‹ Mémoires. Publiés avec une préface et des notes par le duc de BroglieChapitre 64 sur 79 · Doua Josefa Tudo était la maîtresse du priuce de la Paix · texte numérisé non relu

Doua Josefa Tudo était la maîtresse du priuce de la Paix

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les intrigants ; les (ils s'y rompent, et les recherches deviennent impossibles. Aucune mesure de précaution n'avait été prise; il n'y avait à Aranjuez que le nombre de troupes nécessaire pour le service ordinaire; et encore ii'avait-on pas choisi celles sur lesquelles on | ton va il comittcr davantage. l)eux régiments suisses, fidèles et disponibles, avaient été laissés et presque oubliés à Madrid.

Dans cet état de choses, le plus léger événement pouvait avoir des suites incalculables, La nuit du 17 au 18 mars avant minuit, une querelle, dans laquelle il y avait eu ([uelques coups do jjistolet tirés entre une patrouille de carabiniers et des gardes du corps, devint le signal de l'insurrection. Le peuple parut on foule; sa passion le porta vers la maison du prince de la Paix; il on enfonçai les portes. Les gardes du corps qui étaient à Aranjuez et les gardes espagnoles et wallones, ne consultant que leur devoir, accoururent pour arrêter le désordre. .Malgré tous leurs elTorts, la maison fut pillée; on n'y trouva pas le prince qui s'était réfugié dans les combles, à une place que, par prévoyance, il avait fait préparer, et que chaque année de son administration avait rendue plus nécessaire. Le peuple, au milieu de ce tumulte, s'attacha à témoigner par les cris de : « A bas Godoï ! vive le roi ! vive la reine ! vive le prince des Asturies ! » quel était véritablement l'objet de sa haine; il donna même des marques d'égards à la princesse de la Paix que l'on conduisit au palais avec la duchesse d'Alcudia, ii^a fille. L'elTervescence dura toute la nuit, et au point du jour, le peuple, voulant montrer au roi son respect et son attachement, se porta à la place du palais, demandant à voir le roi qui vint sur le balcon avec toute la famille royale; et là, à plusieurs reprises, ils furent applau-

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dis ot accueillis par les plus vives démonstrations d'amour et de fidélité. Quelques signes de bonté et de sensibilité du roi, et la condescendance qu'il eut de déclarer lui-même qu'il ôtait au prince de la Paix les emplois de généralissime et d'amiral, suffirent poiu' l'aire retirer cette multitude et pour rétablir ce jour-là la tranquillité.

Les troupes, rassurées sur les dispositions du peuple envers le roi, virent avec plaisir l'humiliation du prince de la Paix. On le (^'oyait en fuite, et la foule qui d'abord ne semblait vouloir qu'en être délivrée, se retirait et paraissait satisfaite, Le 19, le bruit se répandit dans la ville que le prince était caché dans sa maison; il y avait été découvert par un factionnaire qui s'était refusé à lui donner les moyens de s'échapper. On accourut de toutes parts. Le prince, apercevant quelques troupes dans la rue, s'y élança ; avant de parvenir aux gardes du corps qui l'entourèrent, il reçut plusieurs coups à la tète. Le roi, informé de ce qui se passait, pensant que le prince des Asturies aurait plus de crédit sur le peuple que lui-même, engagea son fils à aller annoncer à cette foule immense qui était pri''s du palais, que le prince de la Paix serait jugé. Le prince des Asturies exécuta promptement les ordres de son père; il s'adressa à ceux qui paraissaient les plus animés et leur promit, s'ils se retiraient, que le prince serait conduit en prison et jugé suivant toute la rigueur des lois. Ces promesses, le chemin que l'on faisait peu à peu, les soins des gardes du corps firent arriver le prince de la Paix à la caserne des gardes. On ferma les portes, et il fut conduit dans une chambre qui. par un de ces hasards destinés à donner aux hommes de grandes leçons, se trouva être la même que celle qu'il occupait lorsqu'il était simple garde du corps.

l);iiis le }3rcinior moment, le roi résolut d'envoyer le prince de la Paix à Grenade, au château de TAlhambra; on renonça bientôt à ce projet, parce qu'on craignit que le peuple ne montrât du mécontentement, en voyant s'éloigner et peut-être s'évader celui dont il demandait le châtiment.

