigné, commandant pour le roy d'Angleterre au chasteau de Chinon, jusques à faire visiter une chapelle bastie par luy, bordée des armes de la maison qui porte : de gueules à un lion d'argent rampant, armé et lanipassé d'or. Ceux de la Jousseliniere, descendus de mesme tige, ont depuis hermine leur lion. Ces choses estant ainsi trouvées, et Aubigné ayant exigé promesse que ces vieillards escriroyent et signeroient leur jugement, afin qu'il eust à qui se prendre, Aubigné, à son retour de la cour de Navarre, selon son compromis, espouza sa maistresse.

Trois sepmaines aprez, estant de retour à Pau, il trouve son maistre en une merveilleuse colère

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pour les vilains affronts que sa femme avoit receus à Paris. Vous lises le dangereux voyage qu'il entreprit' à son regret au diap. 3^ du 5^ livre, où il n'a pas voulu mettre en public une estrange resolution qu'il avoit prise de tuer à gauche et à droite dans le cabinet, si on l'eust voulu pognarder; et aussi que passant à Poitiers, et ayant fait copier et vidimer sa commission, il avoit envoyé en garde à sa femme l'original dans une boette cachettée avec deffence de l'ouvrir, ce que, contre l'ordinaire de son sexe, elle observa. Encor diray-je que Sainct Gelais, qui estoit à Pau, receut une telle melencolie du voyage de son ami que les cheveux et la barbe lui creurent outre mesure, dont le roy de Navarre, voyant arriver son messager au jardin de Pau, dit pour première parolle à un gentil'homme : «Allez dire à Sainct Gelais qu'il se fasse bretauder-.» Le duc d'Espernon, quelque année après, travailla puissamment à cause de ses affaires pour réconcilier les deux rois; et les papistes qui estoyent prés du roy de Navarre dressèrent plusieurs artifices pour luy donner un caprice d'aller à la cour; à quoy Segur3, chef du conseil, s'opposa vigoureusement, et tousjours par l'industrie d'Aubigné.

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