Sur la mission de Namick Pacha, voir pages 95 et
2. Sir Stratford Canning, ancien ambassadeur d'Angleterre prùs la Porte, avait été envoyé à Constantinople en novembre 1831 avec une mission spéciale. Il devait demander une extension de frontières en faveur do la Grèce.
pût être regardée comme une offre réelle de secours de la part de l'Angleterre et que vous aviez parfaitement jugé qu'il s'était borné à des paroles de bienveillance, telles qu'il est d'usage d'en employer en pareille occasion ...»
LE DUC DE BKOGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND
« Paris, le 27 novembre 1832.
» Mon prince,
» La réponse que je vous adresse est une réponse officielle à une dépêche officielle. J'imagine que lord Palmerston a pris par là ses mesures pour répondre au besoin devant le parlement. C'est par le même motif que j'insiste.
» Vous savez que la raison qui nous a portés à demander à la Belgique le remboursement de nos dépenses extraordinaires, c'est le refus positif qu'a fait la Chambre des députés, l'année dernière, de nous allouer la dépense de notre expédition de Belgique en 1831. Nous serions sans réponse si nous ne pouvions pas témoigner publiquement que nous avons fait tous nos efforts pour mettre à couvert les intérêts du trésor. Du reste, nous avons peu d'espérance de nous enrichir avec ce qui nous en reviendra .
» Le fait est néanmoins que notre position n'est pas analogue à celle de l'Angleterre. Elle fournit à la cause commune une escadre; nous en faisons autant. Elle ne demande rien à la Belgique; pour cela, nous ne demandons rien non plus. Mais en outre, nous entreprenons à nos frais une expédition de terre infiniment plus coûteuse que nous exécutons seuls.
» Lord Palmerston pense que c'est dans un intérêt uniquement européen que nous agissons. Je ne le crois pas. La
meilleure preuve que c'est en même temps dans un intérêt purement belge, c'est que nous ne marchons qu'à la réquisition expresse de la Belgique. Si nous ne prenions pas Anvers, il faudrait que ce fut l'armée belge qui le prît, et ce que nous lui demandons est très inférieur à ce qu'il lui en coûterait pour cela. La Belgique n'en paye pas un soldat de moins, il est vrai, mais elle paye de moins toutes les dépenses matérielles du siège que nous faisons à nos dépens.
» Lord Palmerston ajoute que nous avons désiré nousmêmes, dans l'intérêt de la formation ou du maintien du ministère que cette expédition se fît. Ceci sort du cercle général de la discussion . C'est une discussion sur ce qui se passe dans l'intérieur des couloirs. Ce n'est pas un motif que nous puissions alléguer publiquement. Si nous voulons prendre ainsi en considération les motifs secrets des choses, alors nous pourrons dire que la crainte des sottises des Belges, la crainte de les voir entamer une expédition contre la Hollande, la nécessité de les tirer de la situation où ils sont, sont au nombre des raisons qui nous ont fait désirer d'entreprendre l'expédition d'Anvers. Ce sont certainement les provocations des Belges et leur action sur les esprits en France, qui ont concouru pour plus de moitié à rendre cette expédition inévitable.
y> Au reste, je le répète, il ne faut prendre les choses que pour ce qu'elles valent : notre demande a pour but de mettre notre responsabilité à couvert. Je crois que la dépêche de lord Palmerston est précisément de même nature, et je vous prie de l'assurer que je n"ai pas la moindre envie d'y voir autre chose.
» Notre expédition ne marche pas aussi vite que je l'aurais désiré. L'armée tout entière est arrivée à jour fixe ; mais le transport de l'artillerie de siège et des munitions a souffert et
souffre encore des relards. Le maréchal Gérard ne veut faire sa sommation qu'au moment oi^i toutes ses dispositions seront terminées, pour répondre à un refus par un feu terrible. On m'assure que la sommation doit être faite aujourd'hui, mais je crains encore du retard... »
LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE
« Londres, le 30 novembre 1832.
» iMonsieur le duc,
» M. le marquis de Palmella est arrivé hier à Londres, chargé d'une mission de dom Pedro près du gouvernement anglais; il avait quitté Oporto le 22 de ce mois. Il paraît qu'on commence à sentir dans cette ville la nécessité de mettre fin à l'état de choses qui désole en ce moment le Portugal ' ; le marquis de Palmella doit, en conséquence demander un armistice au cabinet anglais. Il m'a fait des ouvertures à ce sujet. La proposition de cet armistice n'aurait de caractère imposant que si elle est faite en même temps par la France et par l'Angleterre .
