octobre
au point où l'on en était, il fallait vouloir ce qu'il voulait ; la nature même des choses le rendait maître de la négociation. La qualité de membre du directoire ne le menait à rien.
On convint donc qu'au directoire on substituerait trois consuls provisoires qui, conjointement avec deux commissions des conseils, prépareraient une constitution nouvelle, laquelle serait soumise à l'acceptation dos assemblées primaires, car la souveraineté du peuple était un dogme que personne, alors, ne songeait à contester '.
1. Quelques jours avant la journée du 18 brumaire, il survint chez moi une petite scène qui n'emprunte son intérêt que des circonstances. Le général Bonaparte, qui logeait rue Chantereine, était venu un soir causer avec moi des préparatifs de cette journée. J'habitais alors une maison rue Taitbout, qui a porté depuis le numéro 24, je crois. Elle était située au fond d'une cour, et, du premier étage, on communiquait par des galeries à des pavillons qui donnaient sur la rue. Nous étions dans le salon éclairé par quelques bougies et très animés dans notre conversation ; il était une heure du matin, lorsque nous entendîmes un grand bruit dans la i*ue ; à un roulement; de voitures se mêlaient les piétinements d'une escorte de cavalerie. Les voitures s'arrêtèrent tout à coup devant la porte de ma maison. Le général Bonaparte pâlit, et je crois bien que j'en fis autant. Nous pensâmes, au même instant, qu'on venait nous arrêter par ordre du directoire. Je soufflai sur les bougies, et je me rendis à petits pas, par la galerie, vers un des pavillons qui donnait sur la rue, et d'où on pouvait voir ce qui s'y passait. Je fus quelque temps sans pouvoir me rendre compte de tout ce mouvement, qui, bientôt cependant, s'expliqua d'une façon assez grotesque. Comme à cette époque, les rues de Paris étaient fort peu sûres pendant la nuit, quand les maisons de jeu se fermaient au Palais Royal, on rassemblait tout l'argent qui avait servi à tenir le jeu, on le portait dans des fiacres, et le banquier des jeux avait obtenu de la police, qu'une escorte de gendarmes qu'il payait accompagnerait chaque nuit les fiacres jusqu'à son domicile qui était rue de Clichy, ou près de là. Cette nuit-là, quelque chose avait cassé à un des fiacres précisément devant ma porte, et c'était ce qui avait motivé le temps d'arrêt qu'on y faisait, et qui dura un quart d'heure environ. Nous rîmes beaucoup, le général et moi, de notre panique qui n'était toutefois que bien naturelle, quand on connaissait, comme nous, les dispositions du directoire et les extrémités auxquelles il était capable de se porter. {Note du prince de Talleyrand.)
Ce plan arrangé, le conseil des Anciens, en verlu de la prérogative que la constitution lui donnait, et sous prétexte de l'agitation qui régnait dans Paris, transféra le Corps législatif à Saint-Cloud. On se flattait par là de prévenir tout obstacle au plan concerté. On avait pour soi les deux membres les plus influents du directoire (Siéyès et Barras), la grande majorité du conseil des Anciens, et une partie du conseil des Cinq- Cents. La garde directoriale, Augereau qui en était le chef depuis le 18 fructidor, une foule d'ofTiciers généraux' et de militaires de tout grade, et quelques amateurs au nombre , desquels j'étais, se portèrent à Saint-Cloud, le 18 brumaire (9 novembre 1799).
Malgré cet appareil de forces, on rencontra dans le conseil des Cinq-Cents une opposition telle, qu'il s'en fallut peu qu'elle ne fit tout échouer. Il n'était pourtant question que de substituer un mode de po/i/ga/'ckie à un autre. (Il me faut toujours en revenir à ce mot barbare, à défaut de son synonyme.) Qu'on juge donc ce qui serait arrivé à celui qui aurait imaginé de jouer le rôle de Monck, et qui aurait eu contre lui presque tous ceux qui concoururent de manière ou d'autre au succès du 18 brumaire. Enfin, moitié persuasion, moitié terreur, on l'emporta. Le directoire fut dissous; Siéyès, Roger Ducos^ et Bonaparte furent nommés consuls, et il ne resta des conseils que les commissions qui devaient travailler au projet de constitution.
1. Le comte Roger Ducos, né en 1754, avait été député à la Convention où il avait voté la mort du roi. Député au conseil des Anciens. Président de ce conseil en 179G. Il fut nommé directeur au 30 prairial. Au 18 brumaire, il seconda activement Bonaparte, devint consul provisoire, puis sénateur sous l'empire. En 1814, il adliéra à la déchéance, fut néanmoins panda France pendant les Cent-jours. Exilé en 1815, il mourut à Ulm en 181G.
