Charles de Bourbon, comte de Soissons, mort en
2. Marguerite d'Ailly,, veuve depuis iSqi de François de Coligny, seigneur de Châtiiion-sui-Loing, fils de l'amiral Coligny.
Ilb MEMOIRES D AUBIGNE
fait un petit discours de ses services, et luy demande une pension, ce cju'il n'avoit jamais fait. Le roy, bien aise de voir en cesle ame quelque chose de mercenaire, l'embrasse et le luy accorde; et le lendemain, le compagnon estant allé à l'Arsenal, le duc de Sully le convia et le mena voir la Bastille, luy jurant qu'il n'y avoit plus de danger, mais depuis un jour seulement. Au sortir de la cène, le dimanche d'après, madame de Chastillon, bien esmerveillée d'un si estrange remède, donna à disner à monsieur du Moulin, à Aubigné et à mademoiselle de Ruvigny, femme de celuy qui commandoit à la Bastille. Ceste-cy, oyant à table un propos qui luy plaisoit, entre ces deux regardant fixement le second, se mit à pleurer, et, pressée de la cause de ses larmes, dit « qu'elle avoit par deux fois accomodé une chambre, et la dernière attendu à minuit le condamné ».
Le roy en peu de temps changea bien d'opinion, et reprit d'Aubigné en telle grâce qu'il délibéra de l'envoyer en Allemagne comme ambassadeur gênerai, avec charge aux agents particuliers de luy rapporter deux fois l'an toutes leurs négociations; et puis ce desseing changea, lors que ce prince eut pris le sien grand ', qu'il luy communiqua tout du long, contre les remonstrances qu'Aubigné faisoit