‹ Mémoires. Publiés avec une préface et des notes par le duc de Broglie (volume 2)Chapitre 12 sur 159 · Voir page · texte numérisé non relu

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coup de circonstances diverses, voici le point où il en est venu' .

» Si le gouvernement anglais croit avoir à se plaindre des coups de canon tirés à l'entrée du Douro sur un de ses bâtiments, le gouvernement espagnol interviendra volontiers pour lui faire obtenir satisfaction. Mais si le gouvernement anglais en prend occasion pour rompre la neutralité et se déclarer en faveur de dom Pedro, le gouvernement espagnol fera sur-le-champ entrer une armée en Portugal.

)^ J'ai interrompu M. d'Ofîalia et je lui ai demandé en quelle qualité il me parlait, si c'était une pure conversation, ou si c'était une ouverture qu'il me faisait au nom de son gouvernement. Il m'a déclaré qu'il ne me parlait pas comme ambassadeur, qu'il ne se regardait plus conmie tel, mais que, causant avec moi, il était bien aise de me dire que telle était l'opinion de son gouvernement, et qu"il ne deviendrait ministre du roi dEspagne qu'à cette condition.

» Je lui ai demandé alors quel usage il désirait que je lisse de sa conversation ; s'il désirait que j'en fisse part à lambassadeur d'Angleterre. Il m'a donné à entendre que tel était son désir. Il s'est longuement étendu sur ce sujet. Après l'avoir enfin écouté fort longtemps, je lui ai dit, que puisqu'il me parlait par pure conversation, et sans caractère officiel, j'allais continuer sur le même ton et que je lui adresserais une question sur une idée qui me passait par la tête.

1. Don Narcisco deHérédia, comte d'Offalia, homme d'État espagnol, né en 1777, secrétaire d'ambassade à Washington en 18U0. Il rentra dans la vie privée à l'avènement du roi Joseph. En 1823, il fut nommé ministre de lajustice, puis envoyé extraordinaire à Londres (1827) et ambassadeur à Paris (1828). En 1832 il fut ministre de l'intérieur dans le cabinet Zea- Berraudez. En 1837, il devint chef du cabinet et ministre des affaires étrangères. II se retira en 1838 et mourut en 1843.

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désavouant louUi iiidiu-lioii (luil on pourniil tirer autre (jue celle de me satisfaire personnellenieiil en saclianl son opinion sur une éventualité.

» S'il arrivait, lui ai-je dit. que la cause de doua Maria pût être séparée de celle de la constitution, si le hasard faisait qu'il pût être question de la placer sur le trône en laissant la constitution de côté, seriez-vous aussi décidés à intervenir à main armée en faveur de dom Miguel ?

» Il m'a très clairement dit que non, et que la constitution était ce qui tenait au cœur à l'Espagne que le gouvernement actuel ne pouvait souffrir sans périr.

» Je n'ai pas poussé la conversation plus loin et j'en ai rendu compte à lord Granville. Je crois que vous serez bien aise de connaître également cette conversation. Du reste, j'entrevois bien des obstacles et des diflicultés sans nombre au projet dont vous m'avez parlé'. J'attendrai, s'il y a lieu, pour en parler au conseil, que l'Angleterre nous fasse des propositions explicites.

» Adieu, mon prince, guérissez -vous : j'attendrai de vos nouvelles avec grande impatience... »

LE PRINCE DE TALLEYKAND AU D U C DE BROGLIE

« Londres, lo 10 décembre 1832.

» Monsieur le duc.

» J'ai reçu la dépêche qut; vous m'avez fait Ihonneur de m'écrire le 6 de ce mois, et ce n'est pas sans surprise que j'ai

1. Le projet de médiation dont M. de Talleyrand avait entretenu le duc de Broglie dans sa lettre du :$0 novembre (voir page 62).

lu les informations qu'elle contient, ,1'ai dû en faire part

immédiatement à lord Palmerston.

» Il serait facile, en pressant toutes les contradictions qui se présentent dans la manière dont a été conduite l'affaire de Venloo, d'en faire ressortir bien des motifs d'explication et de récrimination . Comme cela serait sans aucun résultat et que même cela pourrait compromettre le sort des graves questions qui nous occupent et qui doivent passer avant tout, j'ai pensé qu'il valait mieux couper court à ces explications.

» On ne doit pas trop s'étonner d'ailleurs qu'une négociation successivement portée à Paris, à Londres et à Berlin, ait donné lieu à des malentendus, quand l'objet principal était d'obtenir des délais. Le défaut d'instructions, la nécessité ou la volonté de s'en passer, des paroles dites légèrement ou mal interprétées et raille autres circonstances auront sans doute contribué à créer la plus grande partie des difficultés que nous venons de rencontrer.

» Il ne faudrait pas croire cependant, monsieur le duc, que j'aie négligé d'exprimer mon étonnement à lord Palmerston avec la gravité que votre lettre exigeait. J'y étais personnellement autorisé, puisque j'avais lu la dépêche que j'ai eu l'honneur de vous adresser le G sous le numéro 37 ; il l'avait trouvée parfaitement correcte ; j'avais moi-même, à sa demande, changé quelque chose à une phrase sans importance. Il ne me dit pas un mot alors, des instructions qu'il avait cru devoir adresser à lord Minto.

