‹ Mémoires. Publiés avec une préface et des notes par le duc de BroglieChapitre 70 sur 79 · Cinna, acte V. «rêne ii · texte numérisé non relu

Cinna, acte V. «rêne ii

Taln^a. La font, Damas, Desprès, Lacave, \arennes, Dazincourl, mademoiselle Raucourt, madame Talma, mademoiselle Boiirgoin, mademoiselle Ducliesuois, mademoiselle Gros, mademoiselle Rose Dupuis et mademoiselle Patrat '.

Le voyage étant annoncé dans le Moniteur, chacun se donna du mouvement pour en être. Les deux aides de camp de l'empereur, Savary etLauriston^ furent choisis les premiers. Le cortège militaire devait être fort brillant. L'empereur voulait paraître entouré de ceux de ses lieutenants dont le nom avait le plus retenti en Allemagne. Le maréchal Soult d'abord, le

1. On leur reniil avant leur départ, la liste des pièces qui de\aient être jouées : la première comme jeTai déjà dit, devait êtrti Cinna, ensuite A )ic/;omaque, Biitannicus, Zaïre, Mithridate, Œdipe, Iplugénie en Aulide, Phrdre, la Mort de César, les Iluraces, Rodogune, Mahomet, Radamisce Le Cid, Manlius, Bajazet. {Note du prince de Talleyrand.)

Quelques-uns de ces artistes sont restés connus. Le premier d'entre eux était sans contredit Talma (1766-1826), le plus célèbre de nos acteurs tragiques; on sait l'afrait particulier qu'avait pour lui Napoléon, et la protection dont il l'honora durant tout son règne. — Pierre Lafon, né en 1775, et entré au Théâtre-Français on 1800, lui disputait la première place: il excellait également dans la tragédie et la comédie. — Venait ensuite Saint- Prix (dont le vrai nom était Foucault), qui avait débuté en 1782, et joué successivement au théâtre Fejdeau, à l'Odéon, enfin au Théâtre-Français en 1803. — Parmi les actrices, on se rappelle particulièrement les noms de mesdemoiselles Raucourt et Ducliesnois. La première avait débuté en 1772 etavaiteu, dès«et:e époque, les plus brillants succès: elle avait été longtemps emprisonnée sous la Terreur. Elle mourut en 1815, et ses obsèques donnèrent lieu à l'église Saint-Roch à des scènes tumultueuses- Mademoiselle Duchesnois entrée à seize ans au Théâtre-Français (1802), s'était placée en peu d'années au pi-emier rang des tragédiennes.

2. Jacques Bernard Law, marquis de Lauriston, né à Pondichéry en 1768, était le petit-fils du fameux financier de 1 1 régence. 11 s'engagea dans l'artillerie en 1793, devint colonel on 17;?5, et aide de camp de Bonaparte. Général de brigade en 1800, il tut, à plusieurs reprises, chargé de missions diplomatiques. En 1811, il fut nommé ambassadeur à Pétersbourg. Il se tint à l'écart durant les Cent-jours, fui pair de France sous la Restauration, puis ministre de la maison du roi, maréchal en 182', grand-veneur et ministre d'État. Il mourut en 1828.

maréchal J)avoust, le maréchal Larmes, le prince de Neufchâtel, le maréchal Mortier, le maréchal Oudinot, le général Sachet, le général Boyer, le général de Nansouty*, le général Claparède'',legénéral Saint-Laurent ^M.Fain^ et M.deMéneval % ces deux derniers secrétaires du cabinet, reçurent ainsi que

1. Etienne Champion, comte de Nansouty, né en 1768 d'une famille originaire de Bourgogne, était en 1789 capitaine dans les hussards de Lauzun. Il fit toutes les campagnes de la Révolution et de l'empire, devint général de division en 1803 et eut en maintes occasions d'importants commandements de cavalerie. En 1804, il fut nommé premier chambellan de l'impératrice, puis premier écuyer de l'empereur (1808). Il mourut en 1815. Il avait épousé une nièce de Yergennes.

