juillet
3. Voici la lettre par laquelle Talleyrand entama ses relations avec Bonaparte :
P;irJs, 24 Juillet 17U7.
J'ai riionneur de vous annoncer, gôni'ral, que le directoire e.xécuiif m'a nommé ministre des relations extérieures. Justement effrayé des fonctions dont je sens la périlleuse importance, j'ai besoin de me rassurer par le sentiment de ce que votre gloire doit apporter de moyens et de facilité dans les négociations. Le nom seul de Bonapaile est un auxiliaire qui doit tout aplanir. Je m'empresserai de vous faire parvenu- toutes les vues que le directoire me chargera de vous transmettre, et la renommée, qui est votre organe ordinaire, me raviva souvent le bonheur de lui appiendre la manière dont vous les aurez remplies. {Correspondance inédile et officielle de Sapuleon Bonaparte avec le direcloire, les ministres, etc. Paris, |8I9, 7 vol. in-8.)
Je trouvais dans ce jeune vaiuqueur, dans ce qu'il faisait, disait ou écrivait, quelque chose d'assez nouveau, d'assez fort, d'assez habile et d'assez entreprenant pour attacher à son génie de grandes espérances. Au bout de ([uelques semaines, il signa le traité de Campo-Formio (17 octobre 1797).
De son côté, l'Angleterre avait envoyé en France un plénipotentiaire (lord Malmesbury), pour y parler de paix; mais cette démarche n'était pas sincère. Le ministère anglais avait alors besoin de simuler une négociation pour se tirer de ses embarras intérieurs ^
Telle était, au dehors, la situation de la France quand j'entrai dans le ministère.
Au dedans, un parti travaillait à changer l'ordre de choses existant, pour y substituer quoi ? c'est ce qu'on n'a jamais su et ce qu'on ne pourra jamais savoir ; car ce j)arti, peu nombreux, était composé de républicains, de constituants et de conventionnels, qui pouvaient être réunis par des haines, mais qui, certainement, ne pouvaient l'ôlre par aucun projet.
Ce qui se montra avec évidence, c'était la faiblesse de ce parti, qui fut renversé d'un soufile, et dont les chefs véritables ou prétendus furent, dans l'espace de quel(|ues heures, saisis pour la plupart, accusés, condanuiés sans être
1. Dès 1796, Pitt avait fait des ouvertures de paix, et envoyé Malmesbury à Paris. Les négociations furent rompues le 19 décembre 1796. L'année suivante, Malmesbury revint à Lille (4 juillet) et de nouveaux pourparlers furent entamés ; ils n'aboutirent pas davantage.
James Harris, comte de Malmesbury, était né en 1746. Secrétaire d'ambassade en 1768. Ministre à Rerlin, 1771; à Pétersbourg, 1777; à La Haye, 1783; membre de la Chambre des lords, 1788. Sa vie publique se termina avec ses missions en France. Il mourut en 1820.
entendus, et transportés à Cayenne, par ce que l'on appelait alors une loi^
La guerre civile continuait à désoler les campagnes de l'ouest, car les républicains étaient maîtres de presque toutes les villes. Cette guerre, dont les chefs ont laissé à leurs familles le beau titre de Vendéen, remplacé et gâté plus tard par celui de Chouan, était maintenue alors dans des limites hors desquelles on essayait en vain de l'étendre. Elle était devenue pour le gouvernement plus importune que dangereuse.
Les mots de République, de Liberté, d'Égalité, de Fraternité, étaient inscrits sur toutes les murailles, mais les choses que ces mots expriment n'étaient nulle part. Depuis les autorités les plus élevées jusqu'à celles de l'ordre le plus inférieur, à peine y en avait-il une seule qui ne fût arbitraire par sa formation, sa composition et son action. Tout était violent et, par conséquent, rien ne pouvait être durable.