27/t MEMOIRES DU l'IUNCE DE TALLKYRA.M».
A dix OU douze jours de là, je repris le porlefeuillc des affaires étrangères.
Parmi les puissances étrangères amies de la France, il n'y en avait aucune à qui le renversement du directoire ne dût être agréable ou tout au moins indifférent. Un changement de disposition de leur part n'étant pas à craindre, on n'avait point de démarclies à faire pour le ])rcvenir. Quant aux puissances hostiles, c'était par de nouvelles victoires seulement qu'on pouvait espérer de les ramener à des sentiments pacifiques. Mais si Ton n'avait point à négocier avec le dehors, on suivait au dedans la plus importante et la plus délicate des négociations, à laquelle, bien que je ne fusse point appelé à intervenir officiellement, je ne pouvais être ni étranger ni indifférent. Il fallait rétablir la monarchie ou avoir fait en vain le 18 brumaire, €l ajourner l'espérance de son rétablissement à une époque incertaine et peut-être indéfinie. Rétablir la monarchie n'était pas relever le trône. La monarchie a trois degrés ou formes : elle est élective à temps, ou élective à vie, ou héréditaire. Ce qu'on appelle le trône ne peut appartenir à la première de ces trois formes, et n'appartient pas nécessairement à la seconde. Or, arriver à la troisième, sans passer successivement par les deux autres, à moins que la France ne fût au pouvoir de forces étrangères, était une chose absolument impossible. Elle aurait pu, il est vrai, ne l'être pas, si Louis XVI eût vécu, mais le meurtre de ce prince y avait mis un insurmontable obstacle.
Le passage de la polygarchie à la monarchie héréditaire ne pouvant pas être immédiat, il s'ensuivait par une con-
séquence nécessaire, que le rétablissement de celle-ci, et le rétablissement de la maison de Bourbon ne pouvaient pas être simultanés. Ainsi, c'était une nécessité de travailler au rétablissement de la monarchie, sans s'occuper de la maison de Bourbon que le temps pourrait ramener, s'il arrivait que celui qui aurait occupé le trône, s'en montrât indigne et méritât de le perdre. Il fallait faire un souverain temporaire, qui pût devenir souverain à vie. et enfin monarque héréditaire. La question nétait pas si Bonaparte avait les qualités les plus désirables dans un monarque; il avait incontestablement celles ({iii étaient indispensables pour réaccoutumer à la discipline monarchique la France, encore infatuée de toutes les doctrines révolutionnaires, et nul ne possédait ces qualités au même degré que lui.
La vraie (piestion était conmient on ferait de Bonaparte un souverain temporaire. Si on proposait de le nommer seul consul, on trahissait des vues que l'on ne pouvait voiler avec trop de soin. Si on lui donnait des collègues qui lui fussent égaux en titre et en pouvoir, on restait dans la polygarchie.
On restait dans la polygarchie, si on établissait un corps législatif ou permanent, ou devant se réunir à des époques déterminées sans convocation, et s'ajourner lui-même. Si ce corps, fùt-il partagé en deux assemblées distinctes, pouvait seul faire des lois, on restait dans la polygarchie. Enfin, on restait dans la polygarchie si les administrateurs principaux et les juges surtout, devaient continuer à être nommés parles assemblées électorales. Le problème à résoudre était, on le voit; très compliqué et hérissé de tant de difficultés, qu'il était
276 Ml'MUlUES DU PRINCE DE TALLEYRAND.
presque impossible d'éviter l'arbitraire. Aussi ne l'évila-t-on pas.
On créa, non pas trois consuls égaux, mais un premier, un second et un troisième consul, avec des attributions respectives telles, qu'à peu de choses près, le premier avec quelques interprétations que Bonaparte, mieux que personne, savait donner lorsqu'il s'agissait de son propre pouvoir, se trouva seul investi par le fait, de la part d'autorité qui, dans les monarchies tempérées ou constitutionnelles est exercée par le monarque. La seul différence essentielle était, qu'au lieu de se borner à lui laisser la sanction des lois, on lui en attribuait aussi l'initiative, cumulation de rôles qui lui devint funeste à lui-même.
