‹ Mémoires. Publiés avec une préface et des notes par le duc de Broglie (volume 2)Chapitre 44 sur 159 · N° 5. — LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND · texte numérisé non relu

N° 5. — LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND

<' Stanhope-Street, le 19 avril 1834, onze heures du soir. » Mon cher prince,

» J'adopte très volontiers la transposition que vous proposez de l'article VI, et je trouve avec vous que ce changement est une amélioration sous tous les rapports,

» Quant à la suppression des derniers mots de cet article, je dois vous prier de faire la part de nos susceptibilités, comme nous l'avons faite aux vôtres. Je conviens avec vous que ces paroles n'ajoutent rien de fort essentiel au sens de l'article et que ce qu'elles contiennent se trouve déjà exprimé par ce qui précède; mais, nous y tenons beaucoup, et quand

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je dis nous, je veux dire plusieurs personnes. Souvenez-vous qu'il s'agit dans le traité uniquement d'une intervention armée dans les affaires du Portugal, et que nous avons des préjugés sur ce point-là.

» Quant à nous-mêmes, non seulement nous n'y sommes pas intervenus sans y être spécialement invités, mais nous n'avons pas accepté l'invitation qui nous a été faite. Ne trouvez donc pas mauvais que nous nous montrions un petit peu doctrinaires à ce sujet.

V Je m'occupais, à l'instant que votre billet est arrivé, à rendre compte au roi des changements dont je vous croyais satisfait et pour lesquels il me faut sa sanction ; mais maintenant, il faut que j'attende votre réponse à ce billet, et, par conséquent je ne pourrai expédier mon courrier à Windsor que demain. Voilà encore une autre journée de perdue. Contentezvous, je vous en prie, mon prince, des grands changements que vous avez faits dans ce projet, qui maintenant doit être considéré plutôt comme votre enfant que le mien.

» Tout à vous.

i\° 6, — LE PKIiNCE DE TALLEYRAND A L G RD P ALME R S TON. » Haaover-Square : 20 avril 1834, huit heures du matin.

» Dear lord Palmerston, » Nous voilà d'accord sur tous les points, excepté sur ce retranchement de trois mots que notre amour-propre vous demande. Il me semble que le vôtre ne peut pas être engagé dans cette question, parce qu'il reste évident que, même sans ces trois mots, nous ne pouvons rien faire dans les affaires de la péninsule que de concert avec vous et les deux autres

RÉVOLUTION DK iSiîO (1«33-1834). :583

puissances. La répétition de la même idée dans le même article ne pourrait donc exprimer que de la méfiance. C'est ce que nous devons éviter dans l'intérêt de nos deux pays et dans la situation de nos deux gouvernements l'un vis-à-vis de l'autre. La moindre trace de méfiance dans notre traité serait plus dangereuse par ses conséquences que parle fait même, car, lorsqu'il sera public, les hommes de l'opposition chez vous et chez nous ne manqueraient pas de s'en emparer, et certainement au détriment de l'union intime qu'il est si utile de ménager. Ne voyez donc dans mon insistance que le désir d'être conséquent avec notre point de départ. Votre bon esprit comprendra cela, arrangera toutes choses de manière à ce que votre premier billet me dise à quelle heure je dois aller signer chez vous. Je suis presque embarrassé des vétilles auxquelles, par mes instructions, je suis obligé d'attacher de l'importance.

« Tout à vous. »

N" 1. — LORD l'ALMEKSTON AU PRliNCE DE TALLEYRA.ND.

0 Stanhope-Street, 20 avril 1834.

» Mon cher prince,

» Ma foi. VOUS êtes bien difficile à contenter! Je conviens cependant avec vous que nous manquerions un but principal de notre traité, si, au lieu de constater union et confiance, nous devions proclamer défiance et soupçon. J'ai donc tâché ' de rédiger l'article IV de manière à satisfaire toutes les parties. Dites-moi si j'ai réussi quant à vous.