Le jeune général Bonaparte, qui, depuis deux années, occupait avec tant d'éclat la scène du monde, ne voulait pas aller se perdre dans la foule des simples généraux; il voulait tenir en haleine la renommée, et continuer d'attirer sur lui les regards. 11 redoutait d'ailleurs une situation où il serait sans défense contre les dangers qui naîtraient de sa gloire même. Assez ambitieux pour désirer le rang suprême, il n'était pas assez aveugle pour croire à la possibilité d'y parvenir en France, à moins d'un concours d'événements qui
1. C'est le coup d'État du 18 fructidor, an V (4 septembre 1797), dirigé par le directoire assisté de l'armée contre les conseils, où les élections du mois de mai avaient envoyé une majorité contre-révolutionnaire. La plupart des élections furent cassées, et soixaute-cinq députés envoyés à Cayenne.
ne pouvait alors être regardé comme prochain, ni même
comme proljable.
L'Angleterre, au temps de Cromwell, n'avait qu'une seule armée. Cromwell, qui en avait choisi tous les officiers, n'avait parmi eux que des créatures. Hors de l'armée, il n'avait point de rivaux de gloire. Deux heures de fanatisme habilement employées lui suffisaient pour mettre les troupes qu'il commandait dans la disposition où il voulait. Eofin le long parlement qui avait concentré dans son sein tous les pouvoirs était usé ^ ; il exerçait une dictature qui avait lassé tous les partis; tous désiraient sa fin.
Ces circonstances manquaient à Bonaparte. Mais s'il n'avait point encore de chances de dominer, comme Cromwell, dans son propre pays, en revanche, il n'était pas impossible qu'il put se faire ailleurs une souveraineté, pourvu que la France lui en fournît les premiers moyens.
Après avoir signé à Campo-Formio la paix avec l'Autriche, et s'être montré un moment à Rastadt, lieu convenu pour traiter de la paix avec l'empire - (car, à l'exemple des anciens Romains, la république française avait pris pour maxime de ne point comprendre deux de ses ennemis dans une même paix), il vint à Paris proposer au directoire la conquête de l'Egypte.
1. Le long pai'leuient est le nuiii donné en Angleterre au dernier parlement convoqué par Charles I". Assemblé en 1640, il dura plus de vingt ans. En 1648, Cromwell en fit sortir tous les membres hostiles à sa politique, et, en 1653, le chassa entièrement. Rappelé en 1659 et désigné sous le sobriquet de parlement-croupion, il se sépara en 1660.
2. Depuis le traité de Campo-Forraio, un congrès s'était réuni à Rastadt (grand-duché de Radej, pour régler les questions encore en litige (navigation du Rhin, indemnités aux princes dépossédés, etc.). Réuni au commencement de 1798, il fut brusquement interrompu par la guerre au début de l'année suivante.
Je ne l'avais jamais vu. Au moment de ma nomination au ministère des relations extérieures, il m'avait écrit, comme je l'ai déjà dit, une lettre longue, faite avec soin, et dans laquelle il voulait que j'aperrusse un homme autre que celui qu'il avait semblé être jusqu'alors sur le théâtre des affaires. Cette lettre est assez curieuse pour que je désire qu'elle soit placée à la suite de ces Mémoires^. L<> soir de son arrivée à Paris, il m'envoya un aide de camp pour me demander à quelle heure il pourrait me voir. Je répondis que je l'attendais ; il se fit annoncer pour le lendemain à onze heures du matin. Je le fis dire à madame de Staël, qui, à dix heures, était dans mon salon. Il y avait aussi quelques autres personnes que la curiosité y avait amenées. Je me rappelle que Bougainville " s'y trouvait. On annonça le général, j'allai au-devant de lui. En traversant le salon, je lui nommai madame de Staël à laquelle il fit peu d'attention; il ne remarqua que Bougainville à qui il dit quelques mots obligeants.
