‹ Mémoires. Publiés avec une préface et des notes par le duc de BroglieChapitre 48 sur 79 · ARRÊTÉ DU 2 FRUCTIDOR, AN X · texte numérisé non relu

ARRÊTÉ DU 2 FRUCTIDOR, AN X

Les consuls de la République; \u le bref du pape Pie VII donné à Saint-Pierre de Rome le 29 juin 1802;

Sur le rapport du conseiller d'État chargé de toutes les affaires concernant les cultes :

Le conseil d'État entendu;

Arrêtent :

Le bref du pape Pie VII donné à Saint-Pierre de Rome, le 29 juin 1802, par lequel le ciioyen Charles-^Maurice de Talleyrand, ministre des relations extérieures de France, est rendu à la vie séculière et laïque, aura son plein et entier effet.

Le prem kr consul : Bonaparte.

Le sécréta ire d'Etat : h . - b . m a r e t .

La Suisse, que le directoire, dirigé par MM. La Harpe * et Ochs gavait voulu transformer en une république une et indivisible, était redevenue, comme elle désirait de l'être, une confédération avec les anciennes ligues; et cela, en vertu d'un acte appelé acte de médiation parce que la France avait servi de médiatrice entre tous les cantons anciens et nouveaux',

L'Espagne, par le traité de Bàle, avait rétrocédé la Louisiane à la France qui la rendit aux États-Unis (30 avril 1803). Ceux-ci retinrent une partie du prix comme indemnité pour les pertes commerciales que les Américains avaient éprouvées, à la suite des absurdes décrets de la Convention.

La Forte ottomane, le Portugal, les Ueux-Siciles avaient renoué leurs anciens liens d'amitié et de commerce avec la France*.

La distribution des territoires sécularisés en Allemagne

1. rrédérie-César de La Harpe (1754-1838), né dans le canton de Yaud, avait pris une part active aux troubles qui éclatèrent dans ce pays. Proscrit à la sults de la victoire du canton de Berne, et réfugié en France, il provoqua l'intervention du directoire; il fut nommé directeur au moment de la proclamation de la république helvétique (1798).

2. Pierre Ochs (1749-1824) était également un réfagic suisse compromis à la suite de la révolte du canton de Vaud. Il l'ut membre du sénat helvétique et directeur en 1798.

3. L'intervention du directoire en Suisse n'avait fait qu'accroître le désordre. Aussi loisqu'en 1802, Bonaparte proposa sa médiation, fut elle aussitôt accueillie. Tous les cantons envoyèrent à Paris des députés qui entrèrent en conférence avec MAI. Barthélémy, Fouché et Rœderer. L'acte de médiation fut signé le 19 février 1803. Il fixait pour chaque canton une constitution spéciale, et organisait un pouvoir fédéral. Le 19 octobre suivant, un traité d'alliance intervint entre la France et la Suisse.

4. Traité avec la Turquie, 2 1 juin 1802; avec le Portugal, 29 septembre 1801; avec les Deux-Siciles, 28 mars 1801. Ces deux dernières puissances promettaient de fermer leurs ports aux Anglais.

se faisait sous la double médiation de la France et de la

Russie ^

On peut le dire sans la moindre exagération, à l'époque de la paix d'Amiens, la France jouissait au dehors, d'une puissance, d'une gloire, d'une influence telles, que l'esprit le plus ambitieux ne pouvait rien désirer au delà pour sa patrie. Et ce qui rendait cette situation plus merveilleuse encore, c'était la rapidité avec laquelle elle avait été créée. En moins de deux ans et demi, c'est-à-dire du 18 brumaire (9 novembre 1"99) au 25 mars 1802, date de la paix d'Amiens, la France avait passé de l'avilissement où le directoire l'avait plongée, au premier rang en Europe.