» Je lui ai rappelé cette circonstance d'une manière assez vive pour qu'il m'ait répondu que s'il avait eu tort d'agir ainsi, il avait lui-même à se plaindre de ce qui s'était passé au sujet de la sommation faite par le maréchal Gérard, au nom

des gouvernements de France et d'Angleterre ; qu'on avait fait parler son souverain, dans celte occasion, sans l'avoir préalablement consulté, et que le roi lui avait témoigné le plus vif mécontentement de cette conduite.

» Je vous le répète, monsieur le duc, j'aurais pu presser plus longtemps lord Palmerston dans cette voie sans aucun résultat réel pour les intérêts du gouvernement du roi ; je crois donc avoir agi plus prudemment en terminant ma conversation sans aigreur. J'ose espérer que vous partagerez mon opinion et que vous penserez qu'il faut mettre en oubli tous les torts qu'on peut supposer involontaires. C'est pour l'avenir une leçon de laquelle il sera utile de profiter en se renfermant toujours dans des démarches et des communications ofTicielles. J'ai, en conséquence, engagé lord Palmerston à vous informer par l'intermédiaire de lord Granville du nouveau projet d'arrangement dont nous nous sommes entretenus et dont je vais avoir l'honneur de vous rendre compte. Il est nécessaire avant cela que je réponde à une autre question renfermée dans votre dépèche.

» Vous me demandez de vous faire connaître les raisons qui me portaient à croire à la possibilité de réunir la conférence après la prise de la citadelle d'Anvers. J'avais toujours pensé et lord Palmerston aussi, que, ce fait accompli, nous trouverions dans les plénipotentiaires des trois autres puissances, des dispositions favorables pour reprendre les négociations interrompues par l'emploi des mesures coercitives contre la Hollande: cela eût été un grand calmant pour la tranquillité de l'Europe. Notre espoir à cet égard paraissait fondé jusqu'à l'arrivée d'un courrier qui, avant-hier a apporté des dépêches de Pétersbourg à ^IM. de Lieven et Matusiewicz.

72 MÉMOIlîKS l»U PRINCE DK TALLEYRAND.

Ils oui trouvé dans ces dépêches des témoignages de la satisfaction de l'empereur pour la conduite qu'ils ont tenue lorsque la convention du 22 octobre leur a été communiquée, et on leur annonce en même temps qu'on leur retire les pouvoirs qu'ils avaient pour traiter en conférence et qu'ils avaient déclaré à lord Palmerston et à moi n'être que suspendus. Ceci détruit le plan que nous avions formé de réunir la conférence immédiatement après la prise de la citadelle d'Anvers.

)) Dans cet état de choses il devient de la plus haute importance pour l'Angleterre et la France de concerter la marche qu'elles jugeront convenable d'adopter si elles étaient appelées à terminer la question hollando-belge sans la participation des trois autres puissances. Tel est le but du nouveau projet sur lequel je vais maintenant appeler toute votre attention.

» La France et l'Angleterre s'étant unies pour vaincre par la force l'obstination du roi des Pays-Bas, elles croient qu'il est de leur devoir, la conférence n'existant plus, de proposer à l'acceptation du cabinet de La Haye un traité consenti par les Belges qui renfermerait les conditions suivantes :

» 1° La remise au roi des Pas-Bas des territoires qui doivent lui appartenir;

» 2° La remise de la part de ce souverain des forts de Lillo et de Liefkenshock, qui dépendent d'Anvers;

» 3° La reconnaissance par la Hollande de la libre navigation de l'Escaut, moyennant le droit d'un florin par tonneau;

» 4° La fixation des droits de balisage et de pilotage dans l'Escaut et dans les eaux intermédiaires;

» S° L'ouverture de la Meuse;

» 6° L'ouverture de deux routes pour servir aux communications commerciales de la Belgique avec l'Allemagne:

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» "" Une ainiiistio i^V'iu'iale [xmr tous les (l(''lits politiques ;

» 8** Un acte par lequel tous les anciens sujets du roi des Pays-Bas seront déliés de leur serment de fidélité.

» Ce traité, convi-nu entre la France et l'Angleterre, serait envoyé k La Haye par des plénipotentiaires anglais et français. Je vous prie, monsieur le duc, de vouloir bien nie transmettre vos ordres à cet égard.

» Le cabinet anglais vient de désigner sii- Slratford Canning pour se rendre à Madrid et y suivre la médiation entre les deux princes de la maison de Bragance dont je vous ai déjà entretenue. Il passera par Paris oîi il s'arrêtera plusieurs jours pour s'entendre avec vous. Il doit vous donner tous les détails relatifs à l'objet de sa mission. Vous pourrez ensuite adresser à M. de Rayneval les directions que vous jugerez convenable de lui donner... o

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