Au premier abord, il me parut avoir une figure charmante ; vingt batailles gagnées vont si bien à la jeunesse, à un beau regard, à de la pâleur, et à une sorte d'épuisement. Nous entrâmes dans mon cabinet. Cette première conversation fut, de sa part, toute de confiance. 11 me parla avec beaucoup de bonne grâce de ma nomination au ministère des relations extérieures, et insista sur le plaisir qu'il avait eu à corres-
1. CeUe lettre n'a pas été retrouvée dans les papiers du prince de Talleyraiid.
2. Louis-Antoine de Bougainville, né en 1729, fut d'abord secrétaire d'ambassade, puis officier de dragons. Il n'entra dans la marine qu'à trente-quatre ans. En 1766, il entreprit un voyage de circumnavigation qui dura trois ans. Il quitta la marine en 1790, entra à l'Institut (1796), fut sénateur sous l'empire, et mourut en 1814.
pondre en France avec une personne d'une autre espèce que les directeurs. Sans trop de transition, il me dit : « Vous êtes neveu de l'archevêque de Reims, qui est auprès de Louis XVIII, » (Je remarquai, qu'alors, il ne dit point du comte de Lille ^) ; et il ajouta : « J'ai aussi un oncle qui est archidiacre en Corse ^; c'est lui qui m'a élevé. En Corse, vous savez qu'être archidiacre, c'est comme d'être évêque en France ». Nous rentrâmes bientôt dans le salon qui s'était rempli, et il dit à haute voix : « Citoyens, je suis sensible à l'empressement que vous me montrez; j'ai fait de mon mieux la guerre, et de mon mieux la paix. C'est au directoire à savoir eu profiter, pour le bonheur et la prospérité de la république ». Puis nous allâmes ensemble au directoire.
Les irrésolutions et les jalousies du directoire rendirent à Bonaparte les premières semaines qu'il passa à Paris un peu difficiles. Je lui donnai une fête pour célébrer ses victoires d'Italie et la belle paix qu'il venait de faire. Je ne négligeai rien pour la rendre brillante et populaire ; et cela avait quelque difficulté, parce qu'il fallait se tirer de ce qu'avaient de trop commun les femmes des directeurs, qui, comme de raison, occupaient le premier rang. On avait orné avec
1. C'était sous ce nom que Louis XVIII s'était fait appeler en émigration.
2. Joseph Fesch, né en 1763, à Ajaccio. Il était en 1789, archidiacre du chapitre de cette ville. Ayant protesté contre la constitution civile, il abandonna le chapitre, quitta l'habit ecclésiastique, et devint commissaire des guerres à l'armée d'Italie (1795). Après le 18 brumaire, Fesch reprit ses fonctions sacerdotales, fut archevêque de Lyon (1802), cardinal, ambassadeur à Rome (1804). 11 fut rappelé en 1808. Pair de France sous les Cent-jours, il se retira à Rome à la Restauration et mourut en 1839.
autant de luxe que possible les appartements où on était réuni ; chacun m'en faisait compliment, « Cela a dû vous coûter gros, citoyen ministre », me dit madame Merlin, femme du directeur*. — « Pas le Pérou, Madame », repris-je sur le même ton. — Une foule d'autres quolibets, presque tous vrais, remplirent Paris le lendemain.
Le directoire projetait alors une expédition en Irlande ^ ; le commandement avait été d'abord destiné à Hoche qui mourut dans les entrefaites ^ : on voulut alors le donner au général Bonaparte, auquel cela ne convenait sous aucun rapport. Cette entreprise, soit qu'elle réussît, soit qu'elle échouât, devait nécessairement être de courte durée, et à son retour, il ne tarderait pas à se retrouver dans la situation qu'il voulait éviter. L'armée qu'il aurait conduite en Irlande ne serait pas un instrument dont il pourrait disposer pour ses propres vues, et enfin l'Irlande n'était pas un pays où il pût espérer de se faire un établissement solide.
11 ne pensait pas davantage à s'en faire un en Egypte, ni en général dans aucun pays qu'il aurait conquis à la tête d'une armée française. Il ne se flattait pas encore que cette armée
1. Merlin de Douay (1734-1838), ancien membre de l'Assemblée constituante et de la Convention. En 1795, il devint ministre de la justice, puis de la police générale, enfin directeur après le 18 fructidor; sous l'empii-p, il fut premier président de la Cour de cassation.
