CONVENTION SECRÈTE DU MÊME JOUR
« Sa Majesté l'empereur des Français, roi d'Italie, etc., et Sa Majesté Catholique le roi d'Espagne, désirant régler les bases d'un arrangement relatif à la conquête et à l'occupation du Portugal, en conséquence des stipulations du traité signé cejourd'hui, ont nommé, etc., lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs, sont convenus des articles suivants :
» A R T I c L E PREMIER. — Uu coi'ps de vingt-cluq mille hommes d'infanterie et de trois mille de cavalerie, des troupes de Sa Majesté Impériale, entrera en Espagne pour se rendre directement à Lisbonne ; il sera joint par un corps de huit mille hommes d'infanterie espagnole et trois mille de cavalerie, avec trente pièces d'artillerie.
» Article IL — En même temps une division de dix mille
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hommes do troupes espaii, noies prendra possession de la province d'Entrc-Minho-Duero el la ville d'Oporlo, et une autre division de six mille hommes de troupes espagnoles prendra possession de l'Alentejo et du royaume des Algarves.
» AuTiGLt: III. — Les troupes françaises seront nourries et entretenues par l'Espagne, et leur solde sera fournie par la France pendant le temps de leur marche à travers l'Espagne.
» Article IV. — Dès l'instant où les troupes combinées auront effectué leur entrée en Portugal, le gouvernement et l'administration des provinces de Beira, ïras-os-montes et de l'Estramadure portugaise (qui doivent rester en état de séquestre), seront mises à la disposition du général commandant les troupes françaises, et les contributions qui en proviendront seront levées au profit de la France. Les provinces qui doivent former le royaume de la Lusitanie septentrionale et la principauté des Algarves seront administrées et gouvernées jiar les divisions espagnoles qui en prendront possession, et les contributions y seront levées au profit de l'Espagne.
» Article V. — Le corps central sera sous les ordres du commandant des troupes françaises, auquel pareillement, les troupes espagnoles attachées à cette armée seront tenues d'obéir. Néanmoins dans le cas où le roi d'Espagne ou bien le ptHnce de la Paix jugeraient convenable de joindre ce corps, les troupes françaises, ainsi que le général qui les commandera, seront soumises à leurs ordres.
» Art 1 c L E VI. — Un autre corps de quarante mille hommes de troupes françaises sera réuni à Bayonne le 20 novembre prochain au plus tard, pour être prêt à entrer en Espagne, à l'effet de se rendre en Portugal, dans le cas où les Anglais y enverraient des renforts ou le menaceraient d'une attaque.
Néanmoins, ce nouveau corps n'entrera eu Espagne que lorsque les deux hautes parties contractantes auront été mutuellement d'accord sur ce point.
Article Vil. — La présente convention sera ratifiée et les ratifications seront échangées en même temps que celles du traité de ce jour.
B Fait à Fontainebleau, le il octobre 1807. » DUROC. » IZQUIERDO. »
L'entrée des troupes françaises en Espagne fut considérée de diverses manières, suivant les différents intérêts qui divisaient alors ce malheureux pays.
Le prince de la Paix: la regarda comme un moyen de mettre à exécution ses vues sur la souveraineté d'une partie du Portugal, qui lui avait été assurée par le traité de Fontainebleau.
Les personnes attachées au prince des Asturies y virent un moyen empl »yé par Napoléon pour en imposer au prince de la Paix, que l'on supposait porté à mettre obstacle au mariage du prince et à l'abdication du roi Charhis, qui devait en être la suite.
La masse du peuple espagnol regardait l'empereur xXapoléon comme un protecteur désintéressé, qui allait soustraire la nation à l'oppression du prince de la Paix, et établir avec le pays des rapports qui seraient avantageux pour la France et pour l'Espagne.
