Voy. Hist. univ., t. 111, p
2. Philippe Canaye, sieur de Fresne. 1! se révolta, c'està-dire qu'il se convertit au catholicisme en 1600 el mourut en 1610.
lOO MEMOIRES DAUBIGNE
autres fois viconte de Turaine, en la place des grands, cestui-ci voulant emporter plus de gloire que les grands hommes d'Estat qui traictoyent à Chastellerault, fît des grandes propositions à l'exaltation de la puissance souveraine et au rabais du parti; sur quoy Aubigné voyant que six, qui oppinoyent avant luy, avoyent grandement rabaissé leur ton, il prit le sien plus haut que de coustume. Le Fresne Canaye se leva au milieu de son discours, s'escriant : « Est-ce ainsi qu'on traicte le service du roy?» Celuy qui parloit repart, disant: a Qui estes vous, qui nous voulez enseigner que c'est que du service du roy, lequel nous avons eu en main avant que vous fussiez escolier? Esperezvous parvenir pour faire chocquer le service du roy et de Dieu l'un contre l'autre? Apprenez à ne rompre point les voix, et à vous taire quand il faut. » Ils vindrent à de grandes aigreurs; et, comme le Fresne s'escria : « Où sommes nous?» L'autre respondit : « Ubi mures ferrum rodant. » — Cela releva les advis de l'assemblée bien à propos, estant lors question des seurelés.
Ce président mal respecté fit mal les affaires d'Aubigné prés du roy; et, comme le duc de Bouillon voulut remonstrer qu'il falloit révérer un tel magistrat : « Ouy, dit Aubigné, qui s'en va révolter « ; ce que l'autre fit dans trois mois. Enfin toutes les aigreurs et duretez de l'assemblée luy
MEMOIRES D AUBIGNE lOI
furent imputées, et pour cela fut appelé le bouc du désert, pource que tous deschargeoyent leur haine sur luy.
Les colères que le roy prenoit de telles choses n'empescherent point qu'estant mis sur le bureau, où on logeroit le cardinal de Bourbon', le roy déclaré de la Ligue et qui battoit monoye en France soubs le tiltre de Charles dixième, qu'on ne l'ostast de Chinon à M. de Chavigny^ pour le mener à Maillezais. Et, comme monsieur du Piessis Mornay allega les grands mescontentements d'Aubigné et les perpétuelles riottes avec son maistre, luy fut respondu que sa parole, prise comme il faut, estoit suffisant remède à tout cela.
Ce roy cardinal estant donc prisonnier, la duchesse de Rez envoya un gentil'homme italien, qui, ayant pris sauf conduit à deux lieues de Maillezais, porta cette lettre au gouverneur ;
Mon cousin, je vous prie recevoir par ce porteur en bonne part les iesmoignages que nous vous pouvons rendre. Monsieur le mareschal et moy, de l'amitié parfaite et du soin cordial que nous vous avons
1, Charles de Bourbon, cardinal, oncle de Henri IV, avait été reconnu roi par Mayenne et la Ligue sous le nom de Charles X. Arrêté après l'assassinat des Guises, il mourut prisonnier à Fontenay-ie-Comte le 8 ou le 9 mai iSço.