L'irrésokition dans laquelle l'absence du prince de la Paix laissait le roi, les inquiétudes qui agitaient son esprit, le peu de conHancc qu'il avait en lui-même, la vie toute matérielle qu'il avait menée depuis beaucoup d'années, (ont cnlîn lui lit penser que sa santé était assez atïtiiblie pour que, dans des circonstances aussi difriciles, il pût, sans déshonneur, abdiquer la couronne. Peut-être fut-il aussi déterminé par la crainte qu'il avait, ainsi que la reine, de voir massacrer sous leurs yeux l'homme qui, depuis si longtemps et avec tant d'empire, jouissait do leur confiance et de toute leur faveur; mais enfin, cette détermination, quel qu'en soit le motif, lut prise sans avoir consulté personne. Le roi fît appeler M. de Cevallos et lui ordonna de rédiger dans les formes im acte d'abdication. M. de Cevallos était déjà prévenu de cette résolution du roi par les membres du corps diplomatique que Sa Majesté avait vus le matin, et devant qui Elle avait formellement déclaré que les circonstances l'engageaient à mettre à exécution un projet, que son âge et ses infirmités lui avaient fait concevoir depuis longtemps, et qu'EUe allait remettre la couronne en des mains plus jeunes et plus capables d'en soutenir le fardeau. Le roi, adressant ensuite directement la parole à M. de StrogonofîS ministre de Russie, lui dit, avec un air de satisfaction, que jamais il n'avait pris une résolution (pii lui fut plus

1. Grégoire Alexandrowiti'h, comte Strogonoff, ambassadeur de Russie à Constantinople, puis à Madrid et à Londres. Il mourut en 1857.

agréable. Son langage resta le nième pendant tout le jour avec les personnes qu'il eut occasion de voir, et particulièrement avec ses ministres, le capitaine des gardes du corps et le colonel des gardes wallones .

Le 19 au soir, Tacte d'aluliealion étant signé et revêtu de toutes les formalités nécessaires, le roi ordonna au prince des Asturies de se rendre auprès de lui, le lui communiqua, et le fit publier. Le prince, immédiatement après avoir baisé la main du roi son père reçut par son ordre les félicitations et les hommages de la maison de Sa Majesté et de toute la cour. Le nouveau roi, voulant que le premier acte de son règne fut agréable au l'oi son père, prit sur-le-champ, les mesures qu'il jugea les plus propres à arrêter les mouvements du peuple, qui, à Madrid, se dirigeaient contre les parents et les amis du prince de la Paix, Les ministres du roi Charles IV furent conservés dans leurs emplois, à l'exception de M. Solar, qui, partisan du prince de la Paix avait été obligé dans les premiers moments des trouldes d'Aranjuez de se tenir à l'écart. On le remplaça par M. d'Azanza', ancien viceroi du Mexique: le duc de l'hifinitado. auquel l'opinion publique était favorable, devint président du conseil de Castille et colonel des gardes espagnoles. Le prince de la Paix fut transféré à Pinto sous la garde du lieutenant général, marquis de Castellar.

1. Don Josepli Miquel de Azanza, né en 174G, fut d'abord chargé d'affaires en Russie pais en Prusse. Il entra ensuite dans l'armée, fut nommé ministre de la guerre en 1795, puis vice-roi du Mexique. Re\enu on Espagne en 1799, il devint ministre des finances à l'avènement de Ferdinand (1808). 11 fut un des premiers à se rallier au roi Joseph, devint ministre de la justice, puis des affaires étrangères. Exilé en 1814, il se réfugia en France où il mourut.

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Ces premières disj)OsiLiuns prises, le nouveau roi crut qu'il était convenable qu'il se rendît à Madrid, et qu'il y passât quelque temps. Cette résolution, à laquelle il fut porté par les instances du peuple de la capilale, et peut-être aussi par le secret désir qu'il avait de voir donner une sanction générale aux actes brusques et imporlants qui s'étaient passés à Aranjuez, peut avoir eu une influence majeure sur les destinées de l'Espagne, puisque par cette démarche, Ferdinand se fermait le chemin de l'Andalousie. Cette réflexion échappa sans doute au grand-duc de Uerg* qui informé du projet du roi, engagea M. de Beauharnais à se rendre à Aranjuez, pour dissuader Sa Majesté de venir à Madrid, tant que les troupes françaises y seraient. Le roi, en refusant d'accéder à la proposition que lui faisait l'ambassadeur, mit en avant les engagements qu'd avait pris avec sa capitale.

L'arrivée du roi à Madrid annoncée par une proclamation, eut l'effet de rétablir l'ordre dans la ville. Les habitants de toutes les classes se portèrent à sa rencontre, et avec les expressions les plus vives et les plus sensibles, lui témoignèrent leur allégresse, et montrèrent les espérances que le nouveau rOgne leur inspirait.

L'objet, qui dans ce moment remplissait toutes les tètes et occupait uniquement, ne laissait pas apercevoir daus quelle situation se trouvait le pays. A peine si quelques habitants de Madrid, savaient que la ville était entourée de soixante mille Français; et le !23 mars, lorsque le grand-duc de Berg, suivi de son état-major, était entré dans Madrid, il avait étonné lapins

1. Murât, grand-duc de B'rg, était alors lieuteaant de l'empereur en Espagne, et résidait à Madrid.

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