2. Le comte Claparède, né en 1774, servit dans les armées de la république et était chef de bataillon en 1798. Général de brigade en 1804, il prit part à toutes les guerres de son temps, et se signala notamment en 1809. Sous la Restauration, il fut nommé inspecteur général d'infanterie et pair de France. Il mourut en 18'il.

3. Louis Saint-Laurent, né en 1763, était officier d'artillerie en 1789, devint général de division en 1807, baron de l'empire en 1810. Il quitta le service la même année, et mourut en 1832.

4. François Fain, né en 1778, entra dans l'administration en 1794, et durant douze ans occupa divers emplois dans les bureaux des comités de la Convention, puis dans ceux du directoire et de la secrétairerie d'État. En 1806, il fut attaché comme secrétaire au cabinet particulier de l'empereur. II devint baron de l'empire et maître des requêtes en 1809. Il suivit Napoléon dans toutes ses campagnes. 11 vécut dans la retraite sous la Restauration. En 1830, il fut nommé secrétaire du cabinet du roi, puis administrateur de la liste civile, et conseiller d'État. En 1834, il fut élu à la Chambre des députés. Il mourut en 1837. Le baron Fain a laissé divers ouvrages historiques sous le nom de Manuscrits des années 1704-1793, 1S12, ISI3 et ISI4.

5. François de Méneval, né en 1778, fut d'abord secrétaire de Joseph Bonaparte. En 1802, il entra au cabinet de Napoléon en qualité' de secrétaire du portefeuille, fonctions qu'il conserva jusqu'en 1813. Eu 1812, il devint baron de l'empire et maître des requêtes. 11 a laissé des Mémoires historiques sur Napoléon cl Marie-Louise (3 vol. in-8").

ENTREVUE D'ERFUKT (ISOSi. 407

M. Dam S M. de Cliampagny et M. JVIaret, l'ordre de se rendre à Erfurt. Le général Duroc désigna M. de Canouvillo pour faire les logements, o Menez aussi Bjausset % lui dit l'empereur; il faut bien quelqu'uQ pour faire au grand-duc Constantin^ les honneurs de nos actrices ; d'ailleurs il fera au dîner son service de préfet du palais, puis, c'est un nom. »

Chaque jour il partait quelqu'un pour Erfurt. La route était couverte de fourgons, de chevaux de selle, de chevaux de carrosse, de gens à la livrée de l'emporeur.

Le mois de septembre avançait. J'avais lu toutes les correspondances, mais l'empereur n'avait pas encore eu avec moi la conversation principale sur les affaires qu'il y aurait à traiter. Peu de jours avant celui qui avait été fixé pour mon départ, le grand maréchal m'écrivit que l'empereur me faisait dire de me rendre le soir aux grandes entrées. J'étais à peine dans le salon qu'il m'emmena chez lui.

1. Le comte Daru, né en 1767, fut d'abord lieutenant d'artillerie, puis commissaire des guerres. Arrêté en 1793, il resta en prison jusqu'au 9 thermidor. En 1796, il devint commissaire ordonnateur, puis, après le 18 brumaire, inspecteur aux revues. En 1800, il fut nommé secrétaire général du ministère de la guerre, entra au tribunat en 1802. En 1805, il devint intendant général de la maison de l'emporeur et conseiller d'État, intendant général de la grande armée (1806), ministre à Berlin (1807), ministre secrétaire d'État (1811). Sous la Restauration, il entra à la Chambre des p:iirs; il mourut en 1829.

2. Louis de Beausset, neveu du cardinal de ce nom, né en 1770, devint en 1805 préfet du palais impérial, et conserva cette charge jusqu'en 1815. Il suivit alors l'impératrice Marie-Louise à Vienne, et fut un instant grand maître de sa maison. Il a laissé des Mémoires sur l'empire.

3. Le grand-duc Conslantin (1779-1831) était le frère cadet de l'empereur Alexandre. Il s'occupa toute sa vie des affaires militaires, mais n'obtint jamais de commandement important. En 1815, il fut nommé généralissime des armées du nouveau royaume de Pologne et conserva ces fonctions jusqu'à sa mort.

