‹ Mémoires. Publiés avec une préface et des notes par le duc de BroglieChapitre 41 sur 79 · Ml-.MOIUKS l)L" rUlNCK L» !■: ï A LLK YH AND · texte numérisé non relu

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les luire servir au prolil de l'avenir. « En toute chose il faut considérer la fin, » a dit le bon La Fontaine, et cela n'est pas une simple maxime d'apologue. Je dois ajouter que l'amiral Bruix* dont j'aimais et estimais le caractère, l'esprit fl le talent, devait être nommé ministre de la marine, ce qui faisait que j'arrivais aux affaires avec quelqu'un d'aussi étranger que moi aux façons du directoire, et avec qui je pouvais rn'entendre et sur le bien que l'on pouvait faire et sur le mal que l'on j)ouvait empêcher.

Pour donner une idée claire de ce que j'appelle ici les façons du directoire, je crois qu'il suffira de raconter ce qui se passa à la première séance à laquelle j'assistai. Une querelle s'engagea entre Carnot ^ et Barras ; ce dernier accusait son collègue d'avoir supprimé une lettre qui aurait dû être mise sous les yeux du directoire. Ils étaient debout l'un et l'autre. Carnot, en-levant la main dit : « Je jure sur ma parole d'honneur que cela n'est pas vrai ! — >'e lève pas la main . lui répond Barras, il en dégoutterait du sang. » Voilà les hommes qui gouvernaient, et c'est avec eux qu'il fallait essayer de faire rentrer la France dans la société européenne. Je me jetai dans cette grande entreprise.

Presque tous les ennemis (ju'avait eus la France depuis le

1. Eustache Bniix, né à Saint-Domingue en 1759, était lieutenant de vaisseau en 1789. Contre-amiral et ministre de la marine en 1798. Il mourut en 1805.

2. Lazare Carnot, né à Nolay (Cote-d'Or) en 1753, était otïicier d'artillerie en 1789. Député à l'Assemblée législative, puis à la convention, où il vota la mort du roi . Membre du Comité de salut public, il fut chargé de la préparation et de la direction de la guerre. Elu au conseil des Anciens par quatorze départements, il fut nommé directeur. Proscrit au 18 fructidor, il se réfugia à Genève. Sous le consulat, il fut ministre de la guerre, puis membre du Iribunat. En 1814, il fut nommé général de division et gouverneur d'Anvers. Ministre de l'intérieur sous les Cent jours, il fut exilé à la Restauration et mourut à llagdebourg en 1823.

début de la Révolution, avaient dû chercher leur salut dans une paix que la plupart avaient acheté par des cessions de territoire, ou par des contril)uli()Us pécuniaires ^ I/Autriche, battue en Italie, battue en Allemagne, voyant son territoire envahi de deux côtés, et sa capitale menacée par le général Bonaparte, avait déjà signé avec lui des préliminaires de paix à Leoben, et négociait le traité définitif qui fut celui de Campo-Formio. C'est entre les préliminaires et la signature du traité que je devins ministre des relations extérieures *. Le général Bonaparte, en apprenant ma nomination, écrivit au directoire pour lui en faire compliment, et m'adressa à cette occasion une lettre fort obligeante, A dater de cette époque, une correspondance suivie s'établit entre lui et moi'.

1. Voici la liste chronologique des traités qui mirent fin à la guerre de la première coalition. Traité avec le grand-duc de Toscane (Paris, 9 février 1795); avec la Prusse (Bàle, 5 avril 1795); avec l'Espagne (Bâie,. 22 juillet 1795); avec la Hesse-Cassel (Bàle, 28 août 1795); avec la Sardaigne (Paris, 15 mai 1796); avec le Wurtemberg (Paris, 7 août 1798); avec le margrave de Bade (Paris, 22 août 1796); avec le roi des Denx-Siciles (Paris, 11 octobre 1796); avec Parme (Paris, 5 novembre 1796), avec le pape (Tolentino, 19 février 1796) ; avec Venise (Milan, 16 mai 1797); avec le Portugal (20 août 1797) ; avec l'empereur (Campo-Formio, 17 octobre 1797).

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