Pour rendre le pouvoir du premier consul plus effectif encore, je fis le jour même de son installation une proposition qu'il accepta avec empressement. Les trois consuls devaient se réunir tous les jours, et les ministres de chaque département rendre compte devant eux des affaires qui étaient dans leurs attributions. Je dis au général Bonaparte que le portefeuille des affaires étrangères, qui, de sa na'ure est secret, ne pouvait être ouvert dans un conseil, et qu'il fallait qu'il se réservât à lui seul le travail des affaires étrangères, que le chef seul du gouvernement devait avoir dans les mains et diriger. 11 sentit l'utilité de cet avis; et connue au moment de l'organisation d'un nouveau gouvernement, tout est plus facile à régler, on établit, dès le premier jour, que je ne travaillerais qu'avec le premier c )nsul.
Le premier acte du général Bonaparte, en qualité de premier consul, fut d'écrire au roi d'Angleterre une lettre où iJ
exprimait le vœu d'une prompte réconciliation entre les deux pays. Il fit une démarche semblable envers l'empereur d'Autriche. Ces deux tentatives n-'amencrent point de réconciliation, et ne pouvaient point en amener, mais elles eurent une influence heureuse sur la paix intérieure, parce qu'elles annonçaient des dispositions qui devaient être agréables au peuple, en lui révélant un homme d'État habile dans le grand général devenu chef du gouvernement. Cela fait, les refus des deux cabinets étant bien constatés par le manque de réponse à ces lettres, qui n'eurent pas même l'honneur d'un accusé de réception \ Bonaparte ne songea plus qu'à se mettre en mesure d'aller chercher l'ennemi sur un champ de bataille où il ne devait plus trouver que des Autrichiens. Paul I", mécontent de l'Autriche par laquelle il croyait avoir été trompé ^ avait rappelé ses troupes de l'Allemagne. Le premier consul, saisissant cette circonstance, fit réunir le peu de prisonniers russes qui se trouvaient en France, ordonna qu'on les habillât à neuf, et les renvoya chez eux sans rançon. Il chargea un des officiers qui les commandaient d'offrir à l'empereur Paul l'épée de la Valette trouvée à Malte. On sait que l'empereur de Russie avait pris l'ordre de
1. Lord Grenville et M. de Thugut répondirent tous deux à M. de Talleyrand pour repousser les propositions du premier consul.
2. Souwaroff venait de s'emparer du Piémont, et, d'après les ordres de son maître, avait écrit au roi de Sardaigne pour l'inviter à rentrer dans ses États. L'Autriche, qui convoitait toute l'Italie du nord, s'émut de cette conduite, et le conseil aulique qui avait la direction des opérations militaires se débarrassa de cet allié gênant en l'envoyant en Suisse. L'armée russe souffrit cruellement en traversant les Alpes, et fut détruite à Zui-icli. L'empereur Paul et Sou^varoff furent profondément irrités contre l'Autriche qu'ils accusaient de ce désastre, et les troupes russes furent rappelées.
t>78 .MHMOilîKS J)U PIIINCK DK T ALLE Y RAM).
Malle sous sa protection spéciale K Touché de ces procédés délicats, l'empereur Paul qui se passionnait aisément fit faire à la France, par le général de Sprengtporten^, des ouvertures de paix, qui suivies, par M. de Kalitchelî, menèrent à un traité définitif que je négociai et signai avec M. de Markofî-^ .
1. L'intervention du czai* Paul dans les alTaires de l'ordre de Malte est une des singularités de l'histoire de ce temps. Les rapports entre les doux puissances datent de 1795. L'ordre possédait de grands biens en Pologne. Ces biens étant englobés dans les territoires échus à la Russie à la suite du partage de 1795, le giand maître prince de Rohan chercha à négocier un arrangement avec Catherine. L'empereur Paul, étant sur ces entrefaites monté sur le trône, prit l'affaire à cœur, entra en relations avec Malte, et s'éprit d'une vive admiration pour les vieilles et glorieuses traditions des chevaliers de Saint-Jean. Le 4 janvier 1797, fut signé un acte aux termes duquel les biens de l'ordre de Pologne étaient érigés en grand prieuré de Russie. Soixante-douze commanderies furent créées en un an. Le czar et son fils devinrent chevaliers de Malte. Après la prise de l'île par les Français, le czar, sur la demande de ce grand prieuré, se déclara protecteur de l'ordre (septembre 17lJ8), et deux mois après, la place de grand maître étant devenu vacante, une fraction de l'ordre eut l'idée de l'offrir au czar. Paul accepta solennellement sa nouvelle dignité, lîonaparte proQta habilement de ces circonstances pour se rapprocher de la Russie et la détacher de l'Angleterre. C'est alors qu'il envoya au czar, soit lépée du grand maître La Valette, trouvée à Malte, soit, d'après une autre autorité, l'cpée du grand maître Yilliers de l'Ile- Adam, que Léon X aurait donnée à cet illustre guerrier, en souvenir de sa belle défen>e de Rhodes. Lorspie Malte fut prise par les Anglais, Paul la réclama en qualité de grand maître (septembre 1800). Mais ceux-ci refusèrent formellement de céder ce poste important, et une rupture s'ensuivit. La mort de Paul (mars 1801) termina ce curieux épisode. Son successeur, Alexandre, ne réclama pas l'île, et Taifaire en resta là. (Consulter les Mémoires de l'abbé Georgel).