Tout en s'occupant des afTaires du dehors, Bonaparte n'avait pas négligé celles de l'intérieur. Son incroyable activité suffisait à tout. Il avait donné de nouveaux règlements à l'administration qu'il avait rendue le plus possible mo-

1. Avant les guerres de la Révolution, la rive gauche du Rhin était couverte de principautés séculières et ecclésiastiques. Les traités de Campo-Formio et de Lunéville , en cédant à la France tous ces territoires, avaient stipulé que les princes laïques seraient indemnisés avec les biens du clergé sécularisés II s'agissait maintenant d'appliquer ce principe. L'empereur, qui aurait dû prendre cette affaire en main, se laissa devancer par le premier consul, qui, sollicité par plusieurs des princes intéressés, n'eut garde de ne pas profiter de cette occasion. Il s'assura du concours de la Prusse, en lui promettant un accroissement considérable (traité secret du 23 mai 1802). L'empereur Alexandre, que des alliances de famille unissaient aux maisons de Bavière, de Bade et de Wurtemberg, entra dans ses vues, et se déclara protecteur des princes dépossédés (convention du II octobre 1802). Aussitôt des traités secrets intervinrent entre la France d'une part, le Wurtt^mberg, le margrave de Badi% la Bavière, la Hesse Cassel de l'autre, qui assurèrent leur lot à chacun de ces États. Le tout fut soumis à la Diète, qui adopta l'ensemble du plan d'indemnités (recès du 25 lévrier 1803), et l'empereur, après de longues hésitations, ratifia cette déciion le 27 avril suivant. (Voir Lkfebvre, Histoire des cabinets de l'Europe, t. I", ch. vi) .

narchiquo. Il avait habilement rétabli l'ordre dans les finances. Les ministres du cidte étaient honorés. Non content de comprimer les partis, il avait cherché à se les attacher, et il y avait, jusqu'à un certain point réussi. La fpialitô d'ancien émigré, ni celle d'ancien jacobin n'étaient pour rien des titres d'exclusion. Afin d'isoler davantage Louis XVIII et lui ôler, comme il disait, l'air de roi qu'une nombreuse émigration lui donnait, il avait permis à beaucoup d'émigrés de rentrer en France. Il employait les uns et les autres, il en approchait de sa personne. Les jacobins oubliaient leur aversion pour l'autorité d'un seul; les émigrés étaient amenés à regretter moins que cette autorité eût passé en d'autres mains ^

Malgré les troubles prolongés de la Révolution, les arts industriels avaient pris en France un grand essor. Beaucoup de capitaux avaient suivi cette direction. Pour atteindre un haut point de prospérité intérieure, il ne fallait que de la sécurité, et l'opinion générale de la France était que Bonaparte l'avait donnée.

Ainsi ceux qui avaient concouru à le porter au pouvoir, avaient lieu de s'en féliciter. Il avait usé de son autorité de manière à la rendre utile, même à la faire aimer. On pouvait croire qu"il venait de mettre un terme à la Révolution. En réhabilitant le pouvoir, il était devenu l'auxiliaire

1. Je me rappelle qu'un jour, où je parus étonné de \oir sortir du cabinet du premier consul, un des jacobins les plus débontés de la Révolution, il me dit : « Vous ne connaissez pas les jacobins. Il y en a de deux espèces: des sucrés et des salés Celui que vous venez devoir est un jacobin salé. De ceux-là, je fais ce que veux. Il n'y a personne de meilleur à employer pour soutenir toutes les hardiesses d'un pouvoir nouveau. Quelquefois il faut les arrêter, mais avec un peu d'argent, c'est bientôt fait. Mais les jacobins sucrés! ah! ceux-là sont indécrottables! Avec leur métaphysique ils perdraient vingt gouvernements. » {Note du prince de Talleyrand.)

288 MÉMOIUKS DU l'UlNCE DE TALLEYRANU.

de lous les trônes. L'iiillucnce salutaire qu'il avait acquise donnait au consulat, en Europe, la consistance d'un gouvernement ancien. Des conspirations, à l'une desquelles il avait miraculeusement échappé, avaient fortifié les sentiments que lui portaient les amis de l'ordre. Aussi, lorsque ses deux collègues proposèrent à la France, réunie en assemblées primaires de le nommer premier consul à vie, cette proposition reçut-elle la presque unanimité des sufîrages'.

De leur côté les députés de la république cisaljnne se rendirent à Lyon, afin d'obtenir du premier consul une organisation définitive pour leur pays ^. Quoique les affaires qui devaient être traitées à Lyon ne fussent pas dans mes attributions, Bonaparte se servit beaucoup de moi pour les conduire. J'avais dû b précéder dans cette ville, pour y voir les membres de la députation. Il ne s'en rapportait pour des affaires aussi délicates, ni à ce que faisait, ni à ce que disait M. Cliaplal'%

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