D'UNE DEPECHE DU GOUVERNEUR THOMSON
Ce n'est pas le moment d'examiner comment dans cetto province un Gouverneur peut être cntraîné si loin dans ie chemin de l’erreur. Oa doit dire au moins que les sources en deivent être bikn fécondes ou les moyens de lui donner cours habilement combinés pour qu'après ce qui s'était passé, le Gouverneur actuel n’ait pu se mettre en garde contre ce genre d’illusion. Comme on l’a vu dans la première partie de ce mémoire, :l s'était lais:é persuader de ne pas Gévier, relatives ment à Mr. Viger, de la décision de son prédécesseur. On va voir, après six wois deplus de séjour dans la province, de quelle espère étaient les renseigremens, qu'il avait pu se procurer sur la situation de Mr, Viger, pai le compte qu'il en rend dans la dépèche suivante au miaistre des colonies.
Dépêche du très-honorable C. Poulett Thomson à lord John Russell.
‘ITotel du Gouvernement, “Montréal, 28 mai. 1840.
“Mylord,
“Peu après mon arrivée en cette province, je reçus de Mr. Denis-Benjamin Viger, qui était en prison depuis le commencement de Pexplosion de 1838, la demande de son élargissement. Sir John Colborne avait offert à ce Monsieur comme aux autres indivikus arrêtés avec lui, de le mettre en liberté, en par lui donnant caution paur sa bonne conduite ; condition qui avait été acceplée par tous excepté Mr. Viger. Mais il avait constamment refusé de donner aucun caulionnement quelconque, et avait été en conséquence retenu en prison jusqu’à mon arrivée.
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C'eût été une grande satisfaction pour moi de pouvoir mettre un terme nu long emprisonnement de Mr, Viger; muis, après avoir mûsement considéré son affaire, et m'être consulté avec le Procureur-Général, je sentis que je ne sernis pas justifié, au début w’une nouvelle udministration et à l'entrée de l'hiver, de libérer Mr. Viger sans condition : je le fis donc informer que je ne pouvais dévier de la décision de mon prédécesseur à l'égard de son élargissement.
&Muis Je temps m'a paru dernièrement être ürrivé où il était parfaitement inutile, en vue de la lranquilité publique, €2 continuer lu détention de Mr, Viger, même sans exiger da jui lo cautionnement que mon prédecesseur avait jugé necessaire, et j'ai en conséquence ordonné qu'il fût nis en liberté sans condition.
“J ordonnance pou. Ia suspension de l'acte d'habens corpus expirera le Ler du mois prochain, et j'ai beaucoup de satisfaction à informer Votre Seigneurie que la province est dans un étut si tranquille que rien n'en exige le renouvellement.
J'ai, &c., (Signé) C. P, THOMSON.
D'abord bien loin que Sir Juhn Colbomne eût offert aux individus arrêtés uvec Mr. Viger de les mettre en liberté moyennant ce cautionnement de bonne conduite et qu’ils eussent tous accepté cette off:e, lui seul excepté, tous les détenus de Montréal dont les noms 6e trou vaient dans le même mandat, comme, beaucoup d’autres, étaient sortis de prison sans qu'on leur eût fait des offies de cette nature, sans donner de cautions, sans même qu'on leur eût proposé de conditions d'aucune espèce, (1)
Du reste lacceptation de cette condition par tous les autres détenus n'aurait pas plus justifié la prétention de le forcer de donner ce cautionnement que la prolorgation de sa captivité, parce qu’il refusait de s’y soumettre.
Mais s'il est difficile de s'expliquer qu’on ait mis qnelque importance à l’acceptation prétendue de cette condition. même en supposant le fait constant, ne l’est-il pas beaucoup d’avwage qu’une assertion comme celle que l’on vient de signaler se trouve dans un document de cette importance ?
L'ussertion qui suit dans la dépêche: que “Mr. Viger cvail re- * Jusé de donner un cautionnement quelconque et que c'était en conséquence qu'il avait été retenu jusqu'à Parrivée du Gouverneur ac- ‘ tuel” ne repose pas sur des fondemens plus solides. On n’a jamais fait à Mr, Viger d’autres propositions que de donner des cautions de bonne conduite. Sans parler du défaut d'accusation, pouvait-on le requérir d’en donner de comparaître en cour pour rendre compte de sa conduitr, lorsqu'on refusait de lui faire part des causes de sa détention ; lorsqu'on ne pouvait pas même dire qu’on dût lui faire subir un procès? C'estun ridicule dont au moins les Commissaires et le Procu-
(1) On a vu les réclamations de Mr. Lal'ontaine et de M. Mondelet, dans plu: sieurs journaux. Leurs dénégations sont restées sans réponses.
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