» Cet armistice obtenu, on chercherait à obtenir une médiation dans laquelle devraient paraître les puissances les plus intéressées, c'est-à-dire, l'Espagne, l'Angleterre et la France, et il est bien probable que si ces trois puissances s'accordaient sur ce qui est nécessaire pour rétablir
1. On se rappelle que dom Pedro avait débarqué le 3 mars 1832 dans l'île de Terceira. Le 8 juillet il était entrée Porto, qui devint le centre du gouvernement constitutionnel, tandis que dom Miguel maintenait à Lisbonne le régime absolutiste. Une lutte acharnée s'engagea entre les deux frères.
l'ordre en Portugal, le pays forcerait les deux princes de la maison de Bragance à adopter les propositions qui seraient faites. » Je vous tiendrai au courant des démarches de M. de Palmella vis-à-vis du gouvernement anglais, et des résolutions que ce gouvernement sera disposé à prendre. Ayez la bonté de me dire quel doit être mon langage dans le cas où la proposition de M. de Palmella serait accueillie ici... »
« Le 1" décembre.
» Mon cher duc, » Nous sommes toujours au même point; cet état de choses devient de plus en plus pénible pour le cabinet anglais et gênant pour moi. Je crains que cet embarras ne s'augmente encore de Berlin ; nous y avons porté la négociation de Venloo, espérant qu'à la faveur des distances et des hésitations de M. Ancillon, nous aurions eu le temps d'enlever Anvers et de trancher ainsi la plus forte partie de la difficulté . Les époques que vous m'aviez indiquées comme étant nécessaires aux opérations de notre armée, ne se sont malheureusement pas trouvées suffisantes, et nous voici à la veille de voir une convention signée à Berlin lorsque rien n'est commencé encore à Anvers. La sotte fanfaronnade belge qui nous menace de ne pas remettre Venloo aux Prussiens avant la prise d'Anvers peut tout compliquer d'une façon vraiment fatale au repos de l'Europe. Que nous faut-il donc essayer maintenant ? Rien, si ce n'est obtenir de nouveaux délais ; traîner en longueur tout ce qui est du fait des négociations ; hâter tout ce qui est du fait de l'armée, surtout en imposer fortement au mauvais esj)ril et aux ridicules prétentions des Belges. J'ai eu la preuve en main que d'ici, bien loin de les encourager on les traite avec
toute la hauteur qu'il serait bon de leur faire trouver également chez nous. Je vous conjure donc, mon cher duc, de n'envoyer à M. Bresson que des instructions très vagues et de lui faire sentir que ce qu'il nous faudrait le moins, ce serait une conclusion. Je crois même, ce que du reste je n'ai pu ni dû indiquer dans ma dépêche, que le dénouement entre la Belgique et la Hollande serait plus facile, si nous pouvions rester assurés de la bienveillante neutralité de la Prusse, sans l'appeler à un rôle plus actif. Je crois que cela n'est pas impossible, si toutefois nous arrivons à nous rendre maîtres d'Anvers dans un délai rapproché, et qu'à Berlin on sache toujours négocier sans jamais conclure.
» Je crois avoir trouvé sur ce terrain-là une combinaison qui ne serait pas sans valeur; mais j'ai besoin de la mûrir encore avant de vous la soumettre; aujourd'hui, je me borne à vous prier de laisser toutes les négociations ouvertes et de n'en clore aucune.
» Il ne faut pas oublier que l'Angleterre a laissé percer quelques regrets de ce que les négociations avec la Prusse étaient portées à Berlin . Cela doit de plus en plus n'y rien faire faire à M. Bresson, sans la plus intime coopération de lord Minto. Mais, je le répète, ce qu'il faut surtout, c'est qu'il ne s'y fasse rieïi pour le moment et que le langage y soit très prudent..»
MADAME ADÉLAÏDE d'oRLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAIND.
K Tuileries, 2 décembre 1832.
» Mon cher prince,
» Je viens vous faire part avec empressement des nouvelles que nous recevons de notre armée. Je copie ce qu'on me
JiÉVOLUÏKiN ItK 18:J0 (18;!i-1833i. (i5
jiiande, du 30 novenibie à (|ualic lieiires après midi : » Nous avons ouvert la trancliée hier devant la citadelle; 0 M. le duc d'Orléans la coniMiaiidail et dans cette première occa- » sion où il a été au leu el a dû sérieusement faire la guerre. » le prince royal a montré beaucoup de sang-froid, d'attention )) à tout prévoir et de zèle jtour |»arer à tout; il a sans cesse » parcouru la ligne des travailleuis, visité ses grand'gardes, » assuré ses l'éservcs; fait enlin ce qu'aurait fait un militaire » expérimenté. Gràci; à une nuit extrêmement noire et » pluvieuse , nous avons pu dérober à l'ennemi cette opération ?) délicate, et ce n'est qu'au jour qu'il a pu nous voir couverts » par ime parallèle de deux mille sept cents toises, et à l'abri » de son feu. Aussi, n'est-ce, je crois, (pie pour faire plaisir » à M. le duc d'Orléans que, vers midi, il a commencé à nous •» jeter des obus et des boulets. Le siège a tellement avancé » dans ce peu d'heures qu'il est à espérer que le roi recevra » bientôt les clefs de la citadelle.