408 MÉMOIRES DL PRIXCE DE TALLEYUAND.

« Eh bien ! vous avez lu toute la correspondance de Russie, me dit-il, comment trouvez-vous que j'ai manœuvré avec l'empereur Alexandre? » Et alors il repassa, en s'y délectant, tout ce qu'il avait dit et écrit depuis un an; il finit en me faisant remarquer l'ascendant qu'il avait pris sur l'empereur Alexandre, quoique de son côté à lui, il n'eût exécuté que ce qui lui convenait du traité de Tilsitt. c Maintenant, ajoutat-il, nous allons à Erfurt; je veux en revenir libre de faire en Espagne ce que je voudrai ; je veux être sûr que l'Autriche sera inquiète et contenue, et je ne veux pas être engagé d'une manière précise avec la Russie pour ce qui concerne les affaires du Levant. Préparez-moi une convention qui contente l'empereur Alexandre, qui soit surtout dirigée contre l'Angleterre, et dans laquelle je sois bien à mon aise siu' le reste ; je vous aiderai : le prestige ne manquera pas. » Je fus deux jours sans le voir. Dans son impatience, il avait écrit ce qu'il voulait que renfermassent les articles, et me l'avait envoyé, en me mandant de lui en apporter la rédaction le [dus t(jt possible. .ïe ne le fis pas attendre : peu d'heures après, je me rendis chez lui, avec le projet de traité rédigé tel qu'il l'avait conçu :

« Sa Majesté l'empereur des Français, etc..

» Et Sa Majesté l'empereur de toutes les Russies, etc..

» Voulant rendre de plus en plus étroite et à jamais durable, l'alliance qui les unit, et se réservant de s'entendre aussitôt que besoin sera sur les nouvelles déterminations à prendre et les nouveaux moyens d'atlaqueà diriger contre l'Angleterre, leur ennemie commune et l'ennemie du contincjit, ont résolu de poser dans une convention spéciale les principes qu'ils

sont déterminés à suivre... (Ici, l'empereur m'interrompit et dit: « Principes est bien, cela n'engage point »).,. invariablement, et qui les dirigeront dans toutes leurs démarches pour parvenir au rétablissement de la paix ;

» Ont, à cetefTet, nommé pour leurs plénipotentiaires, etc.. qui sont convenus des articles suivants :

» Article premier. — Sa Majesté l'empereur des Français et Sa Majesté l'empereur de Russie confirment, et, en tant que besoin, renouvellent l'alliance conclue entre eux à Tilsitt, s'cngageantnon seulement à ne faire avec l'ennemi commun aucune paix séparée, mais encore à n'entrer avec lui dans aucune négociation et à n'écouter aucune de ses propositions que d'un commun accord.

» Article II. — Résolues de rester inséparablement unies pour la ])aix comme pour la guerre, les hautes parties contractantes conviennent de nommer des plénipotentiaires pour traiter de la paix avec l'Angleterre, et de les envoyer, à cet effet, dans celle des villes du continent ({ue l'Angleterre désignera.

» Article III. — Dans tout le cours de la négociation, si elle a lieu, les plénipotentiaires respectifs des deux hautes parties contractantes agiront invariablement avec le plus parf^iit concert; et il ne sera permis à aucun d'eux, non seulement d'appuyer, mais même d'accueillir ou d'approuver, contre l'avis de l'autre, aucune proposition ou demande du plénipotentiaire anglais.

» Article IV. — Les deux hautes parties contractantes s'engagent chacune à ne recevoir de la part de l'ennemi, pendant la durée des négociations, aucune proposition, offre ou communication quelconque, sans en faire immédiatement part aux plénipotentiaires respectifs.

» Article V. — 11 sera proposé à l' Angleterre de traiter sur la base de Vutipossidetis, en y comprenant l'Espagne; et la condition sine quà non dont les hautes parties contractantes s'engagent à ne se départir jamais, sera que l'Angleterre reconnaisse, d'une part, la réunion de la Valachie, de la Moldavie et de la Finlande à l'empire russe, et de l'autre Joseph-Napoléon Bonaparte comme roi d'Espagne et des Indes.

