‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 88 sur 155 · I. L'iiistoiien F. Guicciardini · texte numérisé non relu

I. L'iiistoiien F. Guicciardini

Mémoires d'Aubigné. i 5

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lalle nous accorderons ce que vous demandez là, et non pas icy. » Demande : w De grâce, dites moy ce que vous nous demanderiez premièrement, car vous n'oseriés accorder à nostre première demande l'eslevation des croix receuës sans difficultés au terme que vous avez préfixé. » Responce : « Nous les mettrons à l'honneur qu'elles estoyent lors, pour le bien de la paix ; mais vous n'oseriés, je ne dy pas accorder, mais seulement traicter sur nostre première question, qui seroit de restablir l'autorité du pape au point des quatre siècles, et pour cela nous vous donnerions deux cents ans pour vos espingles. » Le cardinal, qui avoit esté empoisonné à Rome et en estoit revenu en colère, s'escria « qu'il falloit faire cela à Paris, si à Rome il ne se pouvoit )).

Tels propos remis à une autre fois, Aubigné s'en retourna au cabinet, s'arreslant fort peu de temps en son chemin pour parler au président L'Anglois. A l'arrivée, le roy luy demande « s'il avoit donc veu son ami, et de quoy ils avoient traitté ». Luy en ayant discouru, le cabinet estant lors tout plein de grands, il eschappa au roy de dire : « Pourquoy avez vous dit à monsieur le cardinal, sur la demande du concile de Calcédoine, que vous luy donneriez sur le tapis, et non pas là? » La responce fut que, « si, après les quatre cents ans consedez, les docteurs en demandoyent

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encor cinquante, ce seroit une tacite confession, que les quatre premiers siècles ne seroyent pas pour eux ». Quelques cardinaux et jesuistes, qui estoient dans le cabinet, commencèrent à gronder grandement, et le comte de Soissons',à qui ils avoient parlé à l'oreille, dit tout haut que tels pernicieux propos ne se devoyent point tenir. Le roy cognut qu'il les offençoit, et, fasché d'avoir descouvert comment le cardinal avoit envoyé leur privé propos avant l'arrivée d'Aubigné, il luy tourna l'eschine, et passa en la chambre de la royne. A quelques jours de là, le prince, conseillé d'arrester ou d'esteindre un homme qui avoit troublé l'affaire de l'accord (car despuis il ne s'en parla plus), dit au duc de SuUy « qu'il falloit mettre ce brouillon dans la Bastille, et qu'on trouveroit assez de quoy luy faire son procès ». Un soir madame de Chastillon^ l'envoya prier qu'elle luy dist un mot : ce fut qu'après les obtestations de ne la ruiner point, elle le pria de partir en ceste nuit, ou qu'il s'assurast d'estre perdu. Aubigné, ayant respondu qu'il feroit ce que Dieu luy conseilleroit, et qu'il l'alloit prier, ne print point ses advis, mais de bon matin va trouver le roy, luy

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