2. Le baron Joram de Sprenstporten, général suédois, l'un des auteurs de la révolution de 1772, passé ensuite au si rvice de la Russie. Il devint gouverneur de la Finlande, après la conquête de ce pays par la Russie et mourut dans l'oubli.
3. 8 octobre 1801. — Arcadi Ivanovitch, comte Markoff, était, sous le règne de Catherine, premier conseiller aux ali'aires étrangères. Tombé en disgrâce sous Paul 1", il fut rappelé par Alexandre et nommé ambassadeur à Paris en 1801. Il encourut l'inimitié de Bonaparte qui demanda et obtint son remplacement. De retour en Russie, Markoff fut souvent chargé de missions diplomatiques importantes. Il mourut à un âge très avancé.
M. de Markofî avait débuté dans les afîaires sous le règne de l'impératrice Catherine, et avait été envoyé plus tard à Paris, comme un des plus habiles hommes d'afTaires de Russie, il me parut un homme d'humeur, sans instruction, mais spirituel. Son humeur portait alors sur son propre gouvernement, ce qui est fort commode pour le ministre des affaires étrangères d'un autre pays. Tant que l'empereur Paul vécut, les communications d'afl'aires étaient faciles et même agréables, mais h l'avènement de l'empereur Alexandre, M. de Markoff devint arrogant et insupportable. C'est avec lui que je traitai la grande affaire des sécularisations en Allemagne ^
Le général Carnot, membre du directoire, échappé de Cayenne oîi il avait été si cruellement exilé avec tant d'autres au 18 fructidor, était depuis quelque temps placé au ministère de la guerre. Son premier soin, en rentrant dans les affaires, fut de rassembler deux armées, l'une sur le Rhin, l'autre au pied des Alpes. Le généi-al Moreau eut le comman-
1. il faudrait faire un volume, et ptsut-ëtre le ferai-je, pour bien rendre compte de cette importante question. M. le marquis de Lucchesini l'a essayé, mais dans son ouvrage, il ne s'est occupé que de juslifications personnelles. Triste manière d'écrire l'histoire de son temps, car elle modifie rarement l'opinion des contemporains. Lorsqu'on est appelé à régler des qu stions politiques, d'une grande impoi'tance, il faut laisser à ceux dont les intérêts privés ont éîé sacrilîés à l'intérêt général, la consolation de s'en prendre aux négociateurs et de les calomnier sans scrupule. Jusqu'à présent ce ([ui a paru de plus exact sur cetle époque, c'est l'ouvrage de M. le baron de Gagern, homme d'esprit, attaché à la maison de Nassau. {Note (lu prince de Talleyrand.)
Le marquis Jérôme de Lucchesini (1752-1825), diploaiate prussien, fut ambassadeur à Paris en 1802. L'ouvrage dont il est fait mention ci-dessus : Sulle cause e gli effeti délia confederazione rhenana, fut publié en italien sous le voile de l'anonyme (Florence 1829).
Le baron Jean de Gagern (1766-1852) fut ministre du prince de Nassau à Paris sous le consulat. 11 a laissé de nombreux ouvrages d'histoire et de politique contemporaine.