1 Comparer cette deuxième rédaction qui fut définitive (p. le projet primitif de lord Palnierston (p. I 70).

» Vous me proposez de venir signer aujourd'hui, comme si préparer un traité était chose aussi simple qu'écrire une lettre. Mais il faut que je soumette tous vos changements à la sanction du roi qui est à Windsor. Et, après cela, il faut obtenir le concours des ministres d'Espagne et de Portugal, et les introduire dans le texte espagnol et portugais. Voilà bien de la besogne.

» Tout à vous. » .

N" 8. — LE PRINCE DE TALLEYRAND A LORD PALMERSÏON, « Hanover-Square, 20 avril 1834, deux heures après midi.

)) Dear lord Palmerston.

>; Quelque difficile que je sois, je vous rends les armes, et je me borne pour cette fois à une observation toute grammaticale. Ne trouvez-vous pas que l'article serait exprimé en meilleur français, en ne suspendant pas le sens par un membre de phrase incident et inutile. Je crois donc que nous devrions rayer les mots : par les hautes 'parties contractantes, qui viennent couper la première partie de l'article et en obscurcissent le sens. M. de Voltaire disait que de tous les changements que ses amis lui proposaient de faire à ses ouvrages, celui dont il ne s'était jamais repenti c'était d'effacer. Vous m'appellerez quand vous voudrez de moi. » Tout à vous. »

iS'' 9. — LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

« Stanhope-Street, 20 avril 1834.

» Mon cher prince,

» Je suis bien fâché, mais je ne puis pas aller plus loin à votre rencontre. Le changement que vous me proposez

IIÉVOLLTION DE 1830 (18 33-1834). 385

embellirait peut-être le style, mais nuirait au sens. Le mot de Voltaire est vrai quant aux livres, mais je crois que, quant aux traités, le contraire doit plutôt s'afiirmer, et qu'on pourrait bien dire que maintes disputes entre États n'auraient jamais eu lieu, si les traités avaient été rédigés avec plus de soin et de développement. Puis-je envoyer cet article tel qu'il est pour l'approbation du roi? Mandez-moi un oui et vite, car vraiment le temps presse. y>

LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DERIGXV. « Londres, le 23 avril 1834.

» Monsieur le comte,

» 11 m'a été impossible de vous transmettre hier par le portefeuille le traité que j'ai l'honneur de vous envoyer aujourd'hui ^ La transcription des quatre originaux, chacun en quatre langues, a exigé beaucoup de temps, et il y a une heure seulement que nous avons pu signer.

» Vous connaissez à peu près, par ma correspondance,

1. Voici le texte du traité tel qu'il lut signé à Londres le 22 avril 1834 : a S. M. la reine régente d'Espagne... et S. M. l. le duc de Bragance... intimement convaincues que les intérêts et la sûreté des deux couronnes exigent l'emploi immédiat et vigoureux des efforts réciproques pour terminer les hostilités qui, si d'abord elles eurent pour but de renverser le trône de S. M. Portugaise, fournissent aujourd'hui appui et protection aux sujets et mécontents du royaume d'Espagne; désirant lesdites Majestés pourvoir à la fois aux moyens nécessaires pour rétablir la paix et le bonheur intérieur, et resserrer, sur des bases réciproques et solides, l'avenir des deux États, sont convenues de réunir leurs forces dans le but d'obliger l'infant don Carlos d'Espagne et l'infant dom Miguel de Portugal à quitter les domaines de ce dernier royaume.

» En conséquence de ces convention?, Leurs Majestés régentes se sont adressées aux Majestés le roi des Français et le roi do la Grande-Bretagne et d'Irlande. Ces deux derniers princes, considérant l'intérêt qu'ils doivent V 25

386 MÉMOIRES DU l'IUNCE DE TALLKVllAND.

quelles ont été les difticultés de la négociation de ce traité; je pense qu'il faut maintenant les livrer entièrement à l'oubli et ne plus s'occuper que des résultais.

» Je suis convaincu que le gouvernement du roi apprécie les avantages du traité qui vient d'être conclu entre les quatre puissances: mais vous voudrez bien me permettre de vous exposer succinctement les raisons qui m'ont déterminé à nous faire entrer dans cette alliance. Je l'ai envisagée sous ses dilTérents points de vue, et c'est après y avoir mûrement réfléchi que j'ai jugé qu'elle nous otîrait des avantages réels sans aucun danger.

