I . Le dessein de faire la guerre à la maison d'Autriche
MÉMOIRES d'aUBICNE II7
que telles pièces ne se devoyent commettre qu'à ceux qui en portoyent le fardeau. Or, pource que lors il estoit vice amiral de Xantonge et de Poitou, il ne voulut point demeurer oizeux en un si grand mouvement; il pressa le roy de vouloir jetter une branche de ses desseings vers l'Espagne, et, donnant de tous costez sur les ongles à son ennemi, luy envoyer une flesche vers le cœur; et, quand le roy, rejettant telle ouverture, eut allégué le vieil proverbe : Qui va foible en Espagne y est battu, et qui y va fort, il meurt de faim, Auh'igné luy ouvrit' un marché auquel il obligeoit un million d'or vaillant, pour faire deux flottes qui rendroyent, par le circuit d'Espagne, dans les magasins du roy les vivres au prix qu'ils estoyent lors à Paris. Il adjoignit à son parti d'Escures; et cela fut arresté après que le duc de Sully eut fort traversé l'affaire au commencement.
[16 10] Dont en prenant congé pour venir en Xaintonge y travailler, le roy ayant dit ces mots : « Aubigné, ne vous y trompés plus, je tiens ma vie temporelle et spirituelle entre les mains du Sainct Père, véritablement vicaire de Dieu », il s'en revint tenant non seulement ce grand desseing pour vain, mais encore la vie de ce pauvre prince condamnée de Dieu ; ainsi en parla il à ses confi-