2. Le directoire avait voulu attaquer F Angleterre chez elle. L'Irlande avait paru un terrain propice ; on pouvait espérer un soulèvement des populations. Une première tentative de débarquement avait échoué en janvier 1797. Une deuxième expédition partit en août. Le général Humbert débarqua avec 1 100 hommes dans le golfe de Shgo, fut vainqueur à Killala et à Castebar, mais fut vaincu à Ballinamuck et contraint de capituler.
3. Hoche mourut subitement le 18 septembre 1797. Il était alors général en chef des armées de Sambre-et-Meuse et de Uiiin-et-Moseile.
consentît à n'avoir vaincu que pour lui, et lui laissât prendre une couronne, ou la lui mît sur la tête. Il s'en flattait d'autant moins, que, les troupes sur lesquelles il avait le plus d'ascendant, et que par cette raison, il désirait le plus emmener, étaient celles qui venaient de faire sous ses ordres les campagnes d'Italie; or, lui-même avait pris soin de nourrir, et d'exalter en elles le fanatisme républicain. Mais, qu'elles servissent à le mettre en position d'apparaître aux chrétiens d'Orient et à tous les Grecs comme un libérateur prêt à briser leurs fers, c'était là tout ce qu'il demanderait d'elles, comptant pour le reste sur le nombre, l'énergie et la reconnaissance de ces mêmes Grecs, et, surtout, sur des chances imprévues.
De telles espérances, s'il les eût laissé apercevoir, n'auraient pas été propres à faire réussir sa négociation auprès du directoire. Aussi ne paraissait-il occupé que des intérêts de la France. Il montrait l'Egypte comme une colonie valant, à elle seule, toutes celles que la France avait perdues, et comme un point d'oii l'on pouvait porter de grands coups à la puissance des Anglais dans l'Inde. Cependant la fougue de son imagination et sa loquacité naturelle l'emportant hors de toute prudence, il parlait quelquefois de revenir en Europe par Constantinople, ce qui n'était pas trop le chemin de l'Inde; et il ne fallait pas une grande pénétration pour deviner que s'il arrivait à Constantinople en vainqueur, ce ne serait pas pour laisser subsister le trône de Sélim, ni pour substituer à l'empire ottoman une république une et indivisible.
Mais il paraissait si utile au directoire de se débarrasser d'un homme qui lui faisait ombrage, et qu'il n'était pas en mesure de contenir, qu'il finit par céder aux instances de Bonaparte,
ordonna l'expédition d'Egypte, lui en donna le commandement, et prépara ainsi les événements qu'il avait le plus à cœur de prévenir.
Je dois rappeler ici sommairement dans quelle situation était l'Europe à l'égard de la France, au moment du départ de Bonaparte.
L'impératrice Catherine de Russie s'était prononcée la première contre la Révolution française, mais toute sa politique s'était bornée à donner de l'éclat à ses opinions dans des dépêches qu'avaient ordre de montrer ses ministres dans les différentes cours. J'en ai vu un grand nombre entre les mains de M. le prince de Nassau ^ . Elle s'était bien gardée de prendre part à une guerre qui devait nécessairement avoir pour résultat l'affaiblissement de ses voisins, et, par conséquent, l'augmentation de sa puissance relative. >.'e craignant point pour ses États la contagion des principes français, et bien plus inquiète des efforts que la Pologne venait de faire pour sortir de son anarclîie, elle avait saisi le moment où la France, la Prusse et l'Autriche étaient aux prises, pour compléter le démembrement de ce royaume qu'elle s'était approprié en partie, laissant le reste à l'Autriche et à la Prusse ^. Bientôt après, elle mourut (17 novembre 1796).
1. Le prince Othon de Nassau-Siegen, né en 17'i5, accompagna Bougainville dans son voyage autour du monde (176G-17G9). A son retour, il entra au service de la France, passa ensuite en Espagne ou il reçut la grandesse et le grade de généial. En 1787, il alla en Russie, fut nommé chef d'escadre, et chargé de diverses missions diplomatiques à Vienne, Versailles et Madrid. Vice-amiral en 1790, il fut battu par le roi Gustave III. Il rentra alors dans la vie privée, -sint à Paris en 1802 et mourut en 1809.
