‹ Mémoires. Publiés avec une préface et des notes par le duc de BroglieChapitre 30 sur 79 · Le roi Louis-Philippe et Madame Adélaïde · texte numérisé non relu

Le roi Louis-Philippe et Madame Adélaïde

faire un élève ; l'autre, que malgré le rigorisme qu'elle prêche et la morale qu'elle professe dans ses écrits, on rencontre toujours dans ses derniers romans quelque chose de la facilité de ses premières mœurs; on y trouve toujours quelques amours ou quelques enfants illégitimes. Pour qui, pour quoi écrit-elle encore? Ce ne peut plus être que par amour pour le bruit; elle pensait plus solidement dans sa jeunesse.

Toute la jeunesse de M. le duc d'Orléans se passa sans plans, sans projets, sans suite, sans retenue aucune. Toutes ses actions avaient un caractère d'irréflexion, de frivolité, de corruption et de ruse. Pour s'instruire il allait voir les expériences de Préval ; il montait dans un ballon; il faisait de la fantasmagorie avec Cagliostro ^ et le chevalier de Luxembourg "^ ; il allait aux courses de Newmarket, etc.

Pour augmenter sa fortune, qui déjà était immense, il faisait des spéculations sur le terrain du Palais-

1. L'histoire de ce célèbre aventurier serait ua roman d'aventures des plus curieux. Né à Palerme en 1745, son vrai nom était Josepii Balsamo. II voyagea dans toute l'Europe, se procurant des ressources par les moyens les moins avouables. Il avait certaines connaissances de médecine et de chimie, ce qui lui permit, en exploitant habilement la crédulité populaire, de se faire une réputation universelle de magicien et de guérisseur. Il vint en France où il prit le nom de comte de Cagliostro. Il trouva un protecteur dans la personne du cardinal de Rohan. Sa maison devint le rendez-vous de tout Paris, qui accourait contempler les prodiges de l'habile charlatan. Compromis dans l'afTaire du collier, il fut exilé et passa en Angleterre, reprit le cours de sa vie errante, et finit par échouer à Rome en 1789. Il fut arrêté par ordre de l'inquisition ; on lui lit son procès comme pratiquant la franc-maçonnerie. Condamné à mort, sa peine fut commuée, et il mourut en prison en 179ô.

2. Anne de Montmorency-Luxembourg, connu dans sa jeunesse sous le nom de chevalier de Luxembourg, naquit en 1742, fut nommé capitaine des gardes (1767), maréchal de camp (1784). Il mourut en 1790. Il avait accepté le titre de grand maître de la loge de franc-maçonnerie égyptienne créée par Cagliostro.

lloyal ', cette demeure de Louis XIII, d'Anne d'A.utiiche, de Louis XIV, enfin de Monsieur, ])ar qui elle était devenue une partie de i"apanage de la maison d'Orl(''ans. Plus tard, dans un moment de soupçon, après avoir annoncé' quelques jours d'avance à Séguin, son trésorier, une visite dans laquelle il devait voir, par lui-même, l'état de sa caisse, il le fit arrêter en sa présence, emporta les clefs et saisit par ce moyen tout l'argent que Séguin, prévenu, avait ramassé dans les bourses de tous ses amis, afin de remplacer momentanément celui qu'il avait employé au profit de ses affaires personnelles. Une velléité d'ambition lui fit désirer de paraître sur l'escadre de M. d'Orvilliers^, espérant qu'il trouverait l'i un titre à la survivance extrêmement lucrative de grand amiral qu'avait son beau-père, M. le duc de Penthièvre. 11 n'eut point la place et sa bravoure fut contestée ^ Pour prouver son courage, il se fit applaudir à quelques spectacles et couronner sous les fenêtres de mademoiselle Arnould *.

1. Le Palais-Royal fut construit de 1629 à 1636 pour le cardinal de Richelieu par l'architecte Leiuercier. Il s'appelait alors le Palais-Cardinal. Richelieu le laissa par testament à Louis XIII (1643). Sous la régence, Anne d'Autriche vint l'habiter avec Louis XIV : c'est alors qu'il prit le nom de Palais- Royal. Louis XIV le donna, en 1693, à son frère le duc d'Orléans. En 1763, il fut incendié et reconstruit par larchitecte Moreau, qui lui donna la disposition qu'il a aujourd'hui. Louis-Philippe (petit-llls du Régent) accrut considérablement ses dimensions, en achetant tout autour une large zone de terrains. Le Palais-Royal, devenu Palais-National sous la Révolution, fut affecté en 1800 au tribunat. En 1814, il fut rendu à la famille d'Orléans. Sous le second empire, il devint la demeure du prince Napoléon. Il est aujourd'hui affecté à la cour des comptes et au conseil d'État.

2. Louis Guillouet, comte d'Orvilliers, né à Moulins en 1708. Il' entra dans la marine, devint chef d'escadre en 1764, puis lieutenant général. En 1777 il livra la bataille d'Ouessant qui, bien qu'indécise, fut glorieuse pour nos armes. 11 donna sa démission en 1779, se retira dans un couvent, émigra en 1789 et mourut en 1791.

3. Le roi le dédommagea par la charge de colonel général des hussards .

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