Peu de mois après, toutes ces chimères s'évanouirent. On arrêta d'abord le prince des Asturies comme coupable de lèsemajesté, dès la fin du mois d'octobre. Plus tard le prince de la Paix manqua de périr dans une émeute, et n'échappa à la mort que pour être, à son tour, jeté en prison. Quant au
peuple espagnol, qui avait aussi désiré l'arrivée des Français, et qui les regardait comme des libérateurs, il eut à éprouver de leur part, à Burgos et surtout à Madrid, des rigueurs auxquelles il ne s'attendait pas.
C'est le jour môme où l'on signait le traité de Fontainebleau, le 27 octobre 1807 à dix heures du soir, que l'héritier de la couronne d'Espagne était arrêté à l'Escurial. On l'accusait, ce sont les termes du décret : d'avoir voulu détrôner son père et d'avoir voulu le faire assassiner. Le môme décret portait que le roi avait reçu cet avis d'une main inconnue, et que l'affaire serait jugée devant un tribunal, composé du gouverneur de Castille, don Arias Mon, de don Dominigo Fernandez de Campomanùs, et de don Sébastien de Torrès; le greffier devait être lalcade de cour, don Benito Arias de Prada. Par égard pour la personne du prince, on chargea le gouverneur de Castille et le ministre de la justice, le marquis de CavalleroS de recevoir ses déclarations. Les personnes accusées comme complices étaient : M. d'Escoïquiz, le duc de l'Infantado, le marquis d'Orgaz. le comte de Bornos, don Juan Emmanuel de Villena, don Pedro Giraldo. Emprisonnés dans les cellules de l'Escurial, on les priva de toute communication entre elles et avec le dehors. Aux trois juges que je viens de nommer, et à leur demande, après deux mois et demi d'instruction, on adjoignit huit autres juges tirés du conseil de Castille. Le nombre des juges se trouva ainsi porté à onze. Ils déclarèrent à Tunanimité,
1. Josepli, marquis de Cavallero, né à Saragosse en 1760, fiscal du conseil suprême de la gueri-e (179't) ministre de la justice (1798). Il fut destitué en 1803, mais resta conseiller d'État et chef du conseil des finances. Président de la section de justice au conseil d'Etat sous le roi Joseph, il se réfugia en France en 1814, revint en Espagne en 1820 et mourut en 1821.
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le H janvier 1808, que le prince et les autres accusés n'étaient pas coupables. La sentence fut envoyée au roi qui ne la fit point publier et qui, peu de jours après, exila dans divers endroits toutes les personnes contre lesquelles l'accusation avait été dirigée. La prince des Asturies resta consigné dans son palais.
Pendant l'instruction du procès, le nombre des troupes françaises entrées dans le royaume augmentait, et elles prenaient des positions rapprocîiées de Madrid, telles que celles de Ségovie, Avila^ Olmedo et Aranda de Duero. Ces positions qui n'étaient pas dans la direction qu'indiquait une expédition venant de France pour aller en Portugal, et la manière dont on s'empara de Pampelune et de Barcelone^ pouvaient taire croire à ({uelques intentions menaçantes pour l'Espagne ellemême. Des explications entre les deux gouvernements dissipèrent un moment les inquiétudes, mais pas assez cependant pour que le prince de la Paix ne crût pas devoir donner l'ordre aux troupes espagnoles qui marchaient vers le Portugal, sous le commandement du lieutenant général Solano ^ de faire un mouvement rétrograde. L'ambassadeur de France eut l'air de l'ignorer, et reçut au bout de quelques jours l'ordre de dire que le gouvernement espagnol par le mouvement qu'il venait
1. Ségovie et Avila ne sont situées qu'à environ 80 kilomètres nord-ouest de Madrid.
2. Ces deux viles furent enlevées de vive force et par surprise par les troupes françaises.
3. Don Francisco Solano, marquis del Socorro (1770-1808). Fervent admirateur et partisan de la France, il servit comme simple soldat dans l'armée de Moreau. Nommé plus lard capitaine-général de l'Andalousie, il chercha à prévenir puis à apaiser l'insurrection, et lut assassiné à Cadix dans une émeute.
