‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 58 sur 155 · Jacques Segur de Pardaillan · texte numérisé non relu

Jacques Segur de Pardaillan

yo MEMOIRES D AUBIGNE

Les entrepreneurs, cognoissants le naturel de Segur, trouvèrent moyen de luy faire faire un voyage en cour; et là luy préparèrent tant de douceurs qu'ils emportèrent cest esprit extrême à tout, si bien qu'il promit d'y mener son maistre, et à son retour n''avoit autre langage, sinon que le roy estoit un ange, et les ministres des diables. Luy donc s'estant rallié de la contesse de Guiche i, laquelle il diffamoit peu auparavant, voilà la cour de Navarre fort estonnée du voyage que leur maistre meditoit. Voici le remède qu'i apporta Aubigné, qui sur tout cognoissoit bien Segur; c'est qu'Hun jour, comme il passoit par la sale, où la jeunesse de la cour tiroit des armes, Aubigné, eschaufîé de cest exercice, prit Segur par la main, le mené à une fenestre qui regardoit sur les rochers de la Vaj'se, et, luy montrant ce précipice, luy tint ce langage : « J'ay charge de tous les gens de bien de ceste cour de vous faire voir ce saut, qui est vostre passage, le jour que vostre maistre partira pour aller à la cour. » Segur, fort estonné, dit pourtant : « Qui oseroit faire cela? — Si je ne puis le faire seul, dit l'autre, voila les compagnons qui y sont résolus. » Segur, ayant retourné la teste, vit en mesme temps une dizaine des plus redoutables, qui enfoncèrent le

I. Diane d'Andoins, dite la Belle Coi isande, veuve de Philibert, comte de Gramont, maîtresse de Henri de Navarre.

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