2. C'est le troisième et dernier partage de la Pologne (Il février 1795)
On ne peut dire ce que son successeur Paul P"", qui avait hérité de la maladie de son père Pierre III, aurait fait, sans l'invasion de l'Egypte par la France. Mais cette invasion devint pour lui un motif déterminant et péremptoire.
Depuis le temps de Pierre 1*='', la Russie n'avait cessé de considérer la Turquie européenne comme une proie qui lui était dévolue, mais qu'elle devait dévorer peu à peu, ne pouvant Fengloutir tout d'un coup. Cette proie lui serait échappée pour toujours, si, par une révolution, la Grèce eût été rendue à rindéi>endance ; et cette révolution, l'invasion de l'Egypte, non seulement la lui faisait craindre, mais la lui montrait comme inévitable.
Paul P"", d'ennemi naturel des Turcs, devint immédiatement leur allié; il se ligua avec l'Angleterre. L'Autriche se joignit à eux et rentra d'autant plus facilement dans la lice, qu'elle n'en était sortie que malgré elle, et que, depuis la paix de Campo- Formio, la France lui avait donné de justes sujets d'alarmes.
Des discussions entre les Vaudois et le sénat de Berne, leur souverain, avaient servi de prétexte au directoire pour faire pénétrer des deux côtés des troupes en Suisse, et changer la confédération en une république une et indivisible ^ .
Sous d'autres prétextes, les Etats romains avaient été envahis par l'armée française, le pape Pie YI traîné captif à la chartreuse de Florence, et ensuite à Valence, en Dauphiné, oii
1. Les cantons suisses n'étaient pas alors comme aujourd'hui, tous indépendants. Le canton de Vaud, notamment, était soumis à Berne. Il se souleva et fut battu. Beaucoup de Vaudois se réfugièrent en France. Tous repi'ésentèrent la Suisse comme asservie au parti fédéraliste que dominait l'Autriclie, et sollicitèrent l'intervention du directoire. La Suisse fut envahie (février 1798), et la république du Léman fut proclamée, avec une constitution analogue à celle de la France.
il mourut; son gouvernement remplacé par celui que l'on appelait alors républicain^.
Le roi de Naples, effrayé et non sans raison, mais à qui la prudence commandait de se tenir tranquille et d'attendre, ayant fait témérairement, et contre l'avis de la cour de Vienne, une levée de boucliers avec des troupes sans expérience et sans discipline, avait dû chercher un asile en Sicile, abandonnant son royaume de Naples, que le directoire français métamorphosa bientôt en république parthénopéenne ^.
Si à cette époque le directoire eût voulu faire de l'Italie un boulevard pour la France, il le pouvait, en appelant tout ce beau pays à ne former qu'un seul Étal. Mais bien loin de cette pensée, il frémit en apprenant qu'on s'occupait secrètement en Italie de la fusion dos nouvelles républiques en une seule, et il s'y op})Osa autant qu"il était en lui. Il voulait des républiques, ce qui le rendait odieux aux monarchies, et il ne voulait que de petites républiques faibles pour pouvoir occuper militairement leur territoire, sous prétexte de les défendre, mais en réalité, afin de les dominer et de nourrir ses troupes à leurs dépens, ce qui le rendait odieux à ces mêmes républiques.
Tous ces Ijoulcversements, opérés dans le voisinage de l'Autriche, changeaient trop sa situation relative pour qu'elle en demeurât paisible spectatrice.
1. Le 27 décembre 1797, une émeute avait éclaté à Rome; le général Duphot a\ait été tué. Le 10 février suivant, le général Berthier s'empara de la ville. Cinq jours après, la république romaine était proclamée par le peuple à l'instigation du directoire.
2. Janvier 1790. Le roi de Naples était alors Ferdinand IV, fils du roi d'Espagne, Charles III. Il avait épousé Marie-Caroline, fdle de l'impératrice Marie-Thérèse.