dément de la prcini''!re, Bonaparte avec la seconde, s'élance sur l'Italie par une route nouvelle, et passe sans perdre un canon le grand Saint-Bernard (20 mai 1800.) II tombe à l'improviste sur les Autrichiens, et, après plusieurs combats heureux, il leur livre le li juin à Marengo une bataille à la fin de laquelle, la fortune aidée par le général Desaix^ et le général Kcllcrmann ^, se déclare pour lui, quand lui-même ne 1 espérait plus. L'armistice qui en fut la suite, le rendit de nouveau maître de l'Italie. Averti par les craintes qu'U avait eues d'une défaite, il sut alors profiter de la victoire sans en abuser. Il sentit le besoin d'afîermir son pouvoir avant de l'accroître, et sachant bien que la gloire militaire serait son principal titre à la puissance à laquelle il aspirait, il redoutait les victoires dont la France ne lui serait pas redevable, presque autant que des revers qu'il essuierait lui-même. Aussi se hâta-t-il de poser par son armistice les bases d'une nouvelle paix dans laquelle l'empire d'Allemagne serait compris, ce qui rendit presque inutile la victoire d'Hollenlinden^ qui avait ouvert le chemin de Vienne au général Moreau.
1. Louis-Antoiue Désais, issu d'une famille noble originaire d'Ayat, près de Riom, et connue avant la Révolution sous le nom de Des Aix de Veygoux. Né en 1768, Désais était en 1789, sous-lieutenant au régiment de Bretagne. 11 devint commissaire des guerres en 1791 et général de division en 1794. Il se lia intimement avec Bonaparte, le suivit en Egypte, revint «n Europe après le traité d'El Ariscli, et l'ut tué à Marengo, 14juin 1800.
2. François-Etienne Kellermann (1770-1830) é;ait le fds du vieux maréchal Kellermann, duc de Valmy. Il élait général de brigade à Marengo où il décida la victoire à la tête de sa cavaleiie. 11 devint pair de France sous les Cent-jours, fut exclu de la Chambre par Louis XVIII et n'y rentra qu'en 1830.
3. Village de Bavière à 30 kilomètres à l'est de Munich. La victoire de Mon au sur l'archiduc Jean est du 3 décembre 1800.
Le traité entre la France et l'Autriche stipulant pour ellemême et pour l'empire, devait être négocié à LunéviJIe, et le comte Louis de Cobenzl' avait été désigné comme plénipotentiaire par l'empereur qui l'avait autorisé à se rendre à Paris avant l'ouverture des négociations. La cour de Vienne l'avait choisi, parce qu'il avait traité à Campo-Formio avec Bonaparte, qui n'était alors que général de l'armée d'Italie, et qu'il s'était établi entre eux des rapports de familiarité dans lesquels le comte de Cobenzl croyait aisément rentrer, mais que le premier consul lit bientôt disparaître. 11 se passa à ce sujet une scène assez curieuse.
Bonaparte lui donna une première audience à neuf heures \y du soir aux Tuileries. Il avait ordonné lui-nlénic la disposition de la pièce dans laquelle il voulait le recevoir; c'était dans le salon qui précède le cabinet du roi. Il avait fait mettre dans l'angle une petite table devant laquelle il était assis; tous les sièges avaient été enlevés ; il ne restait, et c'était loin de lui, que des canapés. Sur la table se trouvaient des papiers et uneécritoire; il y avait une seule lampe; le lustre n'était pas allumé. M. de Cobenzl entre: je le conduisais. L'obscurité de la chambre; la distance qu'il fallait parcourir pour arriver près de la table où était Bonaparte, qu'il apercevait à peine; l'espèce d'embarras qui en était la suite; le mouvement de Bonaparte qui se leva et se rassit; l'impossibilité pour M. de Cobenzl de ne pas rester debout, mirent immédiatement chacun à sa place, ou du moins à la place que le premier consul avait voulu fixer.
1. Louis, comte de Cobenzl (1753-1808), ambassadeur d'Autriche à Copenliague, à Berlin et à Pélersbourg, plénipotentiaire à Campo-Formio, à Rastadt et à Lunéville. Ctiancelier d'État et ministre des allaires étrangères en lb02.
Après les conférences tenues à Lunévillc entre Joseph Bonaparte et le comte de Cobenzl,on signa bientôt le traité ^ et la paix générale se trouva ainsi à peu près rétablie sur le continent.
Peu de temps auparavant, une convention faite avec les Etats-Unis, signée à Mortefontaino aussi par Joseph Bonaparte, avait terminé tous les différends qui existaient entre la république française et cette puissance -.
L'Angleterre, sans alliés au dehors, et éprouvant quelques embarras au dedans, sentit elle même le besoin de la paix. Les préliminaires, après des débats assez curieux par tout ce qu'il y eut d'esprit employé pour et contre un armistice maritime, en furent conclus à Londres entre M. Addington^ et M.Otto*. C'est à Amiens, que lord Cornwallis -^ et Joseph