» ArticleVI. — La Porte ottomane ayant éprouvé depuis le traité de Tilsitt plusieurs révolutions et changements qui semblent ne lui laisser aucune possibilité de donner, et ne laissent, par conséquent, aucune espérance d'obtenir d'elle, des garanties suffisantes pour les personnes et les biens des habitants de la Valachie et de la Moldavie; et Sa Majesté l'empereur de Russie qui, depuis la même époque, a contracté envers eux des engagements particuliers, et qui, par une conséquence des révolutions susdites, s'est vu forcé à d'énormes dépenses pour garder ces provinces, étant, pour tous ces motifs, résolu de ne s'en point dessaisir, d'autant plus que leur possession seule peut donner à son empire une frontih-e naturelle et nécessaire, Sa Majesté l'empereur Napoléon ne supposera point, en tant que cela le concerne, à ce qu'elles soient réunies à l'empire russe, et Saditc Majesté se désiste de la médiation par elle offerte, et acceptée parla Russie dans le traité de Tilsitt.

( «—Je ne veux point de cet article-l'i; il est trop positif. — Cependant, Sire, ne s'opposera poini, est certainement une des expressions qui engagent le moins; de plus, l'article suivant est un grand correctif. » )

«Article Vil. — Néanmoins, Sa Majesté l'empereur de toutes les Russies se bornera, quant k présent, à occuper, comme

par le passé, la Valachie et la Moldavie, y laissant toutes choses sur le pied où elles sont aujourd'hui, et proposera même d'entamer, soit à Constantinople, soit dans une île du Danube, et sous la médiation de la France, une négociation afin d'obtenir à l'amiable la cession de ces deus. provinces. Mais cette négociation ne devra réellement s'ouvrir que lorsque les négociations avec l'Angleterre auront eu une issue quelconque, afin de ne point donner lieu à de nouvelles discussions qui puissent éloigner la paix .

( « — Cet article-là est bon; avec ma médiation, je reste le maître, et l'article précédent inquiétera l'Autriche qui est ma véritable ennemie. — Votre ennemie, Sire, momentanément peut-être; mais au fond, sa politique n'est point en opposition avec celle de la France, elle n'est point envahissante, elle est conservatrice. — Mon cher Talleyrand,je sais que c'est là votre opinion ; nous parlerons de cela quand l'afTairc d'Espagne sera finie. » )

» Article YIII. — Sa Majesté l'empereur Napoléon agira conjointement avec Sa Majesté l'empereur Alexandre pour obtenir de la Porte ottomane une cession amiable. Toutes les notes et toutes les démarches des deux cours alliées pour atteindre ce but seront faites de concert et dans le môme esprit.

«ArticleIX. — Dans le cas oîi un refus de la Porte ottomane ferait reprendre les hostilités et continuer la guerre, l'empereur Napoléon n'y prendra aucune part, et se bornera à aider la Russie de ses bons offices. Mais, s'il arrivait que l'Autriche ou toute autre puissance fît cause commune avec la Porte ottomane dans ladite guerre. Sa Majesté l'empereur Napoléon ferait innnédiatement cause commune avec la Russie, devant

regarder ce cas comme étant celui de l'alliance générale qui unit les deux empires.

(« — Cet article-là est incomplet; toute mon idée n'y est pas; continuons; je vous dirai ce qu'il faut y ajouter. » )

» An TIC LE X. — Les hautes parties contractantes s'engagent d'ailleurs à maintenir l'intégrité des autres possessions de l'empire ottoman, ne voulant, à leur égard, rien déterminer et entreprendre elles-mêmes, ni soufTrir qu'il soit rien entrepris par qui que ce soit, qu'elles n'en soient préalablement convenues .

