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Les deux shériffs venaient de remplacer Mr. de St. Ours décédée, Cette lettre qui respire le sentiment de la reconnaissance envers Sr John Colborne est écrite évidemment pour rélorquer les atlégués de quelques
journaux en Angleterre et n’est guère non plus qu'un panégyrique de sa
conduite à l’égard des prisonniers politiques, suitout de Mr, Viger, dont quelques propos, détachés de conversations particulières, sont rapportés pour lappuyer, tandis que d’un autre côté quelques autres comporte. raient contre Mr. de St- Ours l’imputation qu'il aurait été l'unique auteur de vexations personne les qu’on avait fait souffrir à Mr, Viger, ('e qui se trouve dans cette lettre sur ces deux points manque de beaucoup plus que d’exactitude.
En attaquant l'exposé qui se trouve dans cette lettre, on doit dire que Mr. Viger n’a d’ailleurs eu qu’à se 1er des procédés des nouveaux shériffs pendant tout le reste de «a détention. L'auteur de la lettre ne sera tombé dans l'erreur que parce qu’il aura sans doute regardé des expressions de Mr. Viger qui n’étaient que celles de la recernai-sance
enverseux comme applicables à Sir John Colborne et ; #“nduite du vivant de leur prédécesseur. Il a confondu des chosc. ‘tes 4°"4 plusiéurs entretiens comme relatives à des objets dificrents. :: paraît
de même avoir pris dans un sens absolu des termes qui :’en avaient qu’ua relatif,
Par exemple, il se trouve beaucoup de vérité dans ce qu’on fuit dire à Mr, Viger que ‘s”:! avait à se plaindre de l’injustice de son emprisonnement, il n’en pouvait blâmer le Gouverneur autant que ceux qui l’entouraient qui l’avaient conseillé d’abord ; ”?” mais Mr. Viger ne pouvait pas de même dire qu’il aurait été bien injuste ‘de se plaindre de la manière dont on le trailail;”? si, comme la lettre pourrait le faire croire, il eût alors été que-tion de la conduite du Gouverneur avant l’époque de la nomination des nouveaux shériffs. Sans parler de ce qui se trouve de relatif à cet objet dans la première partie de ce mémoire, ni de ce qu'on qualifie de peliles misères attribuées, d’une mauière exclusive dans la lettre à Mr. de St. Ours aux ‘quelles on viendra plus tard, une couple de traits suffiront pour faire voir si Mr. Viger devait se croire sans sujet de plaintes contre Sir John Colborne, par rapport à la manière dont on le traitait dans la prison.
Pendant les deux premiers mois de sa détention, Mr. Viger ne pouvait, non plus que les autres détenvs politiques, voir personne du dehors. Il n'avait, vendant cet espace de temps, reçu qu’une fois des nouvelles de sa maison, dont la prison n’est pourtant guère qu’à quinze arpens. Lorsqu'on se fut graduellement relâché de cette rigoureuse surveillance, il n’en était pas moins nécessaire à Mme. Viger déjà plus que sexagénaire, d'obtenir chaque fois, pour le venir voir, une permission par écrit du surintendant de police, contresignée par le secrétaire civil. Des infirmités graves et des souffrances journalières dont les accès ne pouvaient pas se prévoir d’avance, la mettaient dans le cas de ne pouvoir pas profiter toujours de ces permissions, lorsqu'elle les avaient obtenues. Force était alors d’en demander de nouvelles ou de s'abstenir de ces visites.
C’est en vain que Mr. Viger, dans ccs lettres, avait, d’après ces motifs là même, sollicité de Sir John Cclborne pour e le une permission générale ou, comme il je suggérait, celle de le venir voir un certain nombre de fois dans un temps donné. Ce n’est qu'après la nomination des nouveaux shériffs et par leur intervention qu’elle a pu voir son mari sans, chaque fois, recourir à ces {ormalités plus que gênaaes, source de dégoûts, sans but comme sans motif.
Par quelles épreuves en outre, il était par fois nécessaire de passer pour obtenir ces permissions! Vers .a fin de l'hiver de mil huit cent trente neuf, un oncle de Mr. Viger, qui d’meure à douze liets de Montréal, alors âgé de soixante-seize ans, fit ce voyage pour le venir voir dans sa prison. D’abord il se présenta, pour den:ander cette permissien, chezle surintendant de police, qui lui dit qu’il ne pouvait l’accorder, mais de ’oir ie F'ocrétaire civil, au bureau du quel il se rend *s les dix heures et demie du matin. Le Secrétaire lui fit dire de revenir u une heure après midi. Cette seconde fois, le Secrétaire lui fu dire qu'il était bien occupé, mais de revenir à deux heures et demie. L’oncle de Mr. Viger de retour à cette heure attendit trois quarts d'heure, après les quels on vint lui dire de nouvsu, de la part du Secrétaire, d'aller trouver Mr. Leclerc, le surintendant de police: il aurait fait le lendemain, sans le dégel considérable, qui lui f:sait eruiudre que les rcutes ne devinssent de suite impraticables, et lui fit prendre enfin la résolution de repartir, manquant par là le but de son voyage.
Qui pourrait dire, en présence de faits de cette nature, qu'avaint la nomiration des shéritfs actuels, Mr, Viger put s'être applaudi % de le grande facilité qu'on donnail à su famille et à lous ceux qui voulaient Le visiler.?!
Dans sa let're, le shériff ajoute que la choïe st d sc connaissance Persounelle ; c’est bien la vérité par rapport à lmi-même ; mais pour la faire connaître en entier, comme nvec exactitude, il est nécescrire d'ajouter que Mr. Viger nejouissait de cet avariage que depuis ja nomination des nouveaux sherifis, aux quelsil en était redevable,
Pourle Gouverneur, il est possible jue sur cet article, comime sur tant d’autres, on Peûttrompé. Mais que pinse: d'erreurs aussi palpables et d’une aussi longue durée dans ce: creonstances ?
——00 k# O0 — OBSERVATIONS SUR CE QUI DANS LA LETTRE SE RAP- PORTE A Mr. Sr. OÙ Lt L'ANCIEN SHERIFF.
Avant den venir à ce qui ide Mr. de St. Ours, il convient de dire que les nouveaux shérifis s’occupèrent, aus:it# que possible, de la situation des prisonniers. Cotume on Pa vu, le résultät fui favorable à Mr. Viger qu’ils virent et surtout l'auteur de la lettre, à plusieurs reprises. Les erreurs relatives à Mr de St. Ours, découlent de la même source que les précédentes. On a confondu des choses dites en diverses conversations, reatives à dex objets diflérens, regardé les séntimens de
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satisfaction dont Mr. Viger faisait part à l'auteur de la lettre par rapport à sa conduite et à celle de son confrère, comme ayant rapport à des époques antérieures à leur normination.
D'après les termes de la lettre, on deviait rester persu-dé u'abord que Mr. Viger n’avait point eu d’autres priefs que la prohibition ce lus sage d’une partie de la cour de la prison, pour ÿ prendre de Pexeriice, et celle de faire de la musique ; en second lieu qu'il aurait formel: ment déclaré qu’il était bien fraëlé dans la prison et qu'à ect égard 1] etait sal/sfail, qu'à l’exceplion de ces peliles misères qu'ul devait allrèbuer à la faibiesse deMr. de St, Ours, il aurait cu bien turt de se plaindre
Pour un homme au quel on i’avait permis de respirer l’air au dehors et d’y prendie quelque exercice qu'après l'avoir tenu pendant six mois sans le laisser sortir d’un des quaiters de la prison, cetie prohibition faite après coup, relaiive à la parte de la cour la plus converabie, même la seule qui parfois pouva: t suivant les heures du jo:r et la saison, lui servir à cet usage, aurait pu n’être pas un sujet de plaintes fiivoles. D'un autre côté, comment ne pas voir aul état plus que dur de le priver du seul amusement qui fût à sa portée ?
Mr. Viger p’avait pas à se plaindre que € ces misères. Entre autres, le traiterren, qu'il avait éprouvé de la part d'un des empluyes subalternes, était de nature à le blesser bien profondément,
L’auteur de la lettre pourrait se rappe'er qu”, lorsqu'il en fut question dans leurs entretiens, Mr. Viger lui dit qu'il re voutat pas se p'aindre ni même indiquer le nom d’un homme, aveugle instrument de personnes qui le mettaient sur la scène et se gardaiert d'y paraître ; et, en outre de quelques autres raisons, lui fit remarquer que, la surveillance des nouveaux sheriffs ayant fait cesser ces vexations, des plaintes à ce sujet ne seraient plus qu'une espèce de vengeance qu'il devait dédaigner,
Mais d’après la lettre même, on voit qu’un des employés de le prison avait averii le sh que Mr. Viger avait quelques sujels de plaintes à lu' faire. Ilest vrai de dire aussi que peu de personnes, là, pouvaient ne pas savoir en effit qu’un de ces employés des plus subalternes avait, depuis déjà longtemps, semblé p'endreà tache de se conduire à son égard d’une manière outiageante, qu'il avait poussé même des officiers non-commissionnés de la g: arde miituire et d’autres encore à Je traiter de la même manière. A plusi eurs reprises, pendant les trois derniers mois, des scènes dégoûtantes de ce gonre s’étaisut renouve iées, mêre par fois sous les yeux des détenus de deux différens quartiers de la prison.
Ce qui mérite surtout d’étre remarqué, c’est que Mr. Viger n’avait jamais connu cet homme avant qu'il eut pris du service dans la prison, que d’abord sa conduite n “avait pas été différente pour lui de celle des autres employés, dont il n’avait jamais eu le moindre su'et de se plaindre jusqu’à ce moment, C’était tout &un coup qu elle avait ch: agé, comme sans motif apparent. Mr. Viger ne pouvait avoir avec lui rien à démêier. D'ailleurs il paraît qu’il était le seul des détenus po'itiques au quel il fit souffrir de ces vexations,
Mr. Viger n'avait pourtant pas laissé que d’avoir eu des raisons de
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soupoonner des proj:t+ de lui faire subir de ces e-pèces d'épreuve aussi bieu que Les vues ce leurs auteurs, choses sur les quelles il ne pourrait néanmoins parler que d’après les prévisions de quelques autres ou d’après ses propres conjectures. Mais il avait reçu l’avis de réprimer les mouvemens d’indignation que cette conduite devait soulever, parce qu’on pourrait s’en servir comme d’un prétexte pour aggraver ses souffrances, A cette époque, il n’était venu jusqu’à lui, par rapport à sa détention, que des bruits vagues qu’on l'avait arrêté pour cause de haute trahison. Quelque absurde que uût lui paraître une accusation de cette nature, on pouvait sur ce prétexte rendre sa situation semblable à celle de beaucoup d’autres détenus politiques, p'us malheureuse encore que la sienne ne l'avait été jusqu’àlors. L’expérience du passé n’était pas propre à le faire sou'ire à espérance pour l'avenir.
Il n’avait pas même cru devoir faire part de cette conduite, plus que de quelques autres sujets de plaintes personnolles, à Mr. de St. Ours, dont la situation lui paraissait pénible et celle d’un homme affecté douloureusement par le spectacle de souffrances aux quelles il ne se croyait probablement pas capable de porter remède, et qni paraissait sentir même qu’il n’était, par rapport à la prison, qu'un personnage beaucoup plus que secondaire, pour ne pas dire frappé de nullité.
4.4 Sans parler des preuves de cette vérité qui se trouvent déjà dans j ces mémoires, ce serait bien assez de celle qu'il fût nécessaire de faire | avant tout des démarches directes auprès du Gouverneur, au lieu de recourir au shérif, pour des objets qui n‘avaient rapport qu’au régime intérieur de la prison, C’est là sans doute une étrange anomalie ; malheu- | reusement, comme on l’a vu, ce n’est pas la seule de l’époque. Ce n’est # pas non plus le moment de s’occuper de tenter la solution de ces problè- î mes. Il suffit de signaler le fait de l’existence d’un pouvoir différent de : lui du shériff et qu’il remplaçait.
Par rapport aux détenus politiques, la prison paraissait placée, d'une manière exclusive, sous l’autorité militaire, dont l’exercice s’étendait jusqu'aux plus petits details, Les ordres relatifs à ces prohibitions n'étaient pas venus du shérif; c’était successivement de deux sergents que Mr. Viger avait reçu l’intimation de la defense de faire de la musique. Chaque jour des faits semblables se renouvelaient. Dans une visite faite à la prison, le 9 août, mil huit cent trente neuf,
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par Mr. de St. Ours, Mr. Viger crut pourtant devoir l‘informer de ces À privations qualifiées dans la lettre de peliles misères, ainsi que des rai- À sons vraiment dérisoires alléguées comme motifs de les lui faire subi:. ta
(1) Mr. de St. Our*, au quel personne n’avait fait part de ces prohibitions, ne put cacher sa surprise. Il crut n’y voir qu’un malentendu : mais ne crut pas cependant devoir rien régler sur ce sujet, sans prendre
ii (1) Par exemple on prétendait, dit-on, que le bruit des instrumens pouvait détourner l'attention des sentinelles et perinettre aux prisonniers de travailler sur les bar- NE reaux des fenêtres, sans en être entendus. Il ne se trouvait que deux détenue qui jouassent l’un sur un flageôlet, l‘autre sur une flète traversiere dnns des étages et 1 dans des quartiers différens d’une prison de trois cents pieds de frontet de quatre il étages. Les prétextes relatifs à la prohibition de l’usage d’une partie de le eour ti étaient de la même importance.
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quélqués renseignemens de ceux que Mr. V'ger regardait lui-même comme ayant donné des ordres à cit égard, Il promit de s'occuper promptement de les faire cesser. Mr. Viger ne voyant point de changement s’opérer dans sa situation, crut devoir, le 20 du même mois, ui rappeler le sujet de leur entretien, dans une lettre qu'il lui ft parvenir de suitr, et en même tempe le prier de l’informer si ces restrictions fesaient partie des règlemens de la prison, Cette lettre est restée sans réponse. Comme el'e fait partie de l‘apperdix, on doit se conter ter d'y renvoyer: Quelques semaines après, Mr. de St. Ours éprouva les atteintes de la maladie, qui le conduisit dan peu de jours au tombeau.
Comme on peut le voir, Mr. Viger n’était pas sans sujets de plaintes de la faiblesse de l’ancien shérif, mais il ne pouvait le regarder comme digne de cette censure exclusive, Quand les idées de ceux qui se trouvent à la têt: ou dans les premiers rangs d'une administintion sont faussées, qu’est-il possible dattendre des subalternes ? Pour eux comme pour la plupart des hommesla morale c’est l’exemple. D'ailleurs, aprés le sort de trois des Juges et celui dont on l’avait menacé lui-même, à l’occasion de l’évasion d’un prisonnier,dont! on l'avait voulu rendre responsable l’année précédente, à la suite enfin de taut d’actes comme ceux qui se trouvent exposés dans ces mémoires ; quoiqu’on ne puisse excuser complétemen: sa conduite, il est de toute justice d’en faire partager le blâme à ceux qui, pour ainsi dire, à l’abri de son nom, secondaient des passions qui devaient leu: être étrangères ei qu’il ne pouvait lui-même partager