Son premier intérêt, en reprenant les armes, était de faire rompre les négociations de Rastadt : elle y réussit ; mais il est fâcheux pour ulle, qu'à cette rupture se joignit l'assassinat des plénipotentiaires français'. Après cet événement, on dut s'attendre à un renouvellement furieux de la guerre.
Le directoire avait, pour la faire, assez de soldats ; mais depuis la proscription de Carnot (au 18 fructidor), il ne lui restait plus personne en état d'en diriger les opérations; et do tous les généraux à grande renommée, il n'y avait plus en France que Moreau-. Mais il était accusé, sinon d'avoir pris part aux projets contre-révolutionnaires de son ami Pichegru-^ du moins de les avoir connus, et de ne les avoir révélés qu'après coup. Il était tombé à cause de cela dans la disgrâce des républicains, à tel point que le directoire, même avec le désir de lui confier un commandement, ne Faurait pas osé.
1. MM. Roberjot, Bonnier et Debry : seul le troisième survécut à ses blessures.
2. Victor Moreau, né à Morlaix eu 1763, était en 1787, prévôt de l'école de droit de Rennes. Engagé en 1792, il était général l'année suivante et commanda successivement l'armée du Rhin (1796), l'armée d'Italie (1799), puis de nouveau l'armée du Rhin [1800). Très hoslile au premier consul, il fut accusé de complicité dans la conspiration de Cadoudal, et condamné à deux ans de prison. Bonaparte commua cette peine en un exil. En 1813, Jloreau, revenu d'Amérique, servit dans l'armée russe comme feld- maréchal et fut mortellement blessé à Dresde (26 août).
3. Charles Pichegru (1761-1804), était sous-ofTicier d'artillerie en 1789. En 1793, il fut nommé général en chef de l'armée du Rhin, passa à l'armée du Nord en 1794, et s'empara de la Hollande. Il se laissa gagner par le parti royaliste et noua des relations avec les chefs de l'armée de Condé. Devenu suspect au directoire, il fut destitué en 1796. Élu en 1797 au conseil des Cinq Cents, il devint le chef du parti contre-révolutionnaire. Aussi fut-il, au 18 fructidor, arrêté et déporté en Guyane. Il s'évada peu après, passa en Angleterre, entra en 1803 dans la conspiration de Cadoudal, fut arrêté à Paris et s'étrangla dans sa prison.
]] crut beaucoup faire en permettant à Moreau d'aller comme simple volontaire à l'armée dltalie.
Sa présence à cette armée ne l'empêcha pas d"étre battue complètement et mise en déroute dès la première action. Macdonald', qui accourait du fond de l'Italie pour se -joindre à elle avec trente-cinq mille hommes, fut abîmé à la Trébia".
Tous ces fantômes de républiques que le directoire avait élevés, disparurent au premier revers de l'armée française, et pas un Français ne serait resté en Italie, sans la précaution que le directoire avait prise de se faire remettre eu dépôt toutes les places fortes du Piémont. Moreau, en ralliant dans ces places et autour d'elles les débris des armées battues put arrêter les progrès de Fennemi.
Lorsque le directoire avait révolutionné la Suisse, il ne se doutait pas qu'il rouvrait une route feriuée depuis des siècles, par laquelle les étrangers devaient un jour pénétrer en France, et y opérer le grand changement que les révolutionnaires redoutaient. Il fut sur le point d'en faire luimôme 1 expérience, mais l'archiduc Charles *, en quittant la Suisse pour aller faire l'inutile siège de Philipsbourg, et ne laissant dans ce pays qu'un corps de Russes, prépara à
1. Alexandre Maedonald (1705-1840) , issu d'une famille irlandaise, s'engagea dans le régiment irlandais de Dillon, devint général de division en 1795 et gouverneur des États romains en 1798. Il l'ut disgracié en ISOi, reprit du service en 1809 et devint maréchal et duc de Tarente après Wagram. En 1814, il fut nommé membre de la Cliambre des pairs, puis grand chancelier de la Légion d'honneur (1816).