» A u T I c L E XI. — Dans les négociations avec l'Angleterre, Sa 3Iajesté l'empereur Napoléon fera cause conmiune avec la Russie, pour faire reconnaître la réunion de la Valacbie et de la Moldavie à l'empire russe, que la Porte ottomane y ait ou non consenti.

«Article XII. — En retour du désistement fait par l'empereur Xapolton dans l'article ci-dessus. Sa Majesté l'enqiereur Alexandre se désiste de l'engagement éventuel pris envers lui par le cinquième des articles secrets du traité de Tilsitt, et ledit article demeure nul et comme non avenu. »

« — C'est à peu de chose près tout ce que je vous ai dit ; laissez-moi cela, je l'arrangerai. Il faut ajouter à un des derniers articles, à celui où je vous ai arrêté : Que dans le cas où l'Autriche donnerait des inquiétudes à la France, l'empereur de Russie, sur la première demande qui lui en serait faite, s'engage à se déclarer contre l'Autriche et à faire cause commune avec la France; ce cas étant également un de ceux aux(piels s'applique l'alliance qui unit les deux puissances. — C'est là l'article

essentiel, comment avez- vous oublié cela ? Vous êtes toujours Autrichien ! — Un peu, Sire, mais je crois qu'il serait plus exact de dire que je ne suis jamais Kusse,et que je suis toujours Fran(;ais. — Faites vos dispositions pour partir : il faut que vous soyez à Erfurt un jour ou deux avant moi. Pendant le temps que durera le voyage, vous chercherez les moyens de voir souvent rempereur Alexandre. Vous le connaissez bien, vous lui parlerez le langage qui lui convient. Vous lui direz qu'à rutilité dont notre alliance peut être pour les hommes, on reconnaît une des grandes vues de la Providence. Ensemble, nous sommes destinés à rétablir l'ordre général en Europe. ?Sous sommes jeunes l'un et l'autre, il ne faut pas nous presser. Vous insisterez beaucoup sur cela, car le comte de Romanzofîest ardent dans laquestiondu Levant. Vous direz qu'on ne faitrien sans l'opinion publique, et qu'il faut que, sans être efîrayée de notre puissance réunie, l'Europe voie avec plaisir se réaliser la grande entreprise que nous méditons. La sûreté des puissances limitrophes, l'intérêt bien entendu du continent, sept millions de Grecs rendus àla liberté, etc., voiLi un beau champ pour faire de la philanthropie; je vous donne sur cela carte blanche ; je veuxseulenientquece suit de la philanthropie lointaine. Adieu.» Je retournai chez moi, je mis mes papiers en ordre, j'emportai tous ceux dont je prévoyais que j'aurais besoin et je montai en voiture. J'arrivai à Erfurt le samedi :24 septembre à dix heures du matin. M. de Canouville m'avait logé dans une maison qui était près de celle que l'empereur devait occuper. Peu de moments après mon arrivée, M. de Ca::laincourt vint chez moi. Cette première journée, que je passai av^c lui, me fut fort utile. iNous parlâmes de Pét 'rsbourg et de la (lis[K)sition dr.is laq-i'IL' les deux empereurs venaient

à l'entrevue. Xous iiiîiiies en commun ce que nous savions, et bientôt nous fûmes parfaitement d'accord sur tous les points. Je trouvai tout Erfuit on mouvement : il n'y avait pas une maison passable qui n'eut à loger quelque souverain avec sa suite. L'empereur de Russie y arrivait avec le grand-duc Constantin, le comte Romanzolf, le comte Tolstoï, grand marécbal, le général Tolstoï, ambassadeur en France, le prince Wolkonski, le comte Oszarov^-ski^ le prince Troubetzkoï, le comte OuwaroffS le courte Scllouwaloff^le prince Gagarin, le prince Galitzin, M. Speransky, .M. Labenski, M. Betlimann, le général HitrofF, le conseiller d'État Gervais, le conseiller d'État Creidemann, M. de Schrôder, le prince Léopold de Saxe-Cobourg*. Je crois que je nomme là à peu près toutes les personnes qui avaient l'honneur d'accompagner l'empereur Alexandre. On l'attendait un jour plus tard que l'empereur Aapoléon, parce

1. Le comte Adam d'Alkantara Oszaro-wski, iisu d'une vieille famille polonaise ralliée à la Russie. 11 était aide de camp de l'empereur Alexandre.