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de l'airo faii'c à ses troiijKs. inaii(|ii;uil aux dispositiuLis convenues cl nécessaires pour l'oecupalion du Portugal, l'empereur selrouvail obligé pour le succès de l'expédilion, de l'aire eulrer en Espagne des forces plus considérables (pic celles dont le traité autorisait l'introduction. Dans la crainte d"uu contreordre du gouverne.ncnt espagn(.)l à ses troupes qui, en effet, arriva peu de temps après, Napolé(jn fit faire aux siennes des marches forcées, et il occupa en peu de jours d'autres places frontières de Catalogne, de Navarre et de Guipuscoa, telles que Figuière, Saint-Sébastien, etc.
I.a cour d'Espagne voulait paraître rassurée; les communications entre les deux gouvernements suivaient Tordre ordinaire, pendant que le pays était envahi, sans lien comprendre à de si graves événements. Le prince de la Paix commença toutefois à perdre un jteu de la confiance qu"il avait dansXapoléon. et songea à se diriger, avec la famille royale, vers le port de Cadix. Sans oser d'abord avouer tous ses projets, il se borna à proposer un voyage en Andalousie. Le 13 mars 1808, il en fit la proposition au roi qui adopta le plan, et donna cette nuit-là même les ordres nécessaires au marquis de Mos, grand maitre du palais, au premier secrétaire d'Etat. Don Pedro Cevallos', et au marquis de Cavallero, ministre de la justice. Ce départ, d'abord fixé à un jour très |)roche, fut remis au 16 mars, ce qui donna le temps au marquis de Cavallero de s'opposer à un projet qu'il désapprouvait. Son avis particulier était que le
1. Don Pedro Cevallos, né en 176'», était ministre des affaires étrangères. Très attaché au prince des Asluries, il l'ut constaniiiunt l'adversaire du roi Joseph, et devint le chef de li Junte nationale. Au retour de Ferdinand, il rentra au ministère et fut ensuite nommé amhassadeur à Xaples, puis à Vienne. II fut disgracié en ISiJO, et mourut en 1840. Il avait épousé une nièce du prince de la l'aix.
roi devait atlondro à Madrid ou à Aranjiiez rarrivée de JXapoléon, pour prendre avec lui une détermination sur les allaires politiques des deux pays. Les raisons données par le marquis de Cavallero au roi, en présence de la reine, produisirent assez d'impression pour faire révoquer l'ordre du départ, qui connnençait à n'être plus un secret. Les réquisitions faites pour se procurer des voitures et des chevaux de transport, le départ de madame Tudo ' qui avait traversé Aranjuez en voiture de voyage menant avec elle ses enfants; toutes ces circonstances rapprochées avaient causé de l'agitation dans le peuple. Un décret mal rédigé dont l'objet était de rassurer et qui produisit un effet contraire, accrut l'indignation déjà si forte contre le prince de la Paix. On l'accusa hautement d'avoir conseillé au roi d'al)aii(l()nn('r Madrid. Ce conseil, disait-on, ne pouvait venir que d'un homme qui avait cherché à faire passer dans l'âme du roi ses craintes personnelles; le moment est venu, ajoutait-on, de délivrer le pays de son oppresseur. Les gardes du corps qui, depuis plusieurs mois n'avaient pas reçu leur solde, se montraient mécontents d'un déplacement onéreux pour eux; les domestiques du palais, dont les gages étaient également en retard, et qui trouvaient quelques secours à Madrid et à Aranjuez, étaient dans la plus grande inquiétude. Leurs craintes se répandirent dans le bas peuple; l'agitation se manifestait depuis plusieurs jours; la haine que le peuple portait au prince de la Paix était encore augmentée par les instigations de ceux qui, craignant son retour et ses vengeances, l'auraient vu, sans peine, succomber dans une émeute. Les mouvements populaires sont bien conmiodes pour