» C'est ce que nous souhaitons pour tout bien vivement, mon cher prince, car vous jugez que nos cœurs sont bien agités. Le maréchal Gérard, qui était avec Chartres à la tranchée, mande au roi qu'il est impossible d'y avoir été plus de sang-froid et dun courage plus brillant. L'aide de camp du maréciial, qui a apporté les dépèches, dit qu'au premier boulet qui a passé au-dessus de sa tête, Chartres a fait un saut de joie et que tous les soldats se sont mis à danser.
» Novis ignorons encore si la justice [tarviendra à la source de l'horrible attentat du 19 novembre; elle en a la conliance. Ce (|u'ii y a de certain, c'est que cet attentat a fait sentir généralement et plus vivemeni que jamais (jiie la France
possède un précieux trésor dans notre roi, et à quels dangers elle serait exposée s'il lui manquait. Tous se rattachent à lui et à la monarchie constitutionnelle ; c'est ce qui nous donne cette grande majorité dans la Chambre, qui devient excellente et nous assure la plus heureuse session.
» Ce qu'il faut, c'est finir l'affaire d'Anvers, et nous sommes à l'œuvre. Certes, les Belges devraient en être reconnaissants, heureux et contents, mais cela n'est pas; je vous avoue que je suis indignée de leur ingratitude et de leur bêtise. Ne grognent-ils pas encore dans ce moment de la nouvelle division du général Schramm ^ que, d'après les inquiétudes du gouvernement anglais que nous n'ayons pas assez de monde en Belgique, le roi vient d'y envoyer. Il me semble, en vérité, que le gouvernement anglais devrait bien leur faire sentir leur bêtise et le mal qu'ils se font en cela ...»
LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAXD
« Paris, le 6 décembre 1832.
» Mon prince,
» Je vous envoie enfin des nouveUes du siège, qui peuvent et qui doivent contenter le ministère anglais. Le tort a été, non pas de manquer de parole, mais de n'avoir pas assez calculé le temps nécessaire aux préparatifs dans cette épouvantable
1. Jean-Paul Adam, comte Schramm, né en 1789, entré au service en 1803, général de brigade en 1813. Il vécut dans la retraite sous la Restauration, fit en 1832 la campagne d'Anvers, devint général de division et pair de France (1839). En 1850 il fut ministre de la guerre, et fut créé sénateur en 1852. Il mourut en 1884.
KÉVOLUTION DE 1830 ( 1,S:}2-183:5). G7
saison. L'armée a lait des cllbrls siirhiimaiiis; le [tlacoinciit de la dernière ballerie, exécuté à déc(juvert sous le glacis même de la citadelle, est, dit-on, une des entreprises les plus hardies qui aient jaiiiais été exécutées. On pense que sous huit jours, dix jours au plus tard, probablement plus tôt, la citadelle sera prise. J'espère que la nouvelle en ari-ivera au milieu des élections anglaises.
» Vous verrez, par ma dépêche d'aujourd'hui, que j'ai été et dû êtro on ne peut plus surpris de voir lalïaire de Venloo linir à l'improviste par une offre de remettre cette place et le Limbourg à la Hollande. En tout, je ne conçois rien à la marche de cette affaire. Elle est allée à Berlin, sur une note de vous et de lord Palmerston. Revenue à Londres, elle est retournée à Berlin, lord Palmerston se plaignant un peu, ainsi que vous l'avez remarqué vous-même, que ce fût sans son consentement, et voilà qu'elle se termine par une offre dont ni vous ni moi ne sommes avertis et dont je ne sais les conditions que par des billets de lord Palmerston à lord Granville^
» Je crains fort que cetttj offre ne nous lance dans du grandes difficultés quand il en faudra venir à l'exécution ; elle nous donne, en attendant, vis-à-vis de la Prusse, un air d'incertitude et de versatilité qui me contrarie extrêmement. Le roi est très fort contre cette offre, et je trouve que, sous plus d'un rapport, il n'a pas tort.
» J'ai eu ce. matin une longue conversation avec M. d'Olfalia qui iiuitte son poste d'ambassadeur d'Espagne ici, pourre tourner à Madrid, où il va être ministre de l'intérieur. Après beau-