» Cette quadruple alliance-ci ne peut manquer certainement de faire quelque bruit en Europe ; je ne prétends pas qu'elle

toujours prendre à la sûreté de la monarchie espagnole et animés du plus ardent désir de contribuer à l'établissement de la paix, tant péninsulaire qu'européenne, et Sa Majesté britannique considérant en outre les obligations spéciales qui émanent do son ancienne alliance avec le Portugal, ont consenti d'agir comme parties dans ledit traité ; à cet etîet, ces ilajestés ont nommé leurs plénipctentiaires Et les plénipotentiaires sont convenus des articles suivants :

» 1. — S. M. I. le duc de Bragance, au nom de la reine dona Maria 11. s'engage à mettre en action tous les moyens qui sont en son pouvoir pour chasser l'infant don Carlos des domaines portugais.

B TI.— S. M. la reine d'Espagne, priée et invitée par S. M. I. le duc de Bragance, ayant en outre de très justes et très graves sujets de reproche contre l'infant dom .Miguel pour le soutien qu'il a prêté à l'infant don Carlos d'Espagne, s'engage à faire entrer sur le territoire portugais le nombre de troupes espagnoles sutïisant et nécessaire pour coopérer avec celles de Sa Majesté à la sortie de don Carlos d'Espagne et de dom Miguel du territoire portugais

1 III. — S. ^I. le roi de la Grande-Bretagne s'engage à coopérer en employant une force navale pour seconder les opérations et déterminations nécessaires d'après le présent traité.

0 IV. — Dans le cas où la coopération de la France serait jugée nécessaire pai" les hautes parties contractantes. S. il. le roi des Français s'engage à faire tout ce que lui et se très augustes alliés détermineront d'un commun accord.

» V. — Les hautes parties contractantes sont convenues qu'en conséquence

HEVOLLTlo.N DK is:!(t ils;5:M83'0. :'.X7

n'excite un peu de jalousif de l;i j)cul des grandes puissances du Nord; mais, en réalité, je ne crois pas qu'elli's s'en préoccupent au point de nous causer plus d'embarras qu'elles ne le font depuis trois ans. Je serais plutôt disposé à penser qu'elles mettront plus d'ardeur à nous séparer de l'Angleterre et, par conséquent, à se montrer favorables envers nous. Ce n'est pas notre traité qui contribuera à resserrer les liens qui unissent les cabinets de Vienne, de Berlin et de Pétersbourg : nous avons pu voir récemment que ces liens étaient aussi forts que possible. Il nous sera aisé de justifier près d'eux les principes et le but de la quadruple alliance, puisque l'état de la péninsule était une question plus particulièrement du ressort de la politique anglo-française. Kn tout, je ne puis pas me persuader que l'alliance que nous venons (II' conclure, qui resserre notre intimité avec l'Angleterre et (pii place, pour ainsi dire, dans notre dépendance l'Espagne et le Portugal, ne soit pas destinée à inspirer quelque respect

<1('S allritjutions contenuiis dans les précédi-nts articles, on procédera ioimédiatement à faire une déclaration annonrant à la nation portugaise les principes et le but du présent traité, et S. M. 1. le duc de lîragance, animé du sincère désir d'effacer tout souvenir du passé et désirant réunir autour du trône de sa fille la nation entière, déclare son intention de publier une amnistie complète et générale en faveur de tous les sujets de S. M. T. F., qui, dans un temps qu'on déterminera, rentreront dans l'obéissance: el ledit régent déclare aussi son intention d'assurer à l'infant doni Miguel, aussitôt qu'il sera hors des Ktats portugais, une rente l'orrespondant à son nom et à sa naissance.

» VI. — S. 51. la reine d'Espagne, en vertu du présent article, déclanson intention d'assurer à l'infant don Carlos, aussitôt qu'il sera sorti des domaines espagnols et portugais, une rente correspondant à son rang et à sa naissance.

•1 VII. — Le présent traité sera r,\[U\r et ces ratifications seront iM-hangéos à Londres dans un mois, ou iuant s'il était possible.

" florid.\-blan(:a, ta i. i.kv h and, pal.merston,

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