‹ Mémoires, reminiscences et conférences de Monseigneur A. Ravoux, V.G. --Chapitre 37 sur 57 · LES PREMIERS TEMPS DE NOTRE ÉDUCATION · texte numérisé non relu

LES PREMIERS TEMPS DE NOTRE ÉDUCATION

Le dernier numéro du Northwestern Chronicle a relevé dans un écrit fort substantiel, quelques erreurs du fameux discours prononcé par le président Merrill à la dernière convention g"énérale de l'Education tenue à St-Paul.*

Dans ce discours, la note lyrique domine de beaucoup la vérité historique; aussi le disting-ué rédacteur du Northwestern Chronicle, le Père John Conway, qui a puisé ses renseignements à de précieuses sources, a su rétablir les faits dans le vrai, et rendre justice, non seulement aux catholiques en général, mais aussi aux "Sœurs Grises" canadiennes-françaises. J'ai traduit cet article pour en faire bénéficier un plus grand nombre parmi mes compatriotes. Le voici en entier :

"Une absence de la ville nous a empêché de relever, dans notre numéro de la semaine dernière, quelques erreurs commises par M. D. D. Merrill dans son discours prononcé dans la convention nationale de l'Education. Les erreurs dont nous parlons s'attachent à des faits qui appartiennent à l'histoire ecclésiastique et à celle de l'éducation du Nord-Ouest. Monseigneur Ravoux, qui est lui-même une partie vivante de l'histoire de l'époque mentionnée par M. Merrill, nous a ex-

• Voyez Le Canadien de St-Paul— 31 juillet 1890.

primé sa grande surprise, après avoir lu le discours de M. Merrill. L'orateur disait: "Le vrai historien doit creuser jusqu'au fondement de lamine historique (bedrock of the historié mine) pour trouver les premiers faits et les premiers événements, et pour trouver même jusqu'aux forces indéfinies de l'influence qui a attiré le premier éducateur chrétien au Minnesota. Ce fut Mlle Harriet E. Bishop.

"Mais comme il est de fait qu'il y a plusieurs vieux "settiers" qui vivent encore en chrétiens pratiquants, et qui étaient ici avant l'arrivée de Mlle Bishop, il s'en suit que l'assertion de M. Merrill, se trouve être un peu plus qu'une simple hyperbole.

"M. Merrill parle en style pompeux de la recherche des faits et des événements primitifs jusque dans les fondements de la mine historique; et à cette fin, il fait une assez long-ue citation d'une lettre du Révd Dr Williamson, écrite en 1847, alors que ce monsieur était missionnaire au "Petit Corbeau," (Kaposia,) aujourd'hui "South St-Paul."

"Cette lettre du Dr Williamson à l'ex-g-ouverneur Slade, président de la société nationale de l'Education, demandant qu'une institutrice chrétienne fût envoyée à St-Paul, est donnée en partie dans l'histoire du Minnesota, par Neill. Nous trouvons la même lettre presqu'entièrement citée dans l'histoire de St-Paul, par Williams. La lettre fait quelques exposés qui ne sont pas véridiques. Elle dit: "J'ai eu souvent l'occasion de visiter le villag-e et j'ai été chagrin d'y voir tant d'enfants qui grandissent complètement dans l'ignorance de Dieu," Les enfants ne grandissaient pas entièrement dans l'ignorance de Dieu. Car, parmi la population éparse de ce temps-là, il y avait plusieurs catholiques; ils connaissaient leur religion et étaient secondés dans l'éducation de leurs enfants. Monseigneur Ravoux était ici et pourvoyait aux besoins spirituels des catholiques de Mendota et de St-Paul. Parlant du soin futur à donner à l'école en question, le Dr Williamson continue: "Il est possible que le prêtre détourne quelques-uns de ceux qui pourraient et voudraient la fréquen-*» ter." La crainte du Dr. Williamson au sujet de l'opposition était bien fondée. Le prêtre empêcherait certainement les enfants de fréquenter une école sous l'influence du Dr. Wil-

liamson, non parce que le prêtre était opposé à l'éducation, mais parce qu'il avait raison de croire que le Révd M. Williamson essayerait de répandre ses doctrines relig-ieuses parmi les enfants catholiques. Le docteur était bon et charitable. Il avait étudié et possédait les principes de la science médicale, et cela lui donnait une raison plausible de s'introduire dans les familles catholiques où il répandait des pamphlets et se servait d'expressions qu'un prêtre catholique ne pourrait laisser passer. Dans un petit livre contenant six discours de Monseig-neur Ravoux, publié à Dubuque en 1849, il est dit que le Dr Williamson a donné un pamphlet en lang-ue française à une famille catholique, et dans lequel pamphlet, nous lisons entr'autres choses mensong-ères que l'Eglise catholique fait un Dieu du prêtre, et qu'elle accepte des jeûnes, des pénitences et de l'argent à la place des vertus. Malgré son bon cœur et sa charité, ce n'était pas l'homme sous l'influence duquel on pouvait permettre que les enfants catholiques fussent placés. Le Père Ravoux mit à découvert les fausses assertions du pamphlet, deux dimanches durant, dans les ég-lises de Mendota et de St-Paul, il donna de plus une copie des discours au Dr Williamson, et dès lors on n'entendit plus parler de pamphlets distribués ou des fausses assertions de l'enseig^nement catholique.

"M. Merrill dit dans son discours: "Le samedi matin du 13 juillet 1847, le voyage avait été accompli; .... du canot conduit par deux "squaws" et au milieu de ses chaperons, Mlle Bishop regardait le champ de ses futurs labeurs."

"Dans l'histoire de St-Paul par Williams nous lisons: "Le 16 juillet 1847, elle (Mlle Bishop) débarquait du steamer Argo à Kaposia. La même autorité nous dit comment un jour ou deux après, elle fut conduite à St-Paul dans un canot mené par deux fortes et jeunes "squaws." M. Merrill dit que la mission de Mlle Bishop embrassait toute l'étendue du territoire compris entre le Wisconsin et les Montagnes Rocheuses et depuis le nord de l'Iowa jusqu'au pôle du nord, et qu'elle fut la première institutrice à partir du nord de l'Iowa jusqu'à l'Ouest du Wisconsin. Tel n'est pas le cas. En 1838, quatre sœurs "sœurs g-rises," comme on les nomme, se rendirent à la Rivière Rouge du Nord, maintenant le

Manitoba. Leurs noms étaieut Sœurs Valade, St- Joseph, Lafrance et Lagrave. Long-temps avant 1847, plusieurs autres sœurs de la même communauté passaient par St- Paul pour cette contrée du nord. Nous admirons la beauté d'âme de Mlle Bishop, sa force de caractère et sa bravoure chrétienne; nous nous réjouissons des lauriers qu'elle a g-ag-nés ici; mais, quoiqu'il en soit, les honneurs humains qui sont dus à ceux qui ont bravé les premiers les dangers de la vie de la frontière et des latitudes du nord, comme premiers instituteurs, n'appartiennent pas à Mlle Bishop, mais aux "sœurs grises."

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