2. Le comte Théodore Ouwaroff, commandant en chef de la garde impériale, et premier aide de camp général de l'empereur. 11 avait été au nombre des conjurés qui assassinèrent le czar Paul.

3. Le général comte Paul Schouwaloff (1775-1823), aide de camp de l'empereur, eut des commandements importants dans toutes les guerres de l'époque. Il fut, en 1814, un des commissaires chargés d'accompagner Napoléon à Fréjus.

4. Le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Saafeld, né en 1790, fils de François duc de Saxe-Cobourg, et de Caroline comtesse de Reuss, entra tout jeune dans l'armée russe avec le grade de général. En 1810, il dut quitter le service russe sur l'injonction de Napoléon, rentra dans les rangs en 1813, lit les campagnes d'Allemagne et de France et entra à Paris avec les souverains alliés en 181 i et en 1815. L'année suivante, il épousa la princesse Charlotte, petite-fille du roi d'Angleterre George III et héritière de la couronne. Léupold fut naturalisé anglais, mais la princesse mourut l'année suivante. En 1830, il fut élu roi des Belges. Deux ans après, il épousa la princesse Louise d'Orléans, fille aînée du roi Louis- Philippe. Il mourat en 1865.

ENTREVUE D'ERFLRT (1808). 41

qu'il devait s'arrêter pendant vingt-quatre heures à Weiniar, Un chambellan du roi de S'axe vint me dire que son maître coucherait à Erfurt le 25, et qu'il était suivi de M. de Bose*, ministre du cabinet, du comte Marcolini ^ grand écuyer, du baron de Funck.*, du baron de Gutschmidt, du major Thielemann, du chambellan de Gablenz, et de MM. de Marxhansky et de Schonberg. M. de Bourgoing*, ministre de France à Dresde, avait eu aussi la permission de suivre le roi.

11 me semble que l'on sera bien aise de savoir tout de suite le nom des personnes considérai )les qui, d'heure en heure, arrivaient à Erfurt ^ Le duc de Saxe-Gotha% accompa-

1. Frédénc-Guillaunie, comte de Rose (1753-1809), fut ministre de Saxe à Stockholm, puis maréchal de la cour à Dresde, et grand chambellan. En 1806, il signa la paix avec Napoléon et devint ministre des affaires étrangères.

2. Le comte Marcolini (1739-1814) était grand chambellan et grand écuyer du roi de Saxe. 11 devint ministre d'État en 1809. Partisan dévoué de l'alliance française, il nous resta fidèle jusqu'à sa mort.

3. Le baron de Fiinck, général saxon (1761-1828), prit une part active à la guerre de 1806. En 1812, il fit dans nos rangs la campagne de Russie à la lète de la cavalerie saxonne. En 1813, il fut chargé de missions diplomatiques au nom des souverains alhés, et fut ministre à Londres en 1818

4. Jean-François, baron de Rourgoing, né en 1748 à Nevers, fut d'abord olficier, puis secrétaire d'ambassade. En 1787, il devint ministre de France à Hambourg, puis à Madrid (1791), et fut en 1795 chargé de négocier la paix de Râle. Ministre à Copenhague, puis à Stockholm sous le consulat, il vint plus tard en Saxe et mourut en 1811.

5. Dans la longue ènun.ération qui va suivre, il entre un grand nombre de personnages qui n'ont laissé aucune trace dans l'histoire, et sur lesquels nous n'avons pu nous procurer aucun renseignement. Nous n'avons relevé les noms que des plus marquants d'entre eux. Quant aux princes souverains, nous ne nous sommes (ccupés que de ceux qui, soit par leur notoriété, soit par leurs alliances de famille méritaient une mention particulière.

6. Auguste duc de Saxe-Gotha et Altembourg (1772-1822), membre de la confédération du Rhin (15 déc. 1806).

gué du baiou de TliLiuiuiel, de M. de Stiiduitz, de M. de Zigesar, du harou de Herda. du harou de Waugeuheim et de M. de HulF' ; le duc de Saxe-Weimar, avec le prince héréditaire ^ le baron d'EglofTstein", le baron d'Einsiedel, -M. Goethe et M. Wieland*, l'un et l'autre cjuseillers intimes de Weiniar; le duc d'Oldenbourg % avec le baron de Hammerstein" et le baron de Gall; le duc deMecklembourg-Sjhwerin'', le prince hér>''ditaire de Meckleuibourg-Strelitz % le prince de

1. Cliarles de Hoff (1771-1837), secrétaire d'ambassade au se;\ice du \ duc de Sase-Golha, puis conseiller aulique et minisire d'État. 11 a laissé

de nombreux ouvrages de politique et d'his oire.

2. Cliarles-Auguste de Saxe-Weimar (;1757-I828j, membre de la confédération du Rhin (lô déc. 1803). Son fils, le prince Chailes-Frédéric, avait épousé la princesse Marie, fille du czar Paul.

3. Auguste baron d'EglolIstein (1771-1834), officier au service de la Prusse, puis du duc de S.ixe-Weimar. En 1807, il devint général de brigade, et commanda le contingent sa .on au service de la France, en Autriche, en E-pagne, en Russie, et dirant le siège (!e Dantzig (ISi'i).

4. Christophe-Martin WitLind, ni en 173 î, devint en 1792 le piécepteur des princes de Weimar, puis conseiller intime. Il était membre de

V racadémie de celte ville, qui comprenait alors les hommes les plus dis-

tingués, et les plus illustres savants de l'Allemagne. Il a laissé de nombreux ouvrages, des poèmes, des romans, des pièces de théâtre, etc. Il mourut en lsl3.

5. Pierre Frédéric, prince de L ibeck, régent du duché d'Oldenbourg au nom de son cousin. Son fils, héritier préiomplif du duché, avait époisé la grande-duchesse Catherine, fille du czar Paul.

6. Hans Dellef, ba:on de Hamm rstein (17G8-I826), ministre du duc d Olde.ibourg. Plus tard, il pa-sa en Hanovre et devint membre du conseil pi-ivé delà guerr •, et plénipotentiaire à la diète de Francfort.

7. Frédéric-François, duc de Meekleiubourg Schwerin, né en 1706. Son fils avait cpjusé la grande-duchesse lIHéno, fille du czar Paul. Il eut d'un second mariage la princesse Hélène, qui épousa le duc d'Orléans.

8. Georges-Frédéric, né en 1770, succéda à son père en 1816. Il était le frère de la reine Louise de Pi'u-se

ENTREVUE D'EHFURT (1808). 417

Dessau*, le prince de WalJeck, le prince de Hesse-Hom bourg, le prince de Reuss-Greiz, le prince de Reuss-Ebersdorff, le prince du Reiiss-Lobenstein ^ la duchesse de Saxe-Hildburghausen''; le prince de Schwarzburg-Kudolstadt *, avec M. de Kettelhutt, M. de Weisse et M. de Gleichen ; le prince et la princesse de la Tour et Taxis % avec M. de Leikain ; le prince de Hesse-Rothenburg ; le prince de Hohenzollern-Sigmaringen ^ avec le prince de Reuss-Schleiz et le major de Falkenstein ; le duc Guillaume de Bavière; le prince primat '' (iM. de Dalberg) à qui chaque habitant de la ville offrait son logement; il en avait été gouverneur et s'y était fait aimer de tout le

1. LéopoM prince d'Anha't-Dessau (1740-1817), un des plus fidèles alliés de la France, membre de la confédéraUon du Rhin.

2. La maison de Reuss était divisée en quatre branches réj^nantes : les Greitz, EbersdorfT, Lobenstein et Schleiz. Tous ces princes étaient entrés dans la confédération du Rhin (avril 1807).

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