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DE QUELQUES REPROCHES FAITS A Mn. VIGER.
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On dit que plusieurs personnes ont blämé Mr. Viger, d’un côté de wavoir pas porté de plaintes devant le parlement d'Angleterre, de l’autre de n’avoir pas fait de démarches auprès des juges pour obtenir un habeas corpus sur le quel on disait qu’ils ne pouvaient refuser de donrer | Pordre de le libérer. Sur ces deux objets quelques explications parais- hi sent en eflet nécessaires. |
Voyons d’abo'd ce que l’on doit penser du reprech de n’avoir pas mis ses griefs sous les yeux du parle.nent d'Angleterre.
Une vie laborieuse, comme celle de Mr. Viger n’a cessé de l’être dans le cours de la longue carrière qu’il a fournie comme homme public, ne pouvait guère qu’affaiblir un tempérament naturellement délicat, C’est dans sa soixante-cinquième année qu'on Pa jeté dans la pnson. Personne ce ceux qui le connaissaient ne croyait, lui-même ne se serait jamais d’avance supposé capable de soutenir une incarcération,
même d’une assez courte durée. Plusieurs de ses compagnons d'in fortune en étaient si persuadés qu’ils erurent devoir, sans pourtant lui communiquer leur projet, se réunir pour écrire une leitre dans la quelle is fesaient part au médecin de l’établissement de leurs craintes que le séjour de la prison w’eût pour lui des suites funestes. Mr. Viver sensible, comme il doit l’être, à cette marque d'intérêt, croit devoir saisir cette occasion de leur en témoigner sa reconnaissance. Du reste cette démarche n’eut point de résultat.
Disons maintenant que, sans parler du temps considérable pendant le quel il est resté, comme tous les autres détenus politiques, privé de tout moyen décrire ou d’avoir avec personne du dehors de communication d'aucune espèce, il ne pouvait qu'éprouver de graves inconvéniens, | même des souffrances qui l’étaient d'avantage. [ndépendamment de | celles qui sonttovjours l’apanage de l’incarcération, le nombre des détenus fut bien vite si considérable que souvent l’airne pouvait manquer d’y devenirimpur, à raison surtout de la difficulté de le Lun souvent
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d'uñe manière efficace, dans la sa‘son fruide et pluvieuse d'abord, et enfin pendant tout l'hiver. IL doit suffire à cet égard de se rappeler qu’il s’est trouvé pendänt longtemps plus de soixante détenus; dans son quartier de la prison, quoique le nombre de pièces ne fût que de neuf, sans compter le vestibule ; que dans la déj èche précitée de Sir John, on porte à huit cents le nombre des détenus politiques, à cette époque. On ne parle pas de plusieurs centaines d’autres sous sentences ou déteuus pour raison d’accusations de crimes ou de délits d’une tout autre nature. On a vu qu’on s’était même bientôt trouvé dans la nécessité de se pourvoir d’un autre bâtiment afin d’y placer des détenus politiques pour les quels on manquait de place dans la prison. (1) C’est assez d'ajouter que, quoique la longueur de ce quartier fût de plus de cent pieds, les détenus n’avaient qu’un seul poële placé dans le corridor pour chauffer tout appartement.
Il serait difficile de se persuader que, dans cette situation, Mr. Viger fût capable d’un travail soutenu. Ce n’est qu'avec peine qu’il a pu suivre Ja correspondance mise précédemment sous les yeux des lecteurs, perdant plus de six mois durant les quels il n’avait pas la liberté de <ortir de cet appartement.
Les changemens rapides qui s’opérèrent ensuite dans le personnel du bureau colonial auraient suffi pour lui faire prendre la résolution d’attendre. Enfin plus tard, lorsqu'il eut vu quelque ehose de certain dans la nomination d’un nouveau gouverneur, il crut que son arrivée serait le signal de sa libération.
D'un autre côté, ce n’est pas sans quelque répugnance qu'il eût fait des démarches de cette nature. Il savait ce que peuvent ici, comme on Pa déja fait remarquer, les intrigues ourdies par les préjugés, l'erreur ou la passion, pour faire prendre le change sur les hommes et les choses à celui qui se trouve chargé de l’admin'stration du gouvernement, par contre-coup même aux ministres. On peut voir dans cet ouvrage l’espèce de notions qu’ils pouvaient puiser dans les dépèches de Sir John Colborne au sujet de Mr. Viger.
Comment prévoir de pareilles imputations pour mettre des hommes placés dans l’autre hémisphère, privés de toute espéce de connaissances locales, en état de les repousser d’une manière victorieuse ?
Les ministres et leurs partisans qui regardent comme un devoir de soutenir et de défendre les fonctionnaires dans les colonies, se font leurs échos dansle parlement, qui parfois retentit d’assertions qui peuvent ne pas blesser seulement l'individu, mais devenir pour des peuples entiers Ja source de maux sans remède. Il arrive rarement qu’il se trouve là quelqu’un capable de les réfuter, dans le moment même ; et l’occasion de le faire peut, plus tard, ne jamais se présenter. D'ailleurs trop souvent, dans la eupposition la plus favorable, si les plaies qu’elles font se guérissent, la cicatrice reste et trop souvent lempreinte est ineffaçable,
(1) Comme on le voit par une autre de ces dépêches, le nombre de cette espèce de détenus n‘a pas été de moins de douze cents pendant le cours de l’hiver. Quelques-uns sortaient, d’autres rentraient. L’auteur ignore le nombre exact de ces détenus qui se sont à Ja fois trouvés dans @